LYSISTRATA © Thomas Saminada

Lysistrata : du math-rock puissance 3

Par le 05 mai 2017

Une claque. C’est le terme qui revient souvent lorsqu’on découvre Lysistrata. Pourtant, on devrait compter au moins 3 baffes : celle que nous met Ben à la batterie, Max à la basse et Théo à la guitare. Un trio à l’harmonie parfaite qui nous frappe par son talent, son énergie et son évolution surprenante.

Leur moyenne d’âge ne dépasse pas 20 ans, mais le groupe formé à Saintes en 2013 connaît déjà une progression fulgurante. Après un premier EP auto-produit sorti en janvier 2016, ils se font remarquer en off du Printemps de Bourges dans la foulée, avant d’impressionner aux Transmusicales de Rennes en décembre. En janvier 2017, ils accèdent au top 10 du tremplin Ricard SA Live Music, qu’ils remportent en grande partie grâce à la session de 9 minutes tournée avec le vidéaste de l’équipe, Rod Maurice (Lame de Son / Le Hiboo), qui réussit le challenge de retranscrire leur singularité en images.

« Il était content de bouger et il courait partout » raconte Ben. « On a fait 9 prises, mais le morceau n’était pas une seule fois pareil, du coup, il s’est arraché les cheveux au montage » continue Max en rigolant. « À chaque fois, on avait un tempo différent, ou des passages qui se rallongeaient, on aime bien changer de structure à la dernière minute » ajoute Théo.

Cette expérience résume bien cet étonnant trio. Leurs chansons muent au fur et à mesure de leur propre évolution et rien n’est réellement figé. Chacun des morceaux traverse chaque concert, chaque enregistrement studio ou chaque tournage vidéo avec un nouveau regard, une nouvelle écoute, une nouvelle inspiration, qui leur fait prendre conscience qu’ils doivent changer un passage sur le moment. Et à chaque fois, alors qu’un tel fonctionnement pourrait poser des problèmes d’égo ou de goûts personnels qui diffèrent au sein d’un groupe, eux sont sur la même longueur d’ondes.

« Au début, y’en a un qui propose un truc et les 2 autres ont un peu peur, et puis quand on le fait, tout le monde est content. » explique Ben. « Oui, des fois, on se rend compte que c’était même des trucs qu’on osait pas se dire mais qu’en fait, tout le monde pensait pareil. » complète Théo.

« Oui, Lysistrata, c’est de la pure démocratie. Tant que ça ne plait pas aux 3 en même temps, on continue à expérimenter. Et c’est pareil sur l’Artwork ou sur tout ce qui touche au groupe en fait, il faut que ça plaise à tout le monde sinon c’est frustrant »

Pour autant, Lysistrata ne fait pas dans l’impro. Pour eux, la démarche naturelle revient à laisser une marge de progression à chaque morceau et à leur musique en général, qui évolue sans aucune contrainte au gré de leurs envies, des expérimentations de nouveaux matos en studio, ou de la découverte de nouvelles musiques qu’ils écoutent ensemble.  C’est tout aussi naturellement qu’ils sont passés d’un groupe quasiment instrumental à leurs débuts à l’envie de raconter des histoires qu’ils chantent désormais, pour se plonger dans un film émotionnel qui défile dans leur tête et dans celles du public lorsqu’ils sont sur scène. Les thèmes sont souvent très dark, touchant parfois l’humour noir, permettant une décharge émotionnelle intense qui colle avec la puissance de leur inspiration.

« Ça a l’air super triste, alors qu’on est complètement dans la déconne dans la vie, mais c’est ce genre de thèmes qui nous touche et nous inspire » explique Max.

« Le premier texte qu’on avait écrit, c’était Asylum. C’est l’histoire d’un mec qui aime tellement sa famille qu’il les tue et fabrique des objets avec leurs os. Après, il y a eu Small box qui parle de noyade, d’être oppressé par la vie. Sugar & Anxiety raconte la rupture d’un couple qui se réveille un matin alors que ça ne va plus, même si rien n’est expliqué en détails, alors la chanson devient un conflit où Sugar est la femme et Anxiety le mec. Pour The boy, notre dernier morceau, on est parti d’un sample d’un philosophe, Joseph Campbell, sur l’empathie de l’humain en prenant l’exemple d’un jeune sur le point de se suicider. » détaille Ben.

The boy, c’est le morceau qui clôture leurs concerts dans une odyssée musicale qui dure de 10 à 17 minutes selon l’inspiration du moment. C’est aussi à cet instant que tout prend un sens encore plus lourd et qu’ils vident tout ce qu’ils ont d’énergie pour offrir un final en apothéose, comme s’ils mouraient sur scène chaque soir pour mieux se réinventer dès le lendemain. D’ailleurs, après une telle débauche d’énergie, ils ne font jamais de rappel, par simple honnêteté, puisqu’ils n’en sont plus capables tellement ils donnent tout, tant physiquement qu’émotionnellement. Avec ce final, on réalise d’ailleurs qu’il existe un 4ème membre dans le groupe qui sublime le show. C’est la patte d’Adrien Oheix aux lumières, qui sent et anticipe le jeu imprévisible de ce trio à l’harmonie parfaite pour s’adapter à toutes leurs inspirations du moment. Il les a d’ailleurs aussi accompagnés sur les 2 vidéos enregistrées depuis leur victoire avec l’équipe du Ricard SA Live Music, qui figurent sur l’EP Pale Blue Skin, qui sort le 31 mai.

Pierre Feuille Ciseaux : 

Avec tous les ingrédients de ce cocktail détonant, et malgré un style qui oscille dans des cases obscures comme le post-rock / math-rock qui pourrait leur fermer les portes des récompenses souvent formatées, Lysistrata séduit autant le public que les professionnels partout où ils passent. Après avoir remporté le Ricard SA Live Music, ils ont remis ça au Printemps de Bourges avec le Prix du Jury des Inouïs 2017 (ex-aequo avec Ash Kidd). Nous avons d’ailleurs eu la chance d’écouter l’EP en avant-première et nous sommes impatients de découvrir l’album qui sortira à l’automne. En attendant, on ne peut que vous conseiller ardemment de courir les voir sur scène !

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