Burning Peacocks : l’ivresse des sentiments

Par le 07 décembre 2016

Burning Peacocks, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre qui fait des étincelles entre Alma Jodorowsky, enfant de la balle aux multiples talents, et David Baudart, qui vit la musique chevillée au corps depuis son plus jeune âge. On a rencontré le duo quelques semaines après la sortie de son premier album Love Réaction produit par Jean-Benoît Dunckel, moitié de Air et idole de leur adolescence. Ils seront sur scène aux Etoiles le 8 décembre prochain. Portraits croisés.

Déjà deux ans qu’on les découvrait avec un premier EP prometteur, carte de visite ingénue destinée à montrer toute l’étendue de leur palette musicale, entre pop, folk et disco. “A l’époque, on se rejoignait surtout sur nos influences et c’est ce qu’on avait envie de mettre en avant, précise David. Avant d’ajouter : “Notre musique est de plus en plus personnelle et de moins en moins référencée.“ Ils en veulent pour preuve les visuels de l’album signés Inès Longevial. “Sur l’EP, c’était très surchargé, y compris dans l’arrangement des morceaux, sans doute pour mieux se cacher“, confie-t-il. Pour Love Réaction, qui s’inscrit dans une veine pop-électro, priorité aux sentiments ! Car Alma et David sont deux grands sensibles. C’est d’ailleurs ce qu’ils apprécient le plus l’un chez l’autre. Ils s’expliquent : “Ce projet est un exutoire. On a trouvé le moyen de sortir toutes les émotions qu’on avait au fond de nous pour les sublimer en studio.

Si David compose la musique, Alma écrit les textes. “Des choses assez personnelles mais qui peuvent parler à tout le monde“, résume la jeune femme. Leur objectif ? Faire quelque chose de sincère pour être proches de ce qu’ils sont et de ce qu’ils aiment. Il est question d’amour et de développement personnel. “Ce premier album parcoure tout ce qu’on a pu ressentir pendant ces années de passage à l’âge adulte“, dit-elle. Dans le clip de « Tears Of Lava », deux amants peinent à se rapprocher par peur de l’échec ou plutôt de l’engagement. En filigrane, ils évoquent également leurs incertitudes face à leur statut d’artiste. “On a peur de se lancer et de ne pas y arriver, explique-t-elle. Quand on est artiste et qu’on crée des choses, ce n’est pas toujours évident de se faire confiance et se dire que ce que l’on fait n’est pas si mal. Ce couple en est l’illustration ou plutôt la métaphore. On se lance, on galère mais heureusement il y a un happy end à la fin du morceau. Ça c’est pour se rassurer (sourire).

QUESTION D’ALCHIMIE

Contrairement à David, Alma n’avait pas vocation à faire carrière dans la musique. “J’ai choisi le métier de comédienne mais pas celui de chanteuse. A l’adolescence, elle monte des petits groupes “accessoires“, mais aucun n’a vocation à sortir du garage où il répète. C’est sa rencontre avec David qui va l’encourager à envisager la musique de manière plus sérieuse. Le musicien est autodidacte mais il a l’expérience de la scène contrairement à sa partenaire. Elle le rencontre dans un concert de son groupe de l’époque, Holstenwall, avec lequel le jeune musicien fantasmait la vie d’artiste. “Je suis venu à la musique par mon père, qui jouait et joue toujours de la guitare. Très tôt, j’ai eu envie de m’y mettre aussi sans jamais suivre de formation particulière. J’ai dû prendre deux cours de guitare dans ma vie mais j’ai fait une école de son. Aujourd’hui, il partage son amour pour la musique avec Burning Peacocks et Cabuco, plus psyché. “Je suis complètement polygame“, plaisante-t-il.

