Changes

Charles Bradley


01/04/16

Daptones Records

6.5
Par le 08 avril 2016

Vœux lourds de soi, velours de soie, il n’y a qu’un « e » qui s’ajoute : eux. Car Black Velvet est mis en lumière après une cinquantaine d’années en veille. Vieille opacité. Fondu au noir. Que vienne la lueur d’espoir quand s’abat le vers après le miroir ! Ensevelie sous le cuir et fourrure du front de scène, la soul se remet en selle sous d’autres cordes : après Brown, voilà Bradley. Couleur café, couleur cuir : la musique n’a pas que des durs à cuire et récolte parfois le grain du passé. Après avoir vu passer des sauts, des saouls, des odes, quid de l’esprit soul, pléonasme à la fois populaire et rare ? Après que « j’ai vu New York, New York-USA. Je n’avais rien vu d’au, je n’avais rien vu d’aussi haut. »

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De black savates à Black Sabbath, qu’un seul changement : « Changes« . La promenade s’allonge, la ballade du funambule passe du métal au cuivre, la flânerie devient flatterie quand les cris rauques percent le roc, le rock. Eponyme album, biographiques paroles, portraitiste pochette. Si la sensibilité est interne, si les vocalises sortent des tripes, si les thèmes viennent des émois alors la soul est l’esprit romantico-lyrique ou l’expression du je. Et moi, et moi, et moi ? Charles Bradley use davantage de la deuxième personne du singulier dans ses deux tiers d’heures. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Le soul man nous prie de débuter par une prière patriotique : « God Bless America« . Comme une promesse d’honnêteté, comme une confession, il effectue du spoken-world sur de claires notes d’orgue. Là où l’orgueil n’est point puisqu’un chœur gospel de femme marque le pont final. Si Michael Jackson n’a pas réussi à guérir le monde par médecine douce, Charles Bradley passe à l’opération : « Change for the world » ou le discours d’une urgence face à la haine. Après un micro saturé, un ton de prêcheur et un refrain fédérateur, le volume de la piste s’écroule decrescendo. Crèche, dèche, pêche : « Ain’t It a Sin » n’a pas les jambes en compote mais à plutôt mille pattes.

Illustration du groove. Ses apostrophes et strophes en retour amènent du live : de la vie ! Rhythm’n’blues. Les excès vocaux, les détroits instrumentaux ne sont pas de trop : la légèreté du disque, un frisbee de fraicheur. Le chœur apporte du baume au cœur sur « Nobody but You« . Les onomatopées de « Things We Do For Love » jette l’encre sur l’entre cinquante-soixante, sur le ventre de la musique afro-américaine, dans l’ancre d’un port au ciel bleu à l’amour paisible sous les tropiques paradisiaques. Après avoir porté si longtemps la blouse, pourquoi garder comme blase le blues ? Bradley sourit dans ses lamentations. Comme l’atteste « Crazy for Your Love » ou « Slow Love« , les percussions ne sont que basses émulsions au tempo lent. Le sexagénaire ne cesse de partager l’espace auditif avec les instruments lorsqu’il bat, d’un semblant de timidité, en retrait ou le découpe pour ses chœurs. Ces derniers apportent de l’authenticité à son propos : Changes a sa cohérence régulière.

Bradley n’a pas bradé sa voix. A fleur de peau ou fleur bleue, il s’ouvre à nous comme l’Ancolie ou le Chardon. Du charbon ou chaudron, il garde le cœur d’artichaut et autres caractéristiques de la soul pour les baigner dans un lit d’hortensia. Hors tension, Changes apaise.

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