Zanaka

Jain


06/11/15

Columbia Records

8.5
Par le 19 février 2016

Dans la ganache, panache malgache. Des racines et six ailes cisèlent en elles les vertus de la tradition. A l’image d’une liane grimpante de sa terre natale à son futur concevable, la liasse tropicale d’une Jain amazonienne ne rompt les allers-retours entre son tronc et son bourgeon. Jain, Jane, Janis. Dans un design couleur anis, une épice anis pimente une pop sèche. Et pis Yodelice ? Mise en airs par un Tarzan sur la planète des singes, la femme fatale multinationale a mis longtemps à germer. Sept années. Car Jain, Jenny, génie a ses six bras appelants trois êtres influents : pop, soul, Afrique. Hop, sous la frime ferme et femme, un feu ambiant s’embrasse, se braise, se brise. La pochette épurée troque avec un tronc qui transcende. Véritable Ganesh tête-bêche ou bobo couvert par des noix de coco ?

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Si le cocorico ne se gêne de complimenter Jain, il oublie que la cocotte ricoche dans un océan plus indien qu’atlantique. Le jaïnisme est une religion d’origine indienne qui compte plus de 30 000 fidèles en Europe. Le but de la vie pour les jaïns est d’atteindre l’illumination appelée  Nirvana. Et notre prêcheuse nationale apporte la béatitude extrême où des images réchauffent notre naturel par des images d’une nature sans artifices. Mais le temps tique, toque. Un demi-tour horlogé et le tour est joué. D’autant plus que le tic-tac pendouille comme une pendule dans les percussions de Zanaka. Rien à voir avec son renversement, le nom n’est point aka naz mais enfant en malgache.

Ce premier opus est jonché de K et de cas. Dans la ballade « All My Days », l’a capella est rythmé par des maracas classes lorsque « Makeba », comme un mantra, claque des calques de M.I.A cataclysmiques. Sous la même écorce se déploie un baobab : des accompagnements calmes comme à Bora-Bora sur Mr Johnson, des instruments raggas baba d’ « Hob »  ou encore des vénéneuses touches rock dignes d’un boa pour « So Peaceful ». Si la voix rappée-chantée souffle les canicules de Bilbao, la musique est une brise légère, douce. Entre Selah Sue et Inna Modja, entre le tropique du Cancer et du Capricorne, Jain a pris le taureau par les cornes pour soigner le cancer de la mode à pop synthé sans le sou. Sobre mais pas sombre, sous son sombréro circulaire, sa voix circule de A à Z – ou de Z à A – dans ses airs. Jain y no spleen répétés, Jane bikini dans ses titres aux courts formats, on assiste à un panel de nuances de genre, de style, de variété. Enfin si le ragamuffin entre dans ses vocalises comme le prouve « Lil Mama », le rythme effréné semble parvenir d’objets du quotidien. Cajón. Une jam-session les pieds dans le sable chauffé par un feu de fin de soirée ne serait-ce qu’une image ou l’illusion de « Come » ?

Album de musique, album de photos, Zanaka est un court safari authentique. Si les arrangements lisses de l’hémisphère Nord filtrent la fougue flambante de l’hémisphère Sud, alors Jain est un émissaire sur l’équateur. Aqua-chaleur ?

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