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« Games » est le premier titre qu’ils ont coécrit. David avait la musique, il lui manquait les paroles. Quand Alma a reçu la première démo, elle a pensé à Beach House. L’alchimie est immédiate. “J’ai tout de suite su qu’on pourrait se rejoindre sur pas mal de choses musicalement, dit-elle. On a avancé pas à pas sans se mettre la pression. On se voyait quand on en avait envie. C’était beaucoup plus clair dans la tête de David qui était déjà musicien. Ce projet n’est pas un caprice, mais bien une nouvelle étape pour la comédienne et modèle. “J’ai toujours aimé chanté mais je ne suis pas une chanteuse. Je n’ai pas une grande voix et ce n’est pas ce que je recherche. Pour nous, elle se situe entre Françoise Hardy pour la mélancolie et Nico pour la nonchalance. “Pas mal !, s’enthousiasme-t-elle. “Elles m’ont beaucoup influencé. Le Velvet Underground est un de mes groupes fétiches. Et Françoise Hardy me fascine pour toute l’époque qu’elle représente. Et elle a su rester hyper rock’n’roll.

DU CINEMA A LA MUSIQUE

Alma est venu plus tardivement à la musique parce qu’elle a grandi dans un environnement artistique où le théâtre se trouve à portée de main. Ses parents ont fait partie de la troupe du théâtre du Soleil dirigée par Ariane Mnouchkine. “C’est le milieu que je connais le mieux, bien avant le cinéma et la musique. Son grand-père est cinéaste, son oncle musicien. Alma, aujourd’hui, peut se targuer d’avoir réussi à conjuguer toutes ses passions. La liberté est pour elle le seul moyen d’exercer sa créativité. “C’est ce que je recherche dans tout ce que j’entreprends. Continuer à m’exprimer à travers différentes formes d’art.“ Elle vient de terminer le tournage de la saison 2 de « La vie devant elles », diffusée sur France 3, et incarne le nouveau visage de la campagne Mango Journeys, tournée au Japon. On la voit se perdre dans les rues du quartier de Shibuya ou découvrir la magie du temple de Gagaku sur la musique de « Tears Of Lava ». “Le fait d’avoir une image, entre guillemets, me permet de communiquer sur mes autres projets, que ce soit le cinéma ou la musique.

La jeune femme ne s’arrête pas là et réalise avec Burning Peacocks ses premiers clips. Elle a tourné celui d’ « Odyssea » avec une caméra super-8 à Cuba, alors qu’elle participait à la croisière Chanel. Il s’agit là de ses premiers pas vers la mise en scène. “Quand j’étais petite, je voulais être metteur en scène de théâtre, confirme la réalisatrice en herbe. Je ne dirais pas que j’ai des scénarios en cours d’écriture mais j’ai plusieurs idées que je griffonne sur des petits carnets secrets. Aujourd’hui, la réalisation de clips m’offre une liberté absolue. Je donne vie aux images qu’on avait en tête quand on a écrit ses chansons. Ces mêmes images qui guident la production des morceaux. Pour le groupe, l’illustration visuelle compte presque autant que la musique. “On crée un petit monde autour et ça nous permet d’en parler différemment“, ajoutent-ils.

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L’image prend de plus en plus de place dans la communication et le groupe l’a bien compris. Pour autant, ils ne cèdent pas à la tendance. “Là où la musique et la mode peuvent se rejoindre, c’est dans l’idée de faire quelque chose de beau, d’esthétique et de poétique“, précise Alma. Leur inspiration vient surtout du cinéma des années 70. Elle, compte parmi ses films fétiches Les enfants du paradis de Marcel Carné et Peau d’Ane de Jacques Demy. Lui, cite la nouvelle vague et Jean-Luc Godard. Il est en train de terminer Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard. “C’est un récit d’entretiens du réalisateur sur les années Karina (1960-1967). Il y a beaucoup d’articles et des interviews qui ont été faites pendant la réalisation de ses films. Ça permet d’appréhender toute une méthode de travail. C’est assez éloigné d’un projet musical mais il y a une construction, une écriture et une vision à long terme qui moi m’inspire beaucoup. Leur curiosité nous a piqué au vif et n’a d’égale que leur inventivité ! On ne vous conseille que trop d’écouter leur nouvel album, doux, élégant et solaire, comme ses protagonistes.

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En concert demain aux Étoiles à Paris. 

Crédits photos : Fiona Torre & Inès Longevial / Remerciements : Erwan Jule, Alma Jodorowsky et David Baudart 

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