Sticky Icky (EP)

Theo Lawrence & The Hearts


25/11/16

Indépendant

7.5
Par le 26 novembre 2016

La valeur montante de la scène rock en anglais faites par des français, c’est lui et c’est son groupe ; Theo Lawrence and the Hearts c’est le projet rock/soul de Paris qui semble assez crédible pour envisager le tour de force de faire fonctionner un projet rock très anglo-saxons mais made in France.
Pour ça, Théo a des atouts, il est jeune, il est beau, il est élégant et il est d’origine canadienne. Ajoutons-y le fait qu’il est bon chanteur, bon musicien, et très conscient de l’univers qu’il construit autour de son projet. L’ancien chanteur du groupe Velvet Veins a su combiner pour son projet l’exigence outre atlantique et la sobriété européenne. Sa musique volontairement hors du temps ressuscite la brillance d’un crooner, le groove Motown et l’attitude Rock 60’s. Alors que faire ? d’abord découvrir, d’abord se pencher dessus, écouter ses sublimes premiers singles « Heaven to me » et « All along », puis alors s’intéresser au super premier E.P. du jeune garçon, Sticky Icky », car là dedans se cache le groupe post lycée le plus classe de Paris.

On commence donc notre voyage dans le temps et l’espace par la première chanson de l’E.P. tant attendu, le premier single « Sticky Icky ». Le rythme nous entraîne, des guitares sixties nous servent de point de repère dans une chanson à la structure assez répétitive mais c’est ça qui est bon, on se laisse bercer par ce morceau taillé pour le voyage, on ne sait pas s’il vaut mieux boire des coups au soleil sur un rooftop de Brooklyn ou partir à vélo dans le désert du Nevada, mais quelque chose nous donne envie de partir en tournée avec les Beatles dans une 4L quand on écoute ce titre.

Le deuxième morceau « Ali » est un peu plus énervé dès les premières mesures, on sent une net influence des Arctic Monkeys dans ce titre alternant entre du Up tempo et du Low tempo comme s’ils avaient composé ce morceau de façon à laisser respirer le public lors d’une méditation sensuelle perdue entre deux séances de danse et d’envoûtement intensif. Le morceau finit par un solo de guitare tremblotant, épuré et psychédélique, so vintage, et so chic.

Puis on enchaîne sur « Good for Nothing » et le moins que l’on puisse dire c’est que c’est « Good for everything » le break d’intro hyper classe nous met tout de suite dedans. La chanson est très bien composée, on ne sait plus dans quelle case mettre le morceau, est-ce Motown, est-ce un digne héritage des Black Keys, est-ce un morceau taillé pour être dans la B.O. d’un film de Spike Lee, on ne sait plus, mais on adore. Le morceau mélange la grande classe du crooner, des rythmiques complètement funkies et des riffs de guitares perdus au fond des sixties façon Tarantino. Tout y est.

Les toms rugissent alors, l’intro est presque angoissante, les sons sont électrisants, la voix distordue et puis soudainement, le morceau « Made to last » dérive en ballade soul des 70’s façon Otis Redding. Le morceau est beau, on regrettera juste un deuxième couplet qui nous ramène à l’ambiance du début de morceau, mais c’est pour mieux nous faire profiter de la fin complètement soul. C’est beau et c’est digne d’une époque de la musique qui parfois nous manque, sans pour autant sentir le réchauffé.

Theo Lawrence & the hearts

Le dernier morceau est un faux, du moins l’enregistrement du début en donne l’impression, le micro semble être trop loin, comme un instant un peu précieux saisit en studio par accident. Mais l’orgue et les guitares jouées en violing nous confirme qu’il s’agit bien d’une œuvre originale et non d’un cadeau gratuit de l’ingénieur du son. Ce dernier morceau nommé « Heavenly Dog » sonne comme un atterrissage en douceur pour nous ramener peu à peu à notre époque.

En conclusion je dirais que le dernier E.P. de Theo Lawrence est une ode à la nostalgie, et sera apprécié par celles et ceux qui ambitionnent un retour aux sources. On ne peut que s’incliner devant le travail des jeunes garçons à retranscrire le son, le jeu et la qualité de composition de l’époque. Mais trêve d’éloges, n’oublions pas la beauté de notre nouveau monde, elle existe aussi. On regrettera donc peut être le manque de vision et de volonté de s’inscrire dans le paysage actuel à travers une musique qui tout en gardant peut être un son vintage, amènerait quelque chose de neuf et de plus personnel. Cet E.P. sonne comme un très bel hommage, et se place largement à la hauteur de nombreuses chansons de l’époque tant admirée par Theo Lawrence & the Hearts, mais manque peut-être de s’inscrire dans notre temps, ou dans le futur, et surtout gagnerait grandement à se définir autrement que par « Groupe qui fait très bien la musique de papa ». Les acquis sont là, mais on attend grandement et avec beaucoup d’espoir que tout ce talent serve à autre chose qu’être un groupe de « fan », pour devenir plutôt quelque chose qui aurait sa propre identité et instaure sa propre marque, et vu le talent qu’ils ont, on est en droit d’avoir de l’espoir. Mais quoi que l’on puisse en penser une chose est sûre, l’exercice est réussi et l’amour et la maîtrise de ce son-là est évident.

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