Everything You've Come To Expect

The Last Shadow Puppets


01/04/16

Domino Records

6.5
Par le 30 avril 2016

Théâtre des ombres ambrées, thé âpre des amples hombres. Plutôt jupette que muppet, les dernières marionnettes se sont remariées en reliant le signe de l’esperluette. Loin des guignols manipulés de la scène indé, Turner et Kane, Kane et Turner ont continué à jouer les alter égos, les vice-versa, les rectos verso sans se soucier des piles à propos de leurs faces. Marionnette à teens plutôt qu’à tiges, à gain plutôt qu’à gaine, on ne sait plus qui tire les ficelles ? Après des carrières solos, des groupes, un super-groupe, The Last Shadow Puppets. Les trentenaires se sont formés un nœud papillon symétriquement symétrique. Et finit les coupes au bol, placent aux coupes de champagne tandis que les bulles pétillent sur les chemises cintrées et que les cheveux sont gominés ou rasés. Bad Boy Babies. Après l’âge de l’euphémisme, voilà maintenant tout ce que vous attendez ? Voyons le wayang.

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Le Turner teen tournait des heures devant la Tina Turner. En poster. Leur leurre sonne l’heure des seventies là où l’Histoire de Melody Nelson l’influence. Fond en teinte unie, femme en sainte inouïe, les posters-pochettes se glissent l’un et l’autre dans la poche. Ah, soft années soixante-dix et La plage aux romantiques, un slow en jaunisse ! Ambiance couchée de soleil, météo chaude, sable hautain et charisme doux. Un bain d’amour. Si les douze aiguilles du cadran sensuel s’espacent de manière équivalente, qu’indiquent-ils ? De l’hallucination fantastique à la baguette, de l’illusion psychologique à la braguette. Everything You’ve Come To Except est un cerbère qui ne change pas d’air : qu’importe la langue, qu’importe le palais, les voix demeurent douces, envoutantes, hypnotiques. Cependant, ces sables mouvants moulent un érotisme classieux de par les cordes frottées des violons. Légèreté. Des arrangements vocaux – d’Owen Pallet ? –   et chants en échos donnent aux morceaux des lignes audio davantage garage rock-coco. Très peu d’intro, direct dans le trou. Ca tape fort comme un coup d’un soir puis ça se radoucit comme un flirt puis ça répète en couple comme une routine matrimoniale. Des hauts et des bas.

« Bad Habits » tend à du Eugene McGuiness (ndlr : ex-compère guitariste de Miles Kane). Ou le théâtre fantastique. Tempo rapide, chœurs aigus, violons tranchants apparaissent comme une tranche rapide de crise aiguës. « The Dream Synopsis » semble plonger sous le sous-marin, sous le souffle blanc du slow, sous les notes du piano et des paroles. « Aviation » a un autre moyen de locomotion pour clore sa mission à Birkenhead. Faire du Miles Kane, faire de l’Alex Turner aura bientôt sa définition. Leurs écrits couvrent les plages auditives ne laissant que les outros à la partition. « Sweet Dreams, TN » dédouane aux instruments la mélodie : la voix s’en charge tandis qu’ils tapent, tapent, tapent. Non, il n’est pas dansant : il est une danse de séduction, il tourne autour, il rôde. « Miracle Aligner«  ? C’est moi la guimauve ! « Dracula Teeth » ? C’est moi le crooner fantastique ! « Everything You’ve Come To Expect » ? C’est moi l’inquiétante étrangeté…

Chanteurs de charmes, où sont vos flûtes ? Les pipeaux pipent toutes les couleurs de la séduction. Les violons violentent les cœurs mais « The Element of Surprise » n’a pas eu lieu. Trop cohérente comme une forêt ensorcelée, la bande, « She Does The Woods« . On se laisse gentiment se perdre, crier, subir les émotions, les sensations, les sentiments.

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