Adore Life

Savages


22/01/16

Matador Records / Beggars France

7.5
Par le 04 février 2016

A l’heure où la machine écrit, joue, produit, chante, Savages décrit qu’une paire de joues appuie plus profond qu’une paire d’automates sans cœur dans son antre. Entre entrailles sauvages ou robots 2.0, la différence est la mano. A l’envers comme à l’endroit, The Femmes Four ont les cheveux dans le vent : un rock mêlant puissance et incision, démêlant barrettes à basses cordes et cordes vocales barrées. A nous les petites anglaises ! Elles renversent la vapeur d’un point rageur. Pile ou Face ? Ange ou Démon ? Face à face avec la pile de titres, l’angle démange les montées et démons de minuits. Mannequins aux accents humains, indigènes sur leur 31, Savages braque la Pop à demi-mot : hémistiche slogan Adore Life s’en va fétiche dans les bras du garage, garage à gage. Car il n’y a que le pouce et l’auriculaire pour démarrer par quatre un air. Yours mains.

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Ying, Psychose, yang, Zebda. Pochette, pochette, dis-moi si « The Answer » nous tend la main ? Aux allures de pistolet chargé en fébrilité, elle tire plus vite que son ombre, « Adore Life ». En féminisant le pouvoir, bagues comme poings américains, tatouage comme signe de rébellion, doigts nerveux comme membres du groupe se fixent sous un filtre vintage parfumé à la sobriété. Les sauvages adorent la vie. Les litanies se comptent sur les doigts de deux mains. Give me five ! minutes pour que « Adore » tisse un rideau de riff aux sorcelleries smithiennes sur les refrains. Tension glitchée, saturées guitares. Résignation, pessimisme, apocalypse ou le triangle entourant la tracklist. La vie comme un combat. Une bombe aérodynamique décrépite un ciel gris pour faire place à un riff érotique. Femme fatale, l’arme fatale, escapade fatale : des voix en échos, allo ? Un cri hollywoodien se mêle à l’explosion. Pour la balade amoureuse, « Slowing Down The World » fera demi-tour. Sur « I Need Something New », Jenny Beth en maîtrise alterne les allers-retours vers l’au-delà, vers l’infini d’un timbre nonchalant et indépendant tandis que les trois autres dandys bouillonnent un post-punk-new-wave. A capella sur le no man’s land. La base de la basse, comme la bière, c’est la pression. Mais à l’inverse de la comparaison, elle soutient la tension : « When In Love » en est la représentation. Quant à la batterie, elle bat des pieds et des mains afin de bâtir en break une bouche béante face aux cognements d’un mauvais cauchemar. Bim, bam, boum sur « The Answer ». Les cordes plaintives ronchonnent en expirant un dernier brouhaha. Rire maléfique que les riffs affinent, féminisent sur « Surrender ». Bruit de fond formant une forme grisante, elle s’étourdit devant le refrain tournoyant. Les radicaux d’intro et d’outro se rejoignent en un Oui. Oui, elles sont longues. Oui, elles sont une montée en puissance. Oui, elles sont une descente en enfer. Saturé, sature-moi sens dessus-dessous. « T.I.W.Y.G » rate sa chevauchée, son combat de boxe ou ses fléchettes textuelles. « Méchanics » roule des mécaniques dans le sentimental. Paradoxal, paramédical ou parasite ? En échos opposés à l’air d’entrée, la sortie a l’air aérien, linéaire et glacial.

La pureté bruyante ou la froideur comme dernier recours. Savages joue à la roulette russe. Les balles s’enchaînent, la tension est sa chaîne et l’explosion se déchaîne. Des cris aux ordres, il n’y a qu’un pas : la colère. Adore Life est une vengeance, un plat qui se mange froide.

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