Portrait Juniore x Little Lions

Juniore : voix tranquille, insoumise !

Par le 30 avril 2017

Juniore panique, tombe amoureuse et se fait avoir. Une héroïne du quotidien, forte et fragile, qui dévoile ses bleus à l’âme, ses joies et ses peines avec beaucoup de mordant. Trois ans après ses premiers EP, le trio féminin sort enfin l’album tant attendu, le bien nommé Ouh là là entre le cri d’effroi et l’acte de résistance. Rencontre avec Anna Jean, ambassadrice pas peu fière de son groupe de filles tout sauf docile !

On rencontre Juniore au mois d’avril 2016 en première partie de Marvin Jouno à la Flèche d’Or. Anna (chant, guitare), Agnès (claviers) et Swanny (batterie) montent sur scène avec leur tenue sage, petite robe noire au col Claudine blanc. Menton haut, port altier, elles toisent leur public avec un aplomb qu’on prendrait trop vite pour de l’arrogance. « On nous a très souvent fait la remarque, reconnaît Anna. La scène est un exercice difficile, ça nous a demandé du temps pour se sentir complètement à l’aise et s’amuser. » Leur pop-rock néo-yéyé aux atours psyché nous avait scotchés avec son élégance à la française, ambiance cabaret ou film noir. Et Anna d’ajouter : « Ce n’était pas gagné mais on arrive un peu mieux à restituer l’univers et s’y plonger.» Il y a quelques semaines, sur la scène de la Boule Noire, faisant fi des considérations, elles ont renversé la tendance et envoyé leur col Claudine aux oubliettes. « On est devenues majeures ! » La débutante éternelle est devenue femme !

Portrait Juniore x Little Lions

© Florian Duboé

Anna a grandi entre Nice et le Nouveau-Mexique dans une tribu majoritairement féminine, entourée de sa mère, ses sœurs, ses grands-mères et… son père, l’écrivain Jean-Marie Le Clézio, prix Nobel de littérature en 2008. « J’adore la compagnie des femmes, explique-t- elle. J’entretiens un rapport sororal avec mes amies filles sans une once de jalousie. On cherche à s’entraider sans se tirer dans les pattes. » Toutes les trois ont un côté Drôles de dames. Swanny, la truculente, Agnès, la toujours chic et Anna, la malhabile.

« J’ai un petit côté ado attardé (rires). Et presque par prévention, j’ai développé quelque chose d’hyper cynique, naïf presqu’enfantin pour éviter les mauvaises surprises. »

Elle est du genre ninja plein de maladresse, un peu Kung Fu Panda, mais elle sait ce qu’elle veut et comment l’obtenir ! Pour son quatorzième anniversaire, elle a fait le vœu de devenir une sirène en soufflant ses bougies. Avec Juniore, elle réalise de près ou de loin tous ses fantasmes. « C’est un prétexte pour faire tout ce que j’aime faire (elle dessine les pochettes et réalise ses clips, ndlr). J’y ai mis tout ce que j’aurais voulu être et tout ce que je voudrais vivre. » Souvent comparée à Françoise Hardy, on préfère l’imaginer sous les traits d’une France Gall, plus forte sous ses airs ingénus.

AU DIABLE LES CLICHES !

Juniore se taille une personnalité sur mesure comme ses icônes Catherine Deneuve, Mercredi Addams ou Wonder Woman. Une « super-héroïne du quotidien » en somme ! « C’est quelqu’un de très indépendant, précise Anna. Elle est certainement un peu naïve mais elle a aussi un humour grinçant qui la rend moins polie. » Mais les super-héros ont leur faiblesse. Chez Juniore, c’est tomber amoureuse et se faire avoir. « C’est sans doute pour cette raison que j’aime autant les héroïnes de Tarantino (rires) ! », ajoute-t- elle. Dans ses chansons, Anna règle ses comptes et ceux qui sont visés se reconnaîtront. « La plupart sont des conversations. Je m’adresse à une personne en particulier dans ma tête, comme si je lui écrivais une lettre. » Pour autant, elles ne sont pas toutes autobiographiques. Anna chronique aussi les états d’âmes de ses amies, comme sur le premier single « Panique ». « C’est l’histoire d’une de mes meilleures amies. Elle était folle amoureuse d’un type qu’on croisait tout le temps mais elle n’arrivait jamais à lui parler. Ça la mettait dans une panique terrible ! » S’il y a des rencontres qu’elle aimerait oublier, elle a choisi d’en prendre son parti confirmant l’adage « ce qui ne te tue pas te rend plus fort ! »

