Rencontre avec Le SuperHomard

Par le 09 février 2017

     C’est lors des pré-selections régionales des Inouïs du Printemps de Bourges que j’ai pu rencontrer Le SuperHomard, super concept pop psyché aux allures de BO d’un film érotique des eighties, c’est après leur set que j’ai pu rencontrer les membres du groupe venant de tous bords et de tous âges. Une étonnante alchimie savamment orchestrée par Christophe Vaillant aka le roi de l’export à la française.

Le SuperHomard

© Yoan Boutet

Comment est né le SuperHomard ? 

A l’origine c’était qu’un projet de studio que j’ai commencé tout seul et qui a évolué après en un vrai groupe à partir du moment où il a fallu faire de la scène. Mon frère qui est batteur et bassiste avait fait quelques instrus sur le disque, puis une chanteuse anglaise du nom de Pandora a enregistré des voix sur le disque à l’origine, Benoit ensuite est intervenu pour finaliser le truc. C’est à dire qu’il a mixé, il a aidé à mettre le truc en place. Puis le disque est sorti au Japon assez rapidement, puis en Angleterre, ensuite en cassette en Grèce et à partir de là il a fallu que l’on se mette à faire des concerts en France, donc on a changé la formule pour un vrai groupe de scène avec : Laurent, Julie et Tomi.  Le disque est sorti en France il y a 3 mois et voilà..

Justement pourquoi exporter le disque à l’étranger avant sa sortie française ? 

Tout simplement car c’est allé plus vite en fait, au Japon ça s’est fait en 24h : le disque a été fini, je l’ai envoyé, le label a signé le lendemain et c’était fait. Après en Angleterre ça a été un petit peu plus long mais en France ça a été encore plus long (Bon c’est vrai que j’ai d’abord démarché à l’étranger).

Pourquoi ce choix là ? 

Parce que depuis que je suis gamin j’ai toujours fait des disques à l’étranger, j’ai toujours fait ça. Donc tout simplement, j’imaginais bien le disque sortir au Japon et ça s’est fait, après je me suis fait contacter par un label anglais et après c’est toujours plus compliqué de trouver quelque chose en France, c’est plus long. Mais là on essai de bien faire les choses, de faire une belle sortie française tout en faisant celle aux Etats Unis et de défendre le disque sur scène un petit peu partout.

« Je croyais que vous étiez un groupe de zouk« 

Du coup pourquoi ce nom de « Le SuperHomard » ? 

C’est marrant tout à l’heure un mec est venu me dire : « Je croyais que vous étiez un groupe de zouk ». Donc le groupe Le SuperHomard n’est effectivement pas un groupe de zouk. (rires) En fait c’est dans un film des années soixante de Georges Lautner qui s’appelle « Ne nous fâchons pas », et dans ce film il y a une scène qui se déroule dans une boîte qui s’appelle Le SuperHomard justement, avec mon tout premier groupe on jouait le thème de ce film, donc ce truc du SuperHomard me suit un petit peu depuis que je suis gamin. On a eu un label et un studio qui s’appelait comme ça également, et quand j’ai voulu faire un disque tout seul ça m’a paru évident d’appeler le projet ainsi. 

Si tu devais présenter Le SuperHomard, ses principales influences :

Hum, pour les principales influences je dirais les musiques de films, principalement des années soixantes. Tout ce qui est illustration sonore, des musiques qui étaient faites pour des émissions de télé etc, puis toute la vague électronique rétro-futuriste des groupes comme StereoLab, Broadcast qui sont des groupes anglais des années 90/2000 qui utilisent beaucoup de vieux synthés analogiques et qui mélangent ça avec des instruments de musiques de films un peu traditionnels des années soixante/soixante-dix à savoir : clavecin, vibraphone, instruments baroques, ce genre de trucs quoi. Donc c’est un gros mélange de ça et de pas mal d’influences de musiques psychédéliques que j’écoute depuis longtemps.

Si l’on revient sur ta sortie à l’étranger au Japon en premiers temps, puis au Royaume-Unis etc, avant ta sortie française, est-ce qu’il y a une approche différente du public d’un pays à l’autre, une alchimie différente ? 

