99 Cents

Santigold


26/02/16

Warner Music

7
Par le 02 mars 2016

Pile américain, poil afro. Pile M.I.A, face Aretha Franklin. Si Santi’ vaut deux fois plus que 50 cents, elle ne s’était pas dévoilé à cent pour cent. Sans pour sainte, sans pour sang, sans pourpre : sens-tu le pur-sang avec Major Lazer qui ne raccroche pas ? Véritable doll d’art, pas commercial comme Niqué Méninge ni provocatrice tel mi-Ah !, Santigold vaut bien un dollar, vaut bien un or rare. Aussi solaire que des sommes astronomiques, aussi variée en influences qu’un marché boursier, aussi pop art qu’un Warhol dans une société de consommation, l’album bubble-gum risque d’en faire buller plus d’un. Des titres à 99 cents serait-il à 99 pourcents francs ? Fini les questions à deux balles, Santigold est venu rendre la monnaie de sa pièce en faisant pleuvoir les billets d’humeurs. Alors que disent les roubles-arts, les livres et les couronnes ? Plongeons dans article vision euro, heureux pour une monnaie universelle : l’Or Saint, l’Hors du Rein.

santigold

Dans la même pièce que Santigold, l’inflation de l’excitation de la pulsion en ébullition comme un ion, comme un lion par ses chansons fait que nous dansions en bonds et en bombes. Sapés comme Harlem, clips aussi américains qu’une Harley, une pochette rose genre Ashley : dans son patchwork, la native de Philadelphie se colle sous cellophane pour que ses fans hésitent entre « C’est elle ! » et « C’est engagé ! ». Prise chose, prix choc mais rainbow. Douze couleurs à longueurs industrielles et coupées en barrettes de hit offrent des titres créant du fantasque dans une société morose. Pour un dollar, ayez le droit de rêver. Le rêve américain débute par une comédie musicale d’onomatopée acapella en chœurs. Décuplant des Barbies, Bratz et Corolles sur les refrains, « Can’t Get Enough of Myself » claque des mains sur des claquettes hollywoodiennes pour clore sur une flute. Nous raconte-t-elle du pipeau ? Quedal, Santigold a la dalle et n’oublit pas ses dalles de béton hip-hop dans la rappé « Big Boss Big Time Business ». Caricature du gangsta rap, elle joue son mac et sa propre poupée sur un beat sobre, classique d’une boîte à rythme. Si l’argent est présent, il provient de la couleur des blocs.

Nouvelle quadragénaire, elle ralentit le rythme à mi-chemin pour offrir un RnB 2000. « Who Be Lovin Me » avec ILOVEMAKONNEN a un tempo adagio où le duo se répète les mots sans laisser de flows à la sono. Oh de chill, eau de relaxation. Tandis que « Chasing Shadows » nage sur le dos, Santigold use d’échos dans les refrains comme un chœur d’église. Synthpop, sainte pote, syncope lorsque « Banshee » joue les montées-descentes classiques du tube électronique : peu de place pour l’évasion en musique, la voix sans vocalise se perd dans sa possession empirique. Rendez-vous raté ? Rendez-nous M.I.A ? Mais, « Rendezvous Girl » au rythme effréné crée une image mi-animation, mi-inouïe. Voilà que sonne minuit dans un dessin animé, les voix magiques des sorcières sont aiguës sur un son new-wave. Fantastico-merveilleux, bizarro-envoutant. Alors que le tam-tam et le piano de « Before the fire » apportent une acoustique ballade classique, « All I Got » joue sur la saturation vocale tout comme « Walking in A Circle » et sa voix androgyne. Santigold a le pouvoir : oui mais de quoi ?

Si « Who I Thought You Were » clôt l’album avec une BO de teen movie rock, la fermeture du magasin est proche. La moitié de l’album était un luxe, la seconde des soldes à la troisième démarque. Mais Santigold, ce ne serait pas Hollywood : toujours la même chose, toujours différent, on en a pour notre argent et on en cause ?

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