Keep Dancing Inc : des bières, des potes et du fun !

Par le 19 avril 2016

Charles (guitare, synthé, chant), Louis (guitare soliste, synthé, chant, chœurs) et Joseph (basse, synthé, machines) forment Keep Dancing Inc et se rêvent ambassadeurs du cold zouk. Une bande de joyeux drilles qui ne perd jamais une occasion de faire le pitre, encore moins en concerts où les privates jokes sont légions, comme si eux et leur public se connaissaient depuis toujours. A dire vrai, c’est le cas ou presque. Plus qu’un groupe, une philosophie ! Explication de textes.

Charles et Joseph ont 20 ans. Louis est plus jeune d’un an. D’abord, il y a la rencontre de Charles et Louis à un concert des Palma Violets. Ensemble, ils publient deux compils de chansons originales avec les moyens du bord, Make The World A Better Dance et Cold Zouk Summer Hits (en streaming sur Bandcamp). Joseph les rejoint il y a quelques mois pour étoffer la formule live. « On s’est rendu compte que tous ces trucs programmés faisaient un peu trop karaoké, on avait besoin de quelqu’un pour nous soutenir sur scène et mieux nous produire », confirme Charles. Coup de chance, le petit nouveau vient d’avoir son diplôme d’ingénieur du son, et prend alors en charge la production et le mixage dans un home studio de fortune, aménagé dans sa chambre. Charles et Louis, quant à eux, sont encore étudiants, Info-com pour l’un, Eco-gestion pour l’autre. L’objectif, valider leur licence pour se consacrer pleinement à la musique l’esprit libre. Faire les chiens fous, pas question ! Même si les opportunités ne manquent pas.

12572974_1636806443225056_6750652793736444631_n

Autodidactes, ils ont grandi dans des familles de mélomanes avec des goûts très différents. Charles a été bercé au rock des années 60 à 80 avant de forger sa propre culture musicale en écoutant la radio. Les chanteurs folk, comme Devendra Banhart et Bon Iver, ont eu une grande influence sur lui. Louis a quant à lui eu sa révélation sur le tard, en jouant à Guitar Hero 3. Rien d’anodin quand on sait que son frère et ses sœurs ont pris des cours de musique dès leur plus jeune âge. « Je suis le seul de ma famille à ne pas avoir été forcé, s’étonne Louis. Je me souviens qu’on écoutait beaucoup de musique dans la voiture, de la new-wave (Tears For Fears, Orchestral Manœuvre in the Dark, Alphaville), les Kinks et les Beatles. Moi je ne jurai que par Blue de Eiffel 65. Je trouve cette chanson absolument géniale. » Joseph est le plus curieux de la bande. Son père était collectionneur de vinyles, ça aide ! Culture punk, soul, house et rock. Son premier vrai choc musical, c’est la découverte de la scène new-yorkaise des années 80, « les Talking Heads, Television, les Velvet Underground que j’adore par-dessus tout. C’était une énorme claque ! »

Premier groupe sérieux

Avant de se rencontrer, ils avaient chacun leur groupe. Charles a même réussi à donner deux concerts en Angleterre, et Joseph a joué live sur une radio nationale. Pourtant, ils admettent que Keep Dancing Inc est leur premier groupe sérieux. C’était d’ailleurs leur ambition au départ. « Monter un projet dont inchallah on pourrait vivre », s’exclame Louis. Ils viennent de publier un nouvel EP, avec deux versions retravaillées de Back Against Yours et Alright. Aux menus, des synthés, des boîtes à rythmes, des guitares et des refrains savamment pensés pour faire danser celui qui les écoute. Derrière leurs compositions, la volonté d’être honnête et de ne pas en faire trop. Côté textes, c’est leur histoire ou celles de leurs potes. « Les histoires un peu pourries qu’on raconte sont des histoires vraies, précise Charles. C’est les trucs qui nous arrivent quand on sort tard le soir. » Parmi leurs premiers soutiens, Chilli Jesson, membre fondateur des Palma Violets, qui les a encouragé à enregistrer leur première maquette, et Flavien Berger, qui les a forcé à se produire sur scène.

12592239_745326408900911_8579348982990536909_n

On les découvre pour la première fois en live au Pop-Up du Label dans le cadre d’une soirée organisée pour les étudiants de Sciences Po. Dans la salle, beaucoup de leurs amis mais aussi des inconnus qui ne tarderont pas à rejoindre les rangs de leur communauté. C’est en tout cas l’intention du groupe. « Nos potes viennent toujours nous voir en concert, avoue Charles. Ceux qui peuvent aider sont parties prenantes du projet. Et certaines personnes qu’on ne connaît pas à la base deviennent aussi nos potes. Qu’ils lancent des pogos ou bougent simplement leurs épaules, qu’ils crient ou qu’ils dansent, ils font partie du groupe. C’est un projet qu’on mène tous les trois mais on a besoin de tout le monde pour le faire exister. » Pour autant, ils rejettent l’idée même de collectif. Leur ambition n’est pas d’être à la mode.