Ses coups de gueule ou de cœur font s’envoler en éclat les tabous sur les femmes. « Parce qu’on est des filles avec du caractère, on s’imagine qu’on a une sexualité débridée, qu’on est forcément lesbienne ou dominatrice dans notre couple. » Anna révèle le poids qui pèse sur la femme trentenaire et ose même s’attaquer au plus tabou des sujets féminins, le retard de règles, avec autant de piquant qu’une Lena Dunham dans la série Girls. Joséphine de La Baume, actrice, chanteuse et mannequin, a été choisie pour incarner cette héroïne d’un genre nouveau.

« C’est quelque chose que j’ai observé partout. Quand tu es une femme de 30 ans, tu as forcément envie de te marier et d’avoir des enfants. Je ne suis pas sure que ce soit tout à fait vrai pour notre génération. Le regard de la société fait qu’on culpabilise un peu de ne pas avoir cette révélation ou d’être encore célibataire à 30 ans. Une femme ne peut pas être autre chose que l’image qu’on projette sur elle. Alors qu’on a peut-être juste envie de continuer à vivre cette période de post-adolescence où l’on est un peu plus libre. »

Au hasard des rencontres, Anna a monté son groupe avec des musiciennes. Un heureux accident qui s’est rapidement transformé en engagement. « Parce que l’époque nous met dans des cases et nous oblige à prendre position, on est forcément un peu féministes. Mais on ne joue pas l’agressivité. On ne se reconnaît pas dans le mouvement Femen par exemple. » L’idée n’est pas de tomber dans une caricature qui ne leur ressemblerait pas. « Juniore est genré. Il y a quelque chose de féminin revendiqué mais on n’embrasse ni le côté over sexy ni le côté super viril. C’est un mélange plus doux. » Elles ne sont pas non plus en conflit avec la gent masculine même si elles revendiquent plus d’égalité entre les sexes. Trop souvent, on leur renvoie à la figure qu’elles sont d’abord des femmes avant d’être des artistes.

Portait Juniore x Little Lions

© Florian Duboé

« C’est parfois chiant d’être un groupe de filles mais c’est en occupant l’espace qu’on arrivera à le banaliser ! On s’en rend compte dans les rapports avant et après concert. Les mecs ne te parlent pas de la manière. Après tu deviens leur égal ! »

Seule présence masculine autorisée dans ce huit clos exclusivement féminin, le producteur et réalisateur Samy Osta (La Femme), aussi surnommé le fantôme ou la chose. « Parce qu’il plane sur le projet depuis le début !, précise Anna. On a enregistré l’album ensemble. Quelque fois on pouvait complètement l’ignorer, puis quelque chose tombait et on se disait qu’il n’était pas loin (rires). On lui a proposé de nous accompagner sur scène mais comme il ne pouvait pas être là tout le temps, il fallait lui trouver un costume pour pouvoir le remplacer sans qu’on le remarque. On a choisi un drap blanc comme un déguisement de fantôme. » Récemment, elles ont fait une rencontre providentielle. Une petite fille dans l’assistance leur a fait réaliser qu’elles pouvaient montrer l’exemple. Juniore a de quoi parader, c’est une femme d’aujourd’hui, déroutante, « un homme en mieux » conclut Anna !

En concert le 22 avril au Printemps de Bourges et le 13 juin à la Maroquinerie (Paris)

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