The Altar

Banks


30/09/16

Capitol / Universal Music France

7.5
Par le 05 octobre 2016

Le must du cool pointe enfin le bout de son nez en cette fin septembre en la personne de Banks avec son nouvel album The Altar et on peut vous dire que ça ne donne pas envie de chômer. Grande challengeuse des Lorde et Fka twiggs sur le terrain de la dark pop depuis son premier disque Goddess qui fût un succès critique incontesté il y a deux ans maintenant. Depuis, la chanteuse va de récompenses en succès, de singles en tournées et semble s’établir peu à peu comme une nouvelle figure dominante de l’univers pop actuel. La belle californienne âgée de 28 ans nous propose une nouvelle fois de s’immiscer dans son univers brumeux et mélancolique aux accents sombres et R’n’B avec cette fois-ci un parti prit peut-être plus assumé vers des influences ethniques voir épiques et psychédéliques.

Alors on se lève et on saute dans le train fantôme. Banks aux commandes, c’est parti pour un voyage sur des rails longs de 13 titres. Première chanson de l’album, « Gemini Feed », ça démarre. La première phrases “open up your eyes“ donne tout de suite le ton, à partir de maintenant on contemple les différents paysages que l’artiste nous offre sans protester. À l’écoute de ce premier titre, le refrain rentre tout de suite dans nos têtes, hymne pop en puissance, ça ne rigole plus, c’est du sérieux. Arrive ensuite une petite mélodie à la sonorité asiatique, puis la rythmique accompagnée de la voix. La ligne de chant sur « Fuck with myself » est incroyable, alternant entre un phrasé mélodiques aux accents pop avec des parties très théâtrales, l’ensemble donne un résultat très épuré. Le clip lui intrigue : chorégraphie insensée, éclairage contrasté, décors angoissants et le charme de Banks opérant en prime sur nous comme un coup de brume à la vitesse d’un éclair. Ce second single sera probablement l’un des meilleurs titres de The Altar et l’un des meilleurs clips de cette rentrée.

On enchaine ensuite sur quelques chansons dans le même esprit que ces deux premières mises en bouches (« Mind Games », « Love Sick »…) s’inscrivant dans la continuité de l’univers de Banks créé il deux ans avec Goddess : des mélodies chiadées, des rythmiques à la frontière du hip-hop et de l’électro, des sonorités rappelant la musique ethnique, une touche très “aérienne“, des choeurs et des refrains accrocheurs au possible ainsi que des synthés minimalistes qui font de cette recette, une dark pop moderne assumée à l’identité encore plus affirmée sur ce nouveau disque par sa détractrice.

En creusant dans le périple effrénée de The Altar, l’artiste fait une pause le temps d’un morceau : « Mother Earth ». Dans le plus simple appareil, Banks se dévoile accompagnée d’une guitare acoustiques et quelques cordes classiques. En opposition à la sur-production de la tracklist, l’album s’humanise un peu pour notre plus grand bien. On notera par ailleurs un songwriting très inspirée sur ce morceau particulièrement. S’ensuit pour redémarrer le wagon, un morceau hip-hop avec « Judas ». Un petit côté tendance/thug, l’instant lunettes noires et capuche. L’album approche de son dénouement, l’artiste californienne se dénude de nouveau avec une belle ballade au piano (« To the Hilt »), sans artifice, aucun, l’occasion de découvrir la pureté de sa voix à nue. Nous conclurons le voyage avec « 27 Hours » à la montée pop crescendo, un dernier gros coup d’éclat avant de s’en aller.

En conclusion, nous pourrons retenir de cet album une créativité débordante avec une identité beaucoup plus marqué qu’aux débuts. Petit hic, l’artiste nous perd peut-être quelque fois dans ses acquis et dans les productions mais nous retrouve à chaque fois grâce à une petite perle qui se cache entre deux bombes dark pop. Le voyage reste agréable et passionnant. Banks nous donne l’impression d’être une amazone dans l’âme, perdue dans la ville, en quête de repère dans un monde trop instable. Elle se forge une carapace solide de musique pop qui fait d’elle une véritable explosion de puissance, mais parfois elle gagnerait à se mettre plus à nu, pour pacifier un peu son oeuvre et nous laisser aussi aller vers elle.

banks_fuck_with_myself_clip

Une superbe artiste, des clips géniaux, une grande sensibilité, un univers très torturé et qui lui appartient. Elle distille des pétales ethnico-romantique autour d’un tronc pop solide et imposant. Aucune chanson n’est réellement en reste, simplement l’album ne s’écoute pas facilement d’une traite. Il contient de vraies perles, et je m’arrêterais notamment sur l’oeuvre audiovisuelle de « Fuck with myself », qui reste pour moi un cran au-dessus du reste. Malgré quelques bémols, globalement une réussite.

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