Certifié cold zouk

Aussitôt admis, les nouveaux fans de Keep Dancing Inc reçoivent l’ordre du mérite du « cold zouk ». Appellation de leur cru pour définir leur musique. Le moyen d’éviter d’être mis dans une case qui ne leur correspondrait pas mais aussi de se moquer (gentiment) de ces groupes qui veulent à tout prix se différencier. « Chaque groupe a l’impression d’être unique et veut avoir son sous-genre à lui. Alors nous aussi on a voulu créer le nôtre, s’amuse Charles, pour se moquer gentiment de tous ces sous-genres un peu bidon. » Soit l’association de « cold » pour cold-wave, et de « zouk », pour le côté cheesy. « Un mélange de trucs arty, un peu dark, voire carrément prétentieux, avec ce que beaucoup considèrent comme ringard, pas toujours digne d’intérêt », résument-ils.

Que ce soit de bon goût ou de mauvais goût, Charles, Louis et Joseph s’en moquent. La musique est pour eux un vaste terrain de jeux. Comme leurs aînés Salut c’est cool, ils ont porté la coupe mulet (avec certes moins de panache puisque c’était des postiches), les cheveux blonds et rêvent déjà de leur prochaine excentricité capillaire dans les tons bleu ou rose. « On a prévu une nouvelle décoloration cet été, affirme les gars. On a des coupes et des fringues assez conventionnelles, donc on a envie de booster tout ça avec une couleur qui claque. Avec les cheveux colorés, on a l’impression d’être des stars méga-stylés ! » Preuve qu’ils se sentent cools en toutes circonstances. Même en portant un legging !

Respectez le fun

Leur icône ? Le Britannique Devonté « Dev » Hynes alias Blood Orange (ou autre Lightspeed Champion), producteur chevronné qui aime évoluer entre mainstream et underground. Son CV est impressionnant : The Chemical Brothers, Florence and The Machine, Theophilus London, Solange Knowles mais aussi Carly Rae Jepsen et Nelly Furtado. C’est à lui qu’il doive leur philosophie : le monde est trop sérieux pour qu’on considère la musique trop au sérieux. « Il m’a beaucoup influencé, confie Charles. Grâce à lui, j’ai compris que chacun écoute ce qu’il veut. On écoute du zouk si on veut écouter du zouk et on twerkera quand on aura envie de twerker. L’essentiel c’est de kiffer et de ne pas se prendre la tête. La musique, c’est fait pour s’évader. » Et cette philosophie porte bien son nom : le « facteur fun ».

Du Keep Dancing Inc pur jus, soit une autre constante du groupe après les potes et la bière (pour le côté convivial des rencontres après concert). « Est-ce que tu as déjà tapé « facteur fun » sur YouTube ? », lance Louis. Pas moyen de se défiler, Charles passe aux aveux. « Un jour, on s’est retrouvés chez moi avec un pote du lycée pour faire un devoir de math, et pour finir on a fait que de la musique. On était très influencé par Salut c’est cool à ce moment-là et ça a donné Facteur Fun. On leur a envoyé et ils ont trop kiffé ! On est même passé sur leur radio, on était fiers (rires). En faisant une chanson, considérée par beaucoup comme nulle, on s’est rendus compte qu’on pouvait faire kiffer certaines personnes. On a gardé cette mentalité-là. » Du clip home-made, avec des dessins griffonnés sur un coin de table quand le cours devient trop barbant, subsiste un message, presque politique : respectez le fun ! Le moins que l’on puisse dire c’est que Charles, Louis et Joseph ont le sens de la formule.

Récemment signés en édition chez Un Plan Simple, le premier objectif du groupe sera de repousser les frontières du cold zouk « à une échelle intersidérale, tout en préservant le fun ». Mon petit doigt me dit qu’ils n’auront aucun mal à s’exporter. D’ici là on va devoir s’armer de patience pour savoir où le vent les portera !

Concerts :

Le 12 mai, au Point Ephémère (Paris), en première partie de Kazy Lambist
Le 21 mai, au Pop-Up du Label (Paris)
Le 22 juillet, au Midi Festival (Villa Noailles, Hyères)

, , , , , , ,