FAZERDAZE : Du chaos naît la magie !

Par le 25 septembre 2017

Repérée par une radio locale, cette jeune débutante de 24 ans a su séduire Connan Mockasin et The Unknown Mortal Orchestra – dont elle a assuré les premières parties en 2014. Sorti en mai dernier, son premier album Morningside est saturé d’une pop intime et vaporeuse, référencée « shoegaze », entre The Cure et My Bloody Valentine. Elle se confie sur ses débuts de chanteuse et sa renommée grandissante, avant de se produire ce soir au Pop-Up du Label, dans le 12 ème arrondissement de Paris.

Dans « Lucky Girl », extrait de l’album, Amelia Murray s’estime chanceuse de ce qui lui arrive aujourd’hui. Nous on parierait plutôt sur son talent mais l’intéressée n’est pas de cet avis : « Je crois que ça n’a rien à voir avec la chance ou le talent, j’ai vraiment travaillé dur. » Pas de fausse modestie, elle y est arrivée à force d’acharnement. Elle s’est battue très longtemps pour faire de son rêve une réalité. C’est ce qu’elle veut qu’on retienne :

« Quand j’ai commencé ce projet, j’étais seule et isolée. Je n’enregistrais que des moitiés de chansons, simplement pour capturer la « vibe » et en faire une carte de visite. Mais ça n’a pas marché comme je le voulais. Je me suis demandé à quoi bon faire un album ? Partir en tournée ? Faire des concerts ? Ça ne me semblait pas du tout réalisable. Je me suis battue pour faire en sorte que ça existe vraiment. »

Originaire de Wellington, sur le front de mer, cette citoyenne européenne, à moitié indonésienne par sa mère, a toujours chanté, l’oreille collée à son poste de radio. « J’enregistrais mes chansons préférées sur cassette, j’étais complètement accro, sourit-elle. Je chantais par-dessus en faisant semblant de jouer de la guitare. » Son père lui apprend ses premiers accords « sur une guitare électrique de seconde main », dit-elle. Avant d’ajouter : « C’était une copie d’une Fender Stratocaster. Elle était vraiment horrible avec un son très aigu. Je jouais « unplugged » sans la brancher sur l’ampli. » Elle suit aussi des cours de piano classique qu’elle décide d’interrompre parce qu’elle ne s’entend pas avec sa prof. « Moi, je voulais apprendre à jouer du boogie woogie, du blues, du jazz, du rock, de la pop, s’enthousiasme-t- elle. Donc j’ai fini par laisser tomber. » Elle a 9 ans et déjà des idées bien arrêtées. Elton John, Bob Dylan, The Beatles et Carol King continueront de former son oreille.

Ses parents divorcent alors qu’elle n’a que 14 ans. Le chaos s’installe progressivement dans la maison familiale. Les relations s’étiolent. Les aînés, son frère et sa sœur, finissent par s’installer respectivement en Allemagne et en Finlande. Encore aujourd’hui, elle continue de faire le lien. Dans son cas, c’est la musique qui l’a sauvé. « Elle me permettait de m’échapper et ce sentiment de plénitude ne m’a plus jamais quitté », affirme-t- elle. Après une brève expérience lycéenne dans un groupe de filles, The Tangle, Amelia prend une année sabbatique pour trouver sa place et gagner en maturité. Elle emménage à Auckland pour étudier la musique à l’université. Elle enchaîne les petits boulots et vit le plus souvent entre deux appartements. Une situation précaire qui renforce son manque d’attaches personnelles. Elle se sent comme une sans-abri.

« Je vivais dans des appartements merdiques. Je travaillais comme assistante d’un manager d’artistes, puis pour un magazine de musique et je bossais aussi dans la restauration. Je n’ai plus fait de musique pendant un an et demi. J’étais déprimée. »

L’écriture s’impose comme une petite bulle de réconfort. Elle noircit les pages de son journal intime. « Je devais faire face à mes angoisses, laisser libre cours à mes sentiments, oser regarder les choses en face et être à l’aise avec ça », explique-t- elle pour résumer sa démarche.

Elle termine son premier morceau « Real » et l’envoie au culot à l’animateur d’une radio locale, qui ne tarde pas à diffuser sa musique. « Il n’y a pas beaucoup de salles de spectacles en Nouvelle-Zélande, dit-elle. La concurrence est rude. Il faut avoir un bon niveau pour espérer être programmée. Mais grâce à eux, j’ai pu faire des concerts. » Elle multiplie les « open-mic », recrute ses musiciens, donne son premier concert et publie un EP, qu’elle autoproduit, dans la foulée mi-2014. « J’ai eu tellement d’opportunités depuis. Pourtant, occuper la scène m’effraie toujours autant (sourire). »

Amelia est sans aucun doute sa plus dure critique, « mais c’est le propre d’un artiste, non ?! » Dans ces moments, elle peut compter sur son « boyfriend », Gareth Thomas, lui aussi auteur-compositeur. « Nous travaillons chacun de notre côté, mais j’aime avoir son avis. Parce que je ne suis pas sure de moi, certaines personnes pensent, à tort, que j’ai besoin de leur aide. Gareth me laisse me débrouiller seule avant d’intervenir. J’y vais doucement mais au moins ça ne vient que de moi. » Ils vivent à Morningside, la banlieue d’Auckland qui donne son nom à l’album. Un endroit hautement symbolique où elle se sent enfin chez elle. « Je suis heureuse, pour la première fois depuis 10 ans », précise-t- elle. C’est ce dont il est question dans « Bedroom Talks », cette impression de pouvoir parler librement, un confort absolu. Plusieurs chansons traitent de son adolescence chaotique, d’autres de ce difficile passage à l’âge adulte, de la difficulté de s’engager et de fonder une famille.

« J’essaie de faire de mon mieux mais ça veut dire beaucoup de larmes (sourire).  Je me mets littéralement à nu dans cet album. Je me sens vulnérable quand je pense au nombre de personnes qui vont l’écouter. Pourtant, j’ai à cœur de ne pas me censurer. Et puis j’ai envie que les gens puissent s’identifier à ce que je raconte même si ça a tout l’air d’un journal intime. »

Sa musique nous fait penser à la BO d’un film de Sofia Coppola. Elle joue de tous les instruments sur le disque, produit, réalise et accorde aussi beaucoup d’importance à l’image. Dans son dernier clip « Little Uneasy », tourné à Hobsonville, une ville nouvelle ,elle propose une allégorie d’un monde dystopique sur fond de carte postale rose pastelle. Une utopie qui vire au cauchemar comme chez Tim Burton, « Edward aux Mains d’Argent », sa banlieue chic et son apparente douceur de vivre. La suite, elle l’envisage avec beaucoup d’excitation dans une logique DIY qui lui colle à la peau. « Je profite de la tournée pour commencer à réfléchir à mon prochain album. Je suis en train de faire le moodboard. » Elle a pour habitude de travailler seule, assise sur son lit. Un papier, un crayon et quelques bouts de ficelle !

En concert ce soir au Pop-Up du Label à Paris.

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