Ici le jour (a tout enseveli)

Feu! Chatterton


16/10/15

Maison Barclay

8.5
Par le 16 février 2016

Il aura fallu du temps, beaucoup. Des écoutes de cette première pièce au format longue durée, il en aura fallu beaucoup aussi. Un temps nécessaire pour apprécier pleinement les exquis Feu! Chatterton.

Le quintet parisien est depuis des longs mois maintenant, la promesse flamboyante de cette scène hexagonale. Des mois aussi que les cinq garçons sillonnent les quatre coins du territoire national pour offrir chaque soir une oeuvre baroque de haute volée. Loin des productions pop trop faciles tantôt dans un anglais frôlant le teenage, tantôt dans un français d’une non-richesse plutôt courante ces dernières années. Ces cinq là ont choisi de proposer un recueil de chansons rock littéraire, au verbe référencé, à l’ampleur lyrique comme il y en a bien trop peu de nos jours, servi par des prestations lives théâtrales et riches.

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© Fanny Latour

Un parti pris esthétique rare et exigeant rappelant les disques d’une Raphaële Lannadère (alias L) ou d’Alain Bashung, tant sur les textes que la composition, deux arts qui ne s’entrechoquent pas non mais s’assemblent.

En 2014, les cinq parisiens nous avaient offert un premier EP, déjà pleinement réussi. Riche de l’hommage au Costa Concordia avec « Côte Concorde » et son refrain poignant “Du ciel tombent des cordes, faut-il y grimper ou s’y prendre ?fort aussi du rythmé « La Malinche » en hommage à cette femme amérindienne, maitresse du conquistador Cortès. On ajoutera à cela le plus ancien morceau de la jeune discographie de Feu! Chatterton à savoir « La Mort dans la Pinède », le premier acte qui en disait déjà long sur les talents et le potentiel du groupe. Mais qu’en est-il de l’album ?

Là encore, très justement nommé Ici le jour (a tout enseveli), il n’en est rien de cet ensevelissement sur ce long format. Nouvel acte dévoilé en premier « Boeing ». Le vrai tube de Feu! Chatterton, gonflé de percussions et d’une rythmique de batterie jazzy, soutenu par une basse terriblement entraînante. Un hommage là encore, cette fois-ci à l’aviation américaine : « Ces drones n’ont plus de densité ». Un des passages faisant parti de l’éclatement lyrique de ce titre.

Place maintenant à « Ophélie ». Qui es-tu ? Un fond de rock classique, porté par l’interprétation d’Arthur habitée par les mots avec hargne et exaltation.  Qui est-elle ? Une bien-aimée qui sonne l’abandon sur la route. Touchant. « Porte Z » lui, s’attaque à la nuit, littéraire, on en devine ici ou là des références à Lautréamont et Baudelaire quand « L’heure est dense » étirait elle, les syllabes de La rose et le réséda écrit pas Louis d’Aragon en 1943. Plus largement, l’album use des rimes feutrées et précieuses porté par l’interprétation aisée de son chanteur (« Le Long du Léthé », « Harem »), piochant dans des ambiances diverses allant de la pop tropicale aux traversées morriconniennes mais aussi du post-rock. Un disque bien ficelé, “popé“ soigneusement par les mains de Samy Osta (producteur de Rover et La Femme notamment) et concocté par cinq artistes talentueux que sont Sébastien Wolf (guitare et claviers), Clément Doumic (guitare et claviers), Antoine Wilson (basse), Raphaël de Pressigny (batterie) sans oublier Arthur Teboul (chant) évidemment.

Qu’on ne s’y trompe pas le premier disque de Feu! Chatterton est une grande réussite. Le rock français vient de se trouver (enfin) son nouveau meneur de jeu. L’excellence à la française.

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