ELECTRIC GUEST : CHEVALIER DU BON GOÛT DANS LA POP MUSIC

Par le 23 février 2017

Souvenez-vous de leur titre « This Head I Hold », à couper le souffle à force de trop vous agiter sur ses rythmes de synthés vintage. Un tube frénétique pour introduire Mondo (produit par Danger Mouse), premier album ultra-référencé qui célébrait un demi-siècle de pop musique américaine – de la sunshine pop à la power-pop en passant par la soul et le son Motown. Cinq ans plus tard, le duo pop californien dévoile enfin ses nouvelles chansons avec Plural, conçu dans la douleur mais toujours aussi pop et enlevé. On les suivra en tournée dans toute le France au mois d’avril. Portrait.

Début 2015, le groupe annonçait que leur nouvel album était presque terminé. Mais cette première version, présentée à leur entourage professionnel et label, n’a pas convaincu. Trop sombre, pas assez pop ! « Nous avons présenté l’album à nos amis les plus proches, dont Danger Mouse. Ils ont trouvé ça cool mais on sentait bien qu’ils n’étaient pas vraiment emballés. On s’est dit qu’on pouvait faire mieux alors on a continué d’écrire. » Asa Taccone signe les paroles, Matthew Campton alias Cornbread, la musique. Après le succès du premier album, Asa traverse une période sombre qui oriente indéniablement l’esthétique de ses nouvelles chansons.

« J’avais ce défaut de trop me regarder le nombril. Tu penses qu’il faut souffrir pour créer, mais ce qui en ressort, c’est juste médiocre. Il fallait qu’on revienne à l’essentiel, la musique. »

Asa fait référence à la manière dont ils ont enregistré Mondo. A l’époque où ils n’étaient encore que des chiens fous. « On ne pensait à rien d’autre qu’à s’amuser. On ne se prenait pas la tête. On était jeunes et innocents. C’est pour ça que Mondo est aussi relâché. » La pression, le doute auront finalement servi d’exutoires. « Vous pouvez traverser une période sombre mais la flamme est toujours là quelque part au fond de vous, explique Asa. C’est de ça dont il question sur Plural. » Asa reconnaît que cette surenchère de sentiments ne fait pas partie de la culture américaine, où il est de bon ton de ne pas faire état publiquement de ses sentiments. « Ce n’est pas quelque chose qu’on nous enseigne culturellement. On est victime d’inhibition face à nos émotions. Il y a souvent une vraie différence entre notre vie affective et notre apparence. » C’est cette dualité qui est représentée sur la pochette de leur nouvel album. Ils se cachent derrière des masques.

Deux ans plus tard, après moult remises en question, le groupe met enfin un point final à l’enregistrement de Plural chez Asa et dans plusieurs studios de Los Angeles. « Les gens ont guetté notre retour comme celui du poisson dans le Monde de Nemo, ironise Asa. C’était interminable mais croyez-le ou non on s’est vraiment cassé le cul sur ce disque ! » Sur leur facebook officiel, il se permettait même la comparaison avec Frank Ocean. « Quand il a sorti son album après tout ce temps, je me suis dit : Waouh le mec ose sortir un putain de disque mid-tempo, sans batterie pour la plupart des morceaux. C’est juste un gros « fuck » au système. J’adore ! » On peut se demander : pourquoi n’ont-ils pas eu le même courage d’assumer leurs choix ? Sont-ils cantonner à un style ? Et ont-ils l’impression de jouer le jeu de l’industrie musicale ? Asa ne prétend pas nous donner une réponse exhaustive.

«  Je suis persuadé qu’on se tire une balle dans le pied si on ne résonne qu’en termes de business. Mais ce n’était pas notre cas. J’aurais pu tout envoyer balader et sortir l’album quoi qu’il en coûte mais j’ai continué à écrire et puis il y a eu « Dear To Me ». J’ai réalisé que c’était beaucoup mieux que tout ce qu’on avait pu écrire jusque-là. »

POP CONSCIENTE

Entre temps, Asa écrit pour Charlotte Gainsbourg, produit l’album des Nine Pound Shadow et enregistre plusieurs morceaux pour la série « American Dad », pendant que Cornbread s’essaie aux BO de films et tourne avec d’autres formations. Sur « Dear To Me », leur va-tout, on croise les sœurs HAIM, qui réalisaient déjà les chœurs sur Mondo et qui font une apparition remarquée dans le clip, ode à l’amour et la fraternité. Avec le recul, ce titre a pris une nouvelle dimension, plus politique. Puisqu’il a été dévoilé juste après l’élection de Donal Trump.

