Destins Liés

S-Crew


17/06/16

Seine Zoo / Polydor

6.5
Par le 30 juin 2016

Est-ce la hess, l’aise, la laisse ou liesse sous les souliers et sur les croms ? En cinq points, Seine Zoo était l’essai. En deux points, Destins Liés est la transformation. Un touchdown la tête haute ! En établissant les douze travaux d’Héraclès et quatre fantastiques suites, les sauvages du Sud ont assimilé à leur lettre de noblesse, les deux colonnes d’Hercule : Dollar Crew. Bling-bling, toc toc toc, qui va là ? Plus de sifflements oraux mais bien des rugissements micros. Nekfeu, aux six coins du pays en presta, aux quatre coins des médias et au coin du feu avec ses trois gars. Agenda de ministre, salaire de député ? Statut de président du rap français, l’as du verlan à le « ça » qui plait. Il monte, démonte les mots, remonte le temps jusqu’à ses amis d’enfance. Une locomotive avec trois wagons ?

www.ojoz.fr

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American Dream. Après avoir été mis sur de bons rails, ils ont le permis de rouler sur le boulevard hollywoodien. Couleur or, toujours dehors, hors-la-loi loyal, la pochette montre que l’assurance de ne pas tout faire capoter semble une décapotable. Sépia, c’est pas noir et blanc mais le métissage est là. En dessous des visières, l’air nonchalant, au-dessus, les destinations non chancelantes. Unicolores dans le filtre, cohérents dans la sobriété du fil, street comme les répliques d’un film, les seize des seize du $-Crew ne font pas dans la dentelle mais dans le bitume. Et si la voie fait un vœu de douceur lumineuse, elle recevra qu’une voix qui se veut entre nonchalance et hautaineté, sous les fumées du vocoder. L’introduction donne le ton, donne le L.A des instrumentales aériennes aux beats en sourdine. Un seul feat, pas un flop mais une fiole r’n’b où Doums ne flippe pas de son statut de frère.

Des titres d’élévation sociale sous-titrés d’opportunismes tirent le meilleur des particularités vocales de Mekra, 2zer Washington, Framal et Nekfeu tout en étirant les montagnes russes rythmiques. Du rap pur, dur comme selon le Larousse. Des pistes épurent, mûres mais aucune qui mérite d’être l’arrosée. Nekfeu navigue en allitération et assonance, Mekra vaguent dans l’agressivité positive tandis que 2zer souffle une tempête dans un verre d’eau et Framal enchaîne des rimes riches. Du classique pour du neuf ? Le symbole – ou la parenthèse – Creed est un crime contre l’uniformité tant dans le cadre spatiotemporel que dans l’esprit d’indépendance promue. L’album, technique, espère plaire à la majorité, mineure ou adulte dans la production américaine. Du hihat en hâte, une direction trop plate, des répétitions de sujets qui se ratent et une ambiance chill pour l’éclate. Halte !

A trop jouer avec le Nekfeu, on se brûle la voix, on s’embrume la voie. Si liés en verlan se dit ciel, espérons que leur paradis n’est pas superficiel. Destins Liés n’est qu’une vaste étendue de nuages grisâtres : à consumer ou à consommer ?

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