Festival des Inrocks 2016
Paris

Par le 25 novembre 2016

Nous sommes allés à la 29e édition du Festival Les Inrocks le week-end du 18 au 20 novembre. Nous vous proposons un récit en textes et en images de nos meilleurs moments passés à la Cigale et à la Boule Noire en compagnie de Goat Girl, A Giant Dog, Palace, Let’s Eat Grandma, Rat Boy, Jagwar Ma, Lewis Del Mar et Pumarosa.

Le festival démarre à la Boule Noire sur les guitares lo-fi de Goat Girl. Ce quatuor garage, sorte de Hinds version UK, vient de faire ses premières armes sur scène en ouverture de Yak et s’offre sa première française avec seulement deux courtes chansons sorties sur le label Rough Trade. Les jeunes Anglaises n’ont pas encore atteint la vingtaine qu’elles s’illustrent pourtant déjà devant le public parisien par la maturité précoce de leur rock nonchalant, à la fois brouillon et jouissif, un brin tendu, mais assez mélodique. Le chant volontairement flâneur de la meneuse du groupe évoque ainsi Courtney Barnett sur « Country Sleaze ». Une introduction prometteuse vers un projet sur lequel il faudra bientôt compter dans la sphère indé londonienne, dans la lignée de The Big Moon.

© Antoine Motard

© Antoine Motard

Changement d’ambiance radical avec les Texans d’A Giant Dog. Le groupe mené par Sabrina Ellis nous livre une prestation décalée entre glam et punk à la sauce 70’s. La chanteuse quelque peu excentrique, connue notamment pour ses concerts en culottes rose, opte cette fois-ci pour un chaperon rouge court et moulant. Avec une énergie inépuisable, elle sautille sur toute la largeur de la scène, micro en main, ou escalade la grosse caisse de son musicien au moment de hurler « I’m a queen ! ». Si on peut lui reprocher des compositions rock un peu lisses, le quintet est parvenu à entraîner la Boule Noire dans son délire, lui tendant la main par une chorégraphie décalée et un brin provocante. Frais et généreux, le groupe d’Austin enchaîne ce qu’il appelle des « feel good songs » frôlant la caricature, mais totalement assumées telles que « Sex & Drugs » ou « Rock’n’roll » au cours d’un set qu’on retiendra certainement plus pour son efficacité que pour son originalité.

© Antoine Motard

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Parmi les sets qui nous impatientaient le plus figurait celui de Palace. Les protégés de Jamie T. ont en effet sorti ce mois-ci un premier album pop parfaitement guidé par l’élégance vocale du chanteur Leo Wyndham. Nous avons été très vite séduits par leurs tubes dont rêveraient ardemment Foals ou les Maccabees, à l’image de « Break The Silence » et ses guitares mélodieuses. Le band londonien nous a ainsi confirmé son statut de petite révélation alt-rock sur les ondes britanniques qu’il squatte depuis son premier maxi sorti il y a deux ans. La voix cristalline et délicate de son vocaliste est d’autant plus appréciable pour le public de la Boule Noire que des titres tels que « Blackheath » ou « It’s Over » rappellent Jeff Buckley à toutes les oreilles. Épique ou onirique, sombre ou lumineux, le quatuor nous a ainsi proposé les plus belles déclinaisons de sa musique qu’il a baptisée « Alternative Blues Space Rock. »

© Antoine Motard

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Les deux jeunes Anglaises  de Let’s Eat Grandma font partie des groupes venus jouer à la fois dans la capitale et en province à l’occasion du festival. Elles ont pu ainsi faire l’étalage de leurs expérimentations pop schizophrènes et de leurs voix perchées à la Cocorosie. À deux elles assemblent un puzzle d’instruments censés alimenter une imagination débordante, des compositions décousues et imprévisibles : flûte, charango, synthé, saxophone, xylophone, et d’autres. Entre pop, psyché et trip-hop, le duo symbolise une jeunesse insouciante qui se fiche des genres et des étiquettes pour se créer un univers qui lui est propre. Dans une symbiose déroutante, les deux ados de Norwich se fondent l’une dans l’autre à l’aide d’harmonies vocales et d’une chorégraphie mimétique, jouant de leurs cheveux coulants. Elles exploitent toute l’étendue de la scène pour y disposer leur stock d’instruments ou s’allonger à même le sol pour commencer leurs chansons. Un set quasi mystique qui a encore une grande marge d’épanouissement, mais le cap de la maturité est lui déjà bel et bien passé.

