L'amour s'en va (EP)

Nord


08/04/16

Low Wood

6.5
Par le 03 mai 2016

Quand on perd le nord, on se déboussole. Quand perce le Nord, on est debout seul, sous et sur des bouts de sol. Les aiguilles s’accordent entre heures, cordes, destinées. Cap ou pas cap ? Pas Cap Vert mais Cap verre, terre où fragilité et dureté sont nues comme des vers. Ses vers saillent vers Versailles, à l’endroit des encres françaises, à l’envers d’où s’ancre la chanson française. Artiste Domestique il y a une décennie, L’amour s’en va aujourd’hui : la rose des vents pique la fleur bleue tandis que  “les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre.“ Quel plan sur le papier ? Avant la géographie et le Canada, après sa typographie sobrement sombre, la graphie intime s’extériorisent. Points cardinaux, point de vue, point de côté, point final. Et si Nord n’était que l’hybridation unie d’un nid d’or ? Ne nions nada.

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Noir et blanc. Yin et yang, comme des yeux pragmatiques, font le yoyo sur le carreau photographie, sur un fil froid, sur clin d’œil yankee et seventy. Youpi ou yaourt ? Pas yéyé, plus rive gauche, sa chanson française entre quatre murs apparaît comme un hexagone d’airs. EP glacé, point huppé, a des durées pas très proches de l’homogénéité. Pop. Cousue au fil rouge, l’aiguille thématique indique l’urgence autobiographique. Xavier Feugray vide son sac. Mais ce dernier contient des lettres adressées ? Dans des belles lettres courantes, il met à la page la culture de masse et bien loin des plages, une fragilité littéraire s’entasse. Modèle, auteur, compositeur, interprète : chaque projection s’étend sur l’exaltation du moi romantique. Funambule, Nord marche au-dessus de l’obscurité nocturne. Tantôt sur des fils de barbelés, tantôt sur des fils de laine. Fils de folk, il file d’île pop en Il organique. Electronique, sa mer rouge s’ouvre à des vagues de guitares acoustiques. De son manche, il traversa la Manche pour des refrains anglophones : « Drunk » est à l’appareil.

Du pareil au même, en parallèle au miel, sa voix appelle à l’aide sans s’envoler vers le pôle nord. En pole position, des introductions douces et lentes comme l’aurore, des fins en apothéose où voix, instruments et bruits se mêlent comme un crépuscule bousculé. Sa Juliette est-elle une Aurore ou une Stella ? Et là, elle a un rabâchage « encore vivant », cette « Il ne m’est rien arrivé« . Certes la répétition se métamorphose en alarme fiévreuse sur « Mémorable« . Un coup pile, un coup face, un coup triste, un coup brise-glace. « Temps Morts » percute avec un rythme en guise de sablier léger. Et les instruments à cordes frottées coupent la corde. Et Nord pousse les mots au bord du cri vocatif. Topo au top, « L’amour s’en va » hoche les têtes et le chœur exotique, comme un tohu-bohu, comme un chahut chaotique, imprègne la solitude de ses mots. Incompris, dans une tour de cristal. Enfin, « Quand tu me regardes« , j’aperçois la bougie, le chalet, la guitare, la neige, la voix soufflée au creux de l’oreille, l’arpège : l’art piège ? Hard pièce maîtresse de la chanson à maitresse.

Nord est sûr de ne pas être à l’Ouest. Cohérent, L’amour s’en va est un disque éclipse : mi-soleil, mi-lune. A la pleine lune, il ira sous le balcon de sa dame. En plein soleil, il ira sur les dunes chanter son manque de fortune.

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