« On traverse une période assez intense. La politique est dans tous les esprits. Tout le monde se demande ce qui va arriver à notre pays. Même s’il s’agit d’une banale chanson d’amour, ça a fait du bien à tout le monde ! »

Electric Guest - Plural Album Art FINAL

Leurs chansons, d’apparence légère, ne sont pas si innocentes qu’on pourrait le croire. Même si les deux garçons avouent qu’il est plus compliqué de faire passer un message quand on fait de la pop dansante.

« Dès l’instant qu’il y a un rythme de batterie, les gens n’entendent pas les choses de la même façon. Ils vont hocher la tête ou taper du pied instinctivement. Pas sûr qu’ils se soient pencher sur les paroles de « This Head I Hold » par exemple même si j’aimerais le croire.

Aujourd’hui, de plus en plus d’artistes utilisent leur musique pour délivrer un message politique et la pop n’est pas en reste. On citera Katy Perry qui s’est illustrée récemment en défendant bec et ongles la candidate Hillary Clinton sur son Twitter, qui s’est progressivement transformé en diatribe anti-Trump. Qui l’aurait cru ! En un demi-siècle, la chanson pop s’est imposée comme un nouveau moyen d’expression et de revendication d’abord auprès des plus jeunes. Si on tend à revenir aujourd’hui à des choses a priori plus hédonistes, plus contemplatives, emmenées en France par une nouvelle vague d’artistes décomplexés comme The Pirouettes, le message est toujours là sous-jacent, même s’il est moins lisible. Leur génération emprunte au rap la culture de la punchline, des phrases qui restent en têtes, des mélodies catchy.

Pourtant, si on remonte le cours de leurs jeunes existences, Asa et Cornbread n’ont pas toujours été des passionnés de pop. C’est même aux antipodes de la musique populaire qu’ils ont exercé leur oreille musicale. Le premier n’écoutait que du hip-hop pendant que le second faisait ses premières gammes dans un groupe de métal hardcore. On est loin de la « feel good music » qu’ils défendent aujourd’hui.

« La pop, c’est vraiment un grand mot, nuance Asa. Pour moi, c’est surtout une question de songwriting. Il s’agit d’écrire des chansons fortes et intemporelles, et c’est l’une des choses les plus difficiles à faire en musique. Quand on s’est rencontrés, j’étais dans un truc un peu arty, qu’on pourrait qualifier d’ambient. Mais ça a ses limites. J’avais envie d’écrire quelque chose de plus direct. Sans être trop mièvre. »

Il cite comme référence le groupe Tame Impala, leur icône pop après Stevie Wonder. « Ce n’est pas de la musique psyché mais de la pop, une musique intelligente qu’ils défendent avec goût. C’est aussi notre ambition. »

Electric Guest ont le goût du mélange entre indie et mainstream. Alors quand on leur fait remarquer que leurs invités évoluent plutôt dans la sphère indie (HAIM, Joanna Newsom) et qu’ils auraient pu inviter Drake – puisqu’ils partagent le même coach vocal avec Asa, voici ce que Cornbread nous répond. « Il est trop difficile à joindre (rires) ! » Avant d’ajouter plus sérieusement : « On est encore qu’un jeune groupe, et même si ce ne sera pas toujours le cas, on préfère rester focaliser sur ce qu’on sait faire. Entre nous, si on invitait des personnalités comme Drake, il n’y en aurait que pour lui. Donnons la possibilité aux gens de nous découvrir au lieu de nous saborder de la sorte (sourire). » Pas hype pour un sous !

CONCERTS :

Le 12 avril à Caen (Le Cargö)

Le 13 avril à Lille (L’Aéronef)

Le 15 avril à Marseille (Le Poste à Galène)

Le 17 avril à Paris (La Maroquinerie)

Le 19 avril à Bordeaux (Rock School Barbey)

Le 20 avril à Villeurbanne (Le Transbordeur)

Le 21 avril à Bourges (Le Printemps de Bourges)

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