© Antoine Motard

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Dans la lignée du délire proposé par A Giant Dog la veille, Rat Boy a été le véritable élément déclencheur de la deuxième nuit du festival en matière d’ambiance et de communion avec le public. La fosse de la Cigale s’est laissée embarquée par la folie des jeunes Anglais, à l’image de cette grande pancarte caricaturant un homme nu envoyée dans la foule pour la faire slamer. Jordan Cardy (de son vrai nom) et ses acolytes ont ainsi su trouver les bons mots et formules à chaque chanson pour exciter un public jusqu’ici plutôt sage et contemplatif. Riffs rock acérés ou flow hip-hop électrique, la formation du Britannique de 20 ans dispose d’ingrédients dopant pour assurer une prestation euphorique où de jeunes fans se pressent pour être arrosés d’eau depuis la scène. Dans le joyeux bordel qui marque toujours ses tournées, Rat Boy s’est employé à détruire son plateau (décors lumineux et pieds de micro ont bien souffert), mais aussi à faire sauter toute la fosse après être judicieusement parvenu à convaincre tout le monde de s’asseoir par terre.

© Antoine Motard

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Le grand show de la tête d’affiche du samedi a tenu toutes ses promesses : un ton au-dessus par rapport au précédent passage du trio au Point-Ephémère, Jagwar Ma a en effet enchaîné les tubes madchester de ses deux albums sur une setlist équilibrée. Le point d’orgue a été une performance géante du single « Come and Save Me » qui est parvenue à soulever la fosse comme un seul homme sur les beats de Jono Ma et les refrains catchy interprétés par Gabriel Winterfield. Le tandem assisté par le bassiste Jack Freeman mêle toujours les sonorités club et psychées dans son nouveau disque « Every Now & Then » à l’image des géniaux « O B 1 » et « Give Me A Reason » concoctés dans un laboratoire nomade, entre un village perdu de la Loire et les cocotiers de bord de mer de leur ville natale, Sydney. L’un des très grands moments de cette édition du festival.

© Antoine Motard

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Notre plus belle découverte pour cette édition du festival a sans aucun doute été Lewis Del Mar. Le groupe basé à New York dans le Queens est venu faire sa première sortie parisienne pour présenter son disque éponyme. Entre production rock et envolées soul, la formation menée par Danny Miller et Max Harwood a emporté l’adhésion du public de la Boule Noire en jouant notamment sur les mélodies de son génial single buzz « Loudly ». Le duo le plus cool du moment s’est émancipé après avoir participé à des projets blues rock, et construit un son audacieux bâti autour d’une guitare acoustique, de beats latinos et de samples industriels. Le résultat est un set surprenant à la pop débridée, qui joue beaucoup de spoken-word et de percussions tribales dans une ambiance à la cool. Le chanteur Danny Miller se permet même une petite escapade micro à la main dans la fosse avant d’escalader le bar du fond de la salle, comme une ultime invitation à découvrir l’album-surprise de cet automne.

© Antoine Motard

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Pumarosa est peut-être une des belles révélations de la scène indie-rock UK à prévoir pour 2017. Il nous était donc interdit de manquer le groupe de Londres qui est enfin venu jouer à Paris, afin de vérifier que toutes nos attentes à son égard se justifient. Le quintet n’a sorti qu’un EP trois titres, mais a présenté en avant-première quelques bijoux prêts à être dévoilés en entraînant la Boule Noire dans sa folie « Industrial Spiritual ». Nous avons ainsi eu le premier jet d’un album en gestation et déjà composé de tubes confirmés, à l’image du pop et progressif « Priestess » véritable invitation à danser de la part de la très charismatique et possédée Isabel Muñoz-Newsome. Cette dernière a également su mette la guitare à l’épaule et sortir les griffes sur des titres plus nerveux alternant séquences instrumentales épiques et voix piquant au vif. La musique du groupe de Londres n’a pas de frontière et paraît apte à s’envoler pour 2017 grâce aux hymnes « Honey » ou « Cecile » qui empruntent autant à l’agressivité du punk qu’aux mélodies pop.

© Antoine Motard

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Galerie photos du festival par Antoine Motard (avec en bonus Clara Luciani, LUH et Elf Kid) :

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