Et bien déjà le nom « Le SuperHomard » en France ça peut paraître un peu bizarre,  ce nom à consonance française au Japon ça allait super bien, en Angleterre idem mais c’est vrai qu’en France les gens se demandent si on est un restaurant. (rires) A l’étranger il y a tout ce rapport à la culture française, la belle culture française du coup ça marche quasiment à chaque fois.

« C’est le Kevin Parker d’Avignon« 

Comment ça se passe au niveau de la composition? Sachant que tu as débuté le projet seul, et que tu te retrouves désormais avec un groupe.

Christophe : Effectivement, pour celui-ci Maple Key j’ai fait une grosse partie du boulot seul quant à la composition, l’album est moitié instrumental moitié chansons et pour le prochain je compte donner une base de matière qu’ensuite nous travaillerons tous ensemble, tout le monde apportera son truc surtout sur scène.

Benoît : C’est le Kevin Parker d’Avignon (rires)

Du coup plutôt spontanéité du live ou la rigueur du studio ? 

C : Moi je suis beaucoup plus à l’aise quand il s’agit de création en studio que sur scène. On a tous une autre formation perso à côté avec laquelle chacun compose, du coup nous devenons un vrai groupe sur scène. En studio je suis plutôt « leader » alors qu’en live c’est plutôt le contraire, ils font des choses que je ne suis pas capable de faire.

Julie : On connait le projet, on va chercher à retranscrire le projet physiquement sur scène, il nous guide parfois mais nous restons très libres.

« à 25 ans je n’aurais pas été capable de produire ce genre de musique. »

Justement, malgré les écarts d’âge entre vous je trouve qu’en live il y a une vraie cohérence de groupe, on ne voit pas du tout qu’effectivement vous avez 10, 20 ans d’écart. 

C : Toi tu ne le vois pas mais nous…(rires)  Non mais en réalité, je me dis qu’à 25 ans je n’aurais pas été capable de produire ce genre de musique contemplative.

Quand tu me parles de musique contemplative, pourquoi ce choix du coup de faire un album moitié instrumental moitié chanté ? 

A l’origine il était uniquement instrumental, et je me suis dis : « allez, je vais chanter un peu dessus » puis en fait non, je trouvais qu’une voix de mec ne se prêtait pas à l’ambiance que je voulais donner au projet puis j’ai un accent anglais horrible, alors j’ai tout naturellement demandé à une amie anglaise de chanter pour moi.

J’ai trouvé justement que ce parti pris mi chanté, mi instrumental donne un réel effet de BO de film érotique vintage. 

C : C’est exactement ça et c’est totalement revendiqué, c’est ce qu’on appelle de la musique d’illustration, la librairie musique. C’est des musiques de films de culs, de pub, etc.

B : Surtout de cette époque là, typée 60/70.

C : Ennio Morricone n’a pas fait que des westerns mais notamment des films érotiques qui sont super ! Toute la scène électronique même actuelle est dans cette mouvance là de musique « interlude », d’ascenseur, un peu comme Forever Pavot, ou encore Marietta.

« Chacun peut l’interpréter comme bon lui semble. »

En tout cas l’album a défilé sans que je ne puisse voir le temps passer, pari réussi pour cette initiative d’illustration musicale, on peut tout à fait faire autre chose à côté et prêter une oreille aux chansons qui sont plutôt linéaires quant aux informations qu’elles nous renvoient, ce n’est pas une musique qui se réfléchit à l’écoute.

Voilà, c’est tout à fait ça. Plein d’autres styles sont dans cette démarche là, on retrouve le psychédélisme de la sunshine pop qui a fait un carton durant les 70’s en Californie, une musique apaisante mais travaillée : on est pas sur des accords de base DO, RE, MI, FA, SOL, LA, SI,  c’est quand même plus complexe que ça, elle est riche d’influences et beaucoup plus libre d’interprétation. Chacun peut l’interpréter comme bon lui semble. C’est un peu ça Le SuperHomard au final.

 

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