Las Aves : le gang du futur

Par le 03 juin 2016

Attendu, après avoir distillé un premier EP L.A des plus encourageant l’année dernière, les toulousains Las Aves déboulent en cette fin de printemps avec un premier album Die In Shanghai des plus surprenant. Produit avec la complicité de Dan Levy du groupe The Dø, le quatuor développe un genre innovant au coeur des sentiers pop avec une alimentation à base d’électronique et de hip-hop, percutant et entêtant. Nous avons eu la chance de les interviewer à l’approche de leur date parisienne (ndlr : 07.06 à la Maroquinerie). Rencontre avec les nouveaux chouchous de la scène indie française actuelle.

Pour commencer l’entretien, retour tout d’abord aux débuts, à l’époque des blousons en cuir et du rock’n’roll sous l’entité The Dodoz, l’évolution s’est faite naturellement au fil du temps : « C’était plutôt inconscient, et on va dire que ça s’est fait sur un an. Je pense que le moment où on a su que la musique devenait différente, c’est quand on a composé “Gasoline“, ça devait être il y a deux ans. ». Une évolution vers Las Aves qui a d’abord surpris, puis divisé pour certains afficionados des débuts des quatre amis, avant de rassembler à l’unisson avec ces nouvelles hymnes.

LAS-AVES

Moment clé dans la naissance de ce projet aussi, la rencontre avec Dan Levy (ndlr : The Dø) qui a été un élément complémentaire au sein du projet, « c’était assez intuitif » disaient-ils. « On lui a envoyé quelques morceaux par mail et il m’a appelé le lendemain en me disant qu’il trouvait ça mortel. » Bingo, c’est le coup de cœur pour l’hyperactif producteur, homme de l’ombre pour un autre projet phare de la scène actuelle, Jeanne Added et actuellement à l’attelage pour le deuxième album de Thomas Azier. « Je crois qu’il a pris un avion pour Toulouse le weekend qui a suivi, et on a énormément parlé. Fait la fête aussi ! Peu de musique au départ finalement. On est ensuite monté à Paris et c’est la que le long voyage initiatique a commencé. » Un voyage vers ce son qui fait aujourd’hui la marque de fabrique de Las Aves : « Il nous a poussé hors de notre zone de confort, hors de nos dogmes et habitudes. Il y avait beaucoup de débat pendant des heures. Des engueulades dans sa cuisine jusqu’au petit main. Le truc qui nous rassemblait, c’était la vision des choses. On voulait tous faire quelque chose qui ne ressemble à rien, amener un son nouveau. On a beaucoup écouté Drake aussi ! ». Die In Shanghai est alors entrain de prendre forme !

Gang du futur 4.0

« On avait des images en tête, provoquées par la musique. Le rétro-futurisme, les machines analogiques, la culture des bikers américains, le blanc, les tatouages, les grooves hip-hop. » Nous dit-il. Ça y est le gang du futur est lancé, fantasmant une Amérique brut et sombre, Las Aves n’en est pas à son coup d’essai, ni dans la musique, ni dans le live. Armés d’une flopée de pédales de loop et de machines, le groupe n’a rien perdu de sa réputation sur scène, cette fois-ci loin des codes et des étiquettes : « On a du mal nous même à trouver une étiquette, en général on invente un terme à chaque interview. Aujourd’hui ça sera… du R’n’B core ! ». Un mot barré, comme leur musique.

Côté imagerie, les toulousains font là aussi des petites merveilles avec des vidéos clips très scénarisés, « c’est très important pour nous » nous souffle Jules. « On voulait laisser le plus de place possible à la musique, lui donner plus d’ampleur ». Le premier “Leo“ dessine parfaitement ces envies de traverser la manche pour aller se pavaner de l’autre côté de l’Atlantique sur la côte ouest des USA : « On a commencé une série sur des bandes de filles à travers le monde. “Leo“ suit une bande de surfeuses à L.A ». Voyage avec cette bande de girls qui continu ensuite de l’autre côté de la manche « le dernier “N.E.M“ est sur une bande de coiffeuses afro dans le quartier de Peckham à Londres. ». Suite du tour du monde à la rentrée « on est en pleine recherche ! ».

Unis. Comme le démontre les photos de presses de Las Aves, on peut dire que l’on ressent une certaine uniformité, un côté bande et des valeurs fortes avec ce projet qu’ils revendiquent pleinement « Ce côté gang est important pour nous. La tendance actuelle est très portée sur des personnalités seules, iconiques et très “starifiées“. On est fiers d’être un vrai groupe, que la musique soit le reflet de plusieurs personnalités. On aime aussi la force que ça nous donne en live et dans la vie. On oublie un peu l’égo aussi, c’est assez saint ! ». Exit donc les codes actuels, les quatre oiseaux s’envolent ensembles. Pas de duo, pas de leader, pas de personnalité torturée seul à la guitare ou derrière ses machines électroniques, pas de photoshopage, l’essentiel est là et bien là : la musique.

Musique & cinéma

las-aves-916241_w1000cxt0cyt861cxb3744cyb5616Pour reparler de ce premier long format Die In Shanghai, après mûr écoute de celui-ci, on distingue un côté assez hip-hop, très imagé aussi et pourtant « Je pense que c’est dur de mettre le doigt dessus, la plupart des influences sont souvent inconscientes au final, ou du moins si elles deviennent conscientes c’est qu’on essaye de trop se rapprocher de quelque chose qui existe déjà. » Encore une nouvelle preuve de cette envie de nouveau, de fraîcheur. « Si c’est ce cas là, on fait demi tour immédiatement ! ». Enchaine t-il. Sans renier cependant des petits pêchés mignons : « Il y a des choses que l’on aime et qui nous touchent, là dedans tu y trouveras Portishead, Death Grips et Kendrick Lamar pour la musique. Il y a aussi les films de Cronenberg et de Kubrick, les vieux synthétiseurs des 70’s, les bandes originales de science fiction aussi… ». Un petit côté geek ! Aujourd’hui Las Aves est en pôle position pour devenir l’un de nos disques préférés de cette mi-année, le groupe s’impatiente maintenant de faire découvrir cette nouvelle musique au plus grand nombre, sur les routes de France et d’ailleurs. Un seul crédo, la passion et la musique avant tout !

Petit quizz pour clore cette interview :

Plutôt live ou studio ?
L’un ne va pas sans l’autre, joker !

Vos trois disques du moment ?
“Pussy’s Dead“ de Autolux, “Collect“ de 18+ et “Anti“ de Rihanna

Le premier vinyle ou CD que vous avez acheté ?
Le tout premier qu’on a écouté et eu entre les mains c’était “London Calling“ des Clash, une énorme influence pour nous tous.

Un groupe que vous adorez pour son côté créatif et univers visuel ?
Odd Future sans hésiter !

Une chanson que vous auriez aimer écrire ?
La chanson “Y Control“ des Yeah Yeah Yeahs.

Un duo que vous rêveriez de faire ?
Un duo avec Beth Gibbons de Portishead !

Et enfin, un concert sur Shanghai un jour ?
Grave ! Même si j’aurais peur que l’album soit prophétique et que l’avion se crash !

Un grand merci à Megane et Elsa du label Cinq 7 ainsi qu’a Las Aves pour avoir pris le temps de répondre à cette interview.

Crédits photos : Sunny Ringle (photos de l’article) et Edouard Sagues (photo de couverture)

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