Mémoires Vives

Grand Blanc


19/02/16

Entreprise

7
Par le 04 mars 2016

Si poésie rime avec industrie, si mémoire rime avec miroir, si Metz rime avec messe, alors Grand Blanc est une hydre de Lerne. De laine ? Non, de Lorraine. Mais cessons donc toute gradation, répétition, énumération. Stop à la catégorisation ! La Femme, Bagarre, Flavien Berger, Feu ! Chatterton, Joy Division ne sont qu’antonomases. Grand Blanc rend hommage sans dommage. Comparaison n’est pas raison. Proche de l’aube, Mémoires vives vident les émois des oublis morts loin de l’aurore. Pas d’horreur mais orage de cold wave et pluies d’arpèges. Premier album chez Entreprise, premier boom dans l’entreprise du beat, du bide et du beau. Personnification du requin, incisif, troublant et glacial adjectivisent ce raz-de-marée arctique. Les Dents de la Moselle. Les danses de la Messe. L’aidant de la mère. Grand Blanc, est-ce le pole air ?

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Phares diurnes aveuglés, phrases dures fragmentées, phases nocturnes colorées. La pochette rétinienne annonce ou dénonce un reflet urbain sous néons et sans néant. Car le morcellement sera de mise en abyme dans les treize leds clignotantes. Evasion dans la treizième heure : celle des mémoires laides. Les titres s’entêtent de figures de style sur un polaroïd flou, noctambule et géographique. « Le règne de la nuit ne connaît ni temps ni espace, le sommeil a pour lui toute l’éternité ! » notait Novalis. Les somnambules messins misent sur un climat malsain où sombre une tension ambulante. « Evidence » ralentit la cadence : les traits buccaux du chant masculin s’illustrent dans le tempo larghissimo. Scène de déchirement d’un film d’épouvante ? La nonchalance d’une cold wave industrielle sortie des hangars fin 1970 floute les frontières de gentrification : electro-pop-rock-new wave-cold wave.

Qui a tiré sur le tiret ? « Désert désir » peint la distance vis-à-vis de l’auditeur. Des cris fous mixtes mixés sous un bourdonnement instrumental de plus en plus imposant. « Summer Summer » se meurt, se meurt sous des nappes synthétiques. Les voix et vocalises ne font figure que d’instruments : pas mises en avant et traficotées. Traffic de voix entre enfantine et hallucinogène, teen sous drogue sans gênes. « Surprise Party » parti sur prise. En uncanny, on serre les cannines dans l’ambiance lourde où les secondes s’est, s’écoulent, s’écoulent lentes, lentement. Et boum, la musique nous transperce lorsque la duplication des répétitions lyriques commençait à être une habitude : « Samedi la nuit » ne nuie pas mais le dit. Grand Blanc souffle la tempête au cœur de l’opus quand nous pousse « Verticool », le vertigineux néologisme. A l’image de l’album, la déstructuration sonne comme perdition dans un tourbillon. Les pistes semblent hachées, brouillées, pressées : « Disque sombre » s’auto-chronique. Enfin, dans cette salle à la torture sadomasochiste, aux mille et une délices, la violente action fait paysage sous le portrait de paroles aliénées. « Bosphore » fluor. De « Montparnasse », la douce lueur de « l’amour fou » s’adonne aux « abonnés absents » mais restent présent dans les arrangements.

Mémoires vives ou la Maison hantée. Grand Blanc monte un décor de tension afin de mettre nos émotions à rude épreuve. Artistique, poétique, épileptique, l’urgence de l’album crée une véritable osmose entre les titres. Pas joke mais Jaws, Grand Blanc effraie par sa qualité. Et fait ce qu’il veut.

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