Eurockéennes de Belfort
Belfort

Par le 10 juillet 2016

Les Eurockéennes de Belfort c’était il y a déjà une semaine quasiment. Avec une 28e édition au temps clément et à la programmation parfaitement ficelée pour tout les goûts. Voici notre bilan, deux regards, deux avis, et une flopée de concerts sur la Presqu’île du Malsaucy.


VENDREDI


• Pumarosa (Loggia)

Avec seulement deux petites chansons sorties du studio, la première française du quintet Pumarosa avait tout les attributs de la grande découverte du festival. Placé en ouverture dès le premier jour, les festivaliers ont pu voir que la pop londonienne avait de beau jour devant elle. Pendant un set (un peu trop) court, les britanniques ont tenté d’étaler leurs longues séquences instrumentales, entrecoupées par les éclats de voix de sa chanteuse habitée et adepte de danses endiablées dans sa grande robe grise. La danse est bien le credo de cette pop progressive et entêtante, à l’image du petit tube “Priestess” qui invite toutes les nuques à se remuer inconsciemment sur un rythme qui s’emballe au fil de refrains hypnotisants. Sur une petite demi-heure de concert Pumarosa a ainsi présenté quelques bribes d’un album encore mystérieux mais qui se promet euphorisant : le sentiment d’un concert inachevé a vite laissé place à la curiosité d’en voir et entendre plus. Vivement un retour à l’automne.

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• Bagarre (Greenroom)

Que dire de Bagarre ? Loin d’être des fervents supporters des cinq parisiens en survêt’, ils arriveront quand même a emmener dans leur univers futuriste de “pseudo“ chanson française une scène Greenroom bien garnie. La prestation est de grosse énergie pour ce tout jeune groupe, dernière signature du label Entreprise et sans album à son actif pour le moment. Un joyeux boxons que nous n’arriverons cependant pas à apprécier.

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• Nathaniel Rateliff & The Night Sweats (Greenroom)

Le crooner a profité des douze coups de minuit pour s’approprier la scène Greenroom et transporter le festival dans les contrées soul à l’ancienne des Etats-Unis. Le barbu au chapeau est sorti de l’ombre il y a quelques années grâce à son large live band The Night Sweats après des débuts en solo plutôt discrets. La prestation de grande classe du trentenaire signé chez Stax Records a été malgré ses airs old-school pour le moins rafraîchissante après une chaude journée ensoleillée. Tout était là en effet pour nous évoquer la campagne très pieuse de son Missouri natal, des morceaux blues ou country, en passant par le très gospel “S.O.B”.

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SAMEDI


• Yak (Plage)

Les Londoniens se sont livrés à un concert totalement décousu et taré, comme à leur habitude. Sans interruption, pas même une seconde pour reprendre du souffle, le trio déroule férocement sa setlist improvisée et chauffe le sable de la Plage des Eurocks avec une intensité extrême. Branleur, agressif, rageur, Yak enchaîne les coups de foudre rock sans transition ou formules de politesses. Les plus jeunes présents se saisissent de cette ambiance pour animer les premiers pogos et se rouler dans le sable, répondant à leur manière à la voix railleuse du chanteur Oli Burslem. Ce bazar scénique et ce délire cacophonique mettent déjà les festivaliers dans les meilleures dispositions dès l’ouverture de ce deuxième jour : la fatigue de la veille oubliée, les oreilles en feu et la banane sur toutes les lèvres, bref, vive le rock !

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• Last Train (Loggia)

Quelle belle aventure que celle de ses enfants du pays. Avec plus de 300 dates sur le CV et à peine 80 ans à eux quatre, les Last Train posaient une nouvelle bagage aux Eurockéennes. Pas au camping cette fois-ci, mais bel et bien sur scène, un EP sous le coude et une énergie à revendre qui ne désemplit pas de jour en jour. On connaît déjà tous par coeur les “ouh ouh“ ravageurs du tube « Cold Fever » et le classique « Fire« , les nouvelles chansons sont elles très intéressantes. Encore plus mature, encore plus transpirant, du rock, du vrai, de l’authentique. Vivement l’album !

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• Allah Las (Greenroom)

Les américains ont offert un set salvateur d’une heure pour oublier les gros nuages d’un journée pluvieuse, entre surf et harmonies vocales à l’ancienne, servant des mélodies addictivex pour un moment dansant et jouissif. Malgré une prestation assez sobre sur scène, on se laisse agréablement transporter par leurs sonorités ensoleillées qui ont le mérite de mettre tout le monde à l’aise en sirotant une bière aux fruits rouge. On est impatient de découvrir le troisième album des Californiens Allah Las qui sortira à la rentrée.

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• Beck (Grande Scène)

Un grand homme a foulé les planches de la Grande Scène des Eurocks pour cette 28e. Incroyable auteur/compositeur, musicien et producteur avec un style propre à lui-même complètement indéfinissable. L’artiste américain aura livré un show impeccable tout en sobriété dans une ambiance tantôt groovy, tantôt douce, tantôt rock voir même hip-hop, le tout porté par des musiciens de talents. Pendant plus d’une heure, le discret hyperactif de la Musique avec un grand M aura proposé un set intense entre les classiques « Losers » ou « Modern Guilt » sans oublier des titres de son dernier disques mais aussi un moment d’émotion avec une reprise de la chanson cultissime de Michael Jackson « Billie Jean« . Il faut bien l’avouer, un putain de génie.

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• Son Lux (La Plage)

Quel plaisir de retrouver de nouveau au line-up d’un festival Son Lux. Les trois américains ont offert au public venu nombreux sur La Plage, une heure intense et forte en musique expérimentale, distillant des mélodies complexes et une interprétation live tonique porté par des sonorités électroniques, un jeu de batterie tendu et des guitares quelques fois saturées. De « Easy » à « Change is Everything » en passant par « Lost it to Trying« , un concert impeccable avec zéro défaut et un son live particulièrement bon.

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• Air (La Plage)

Grande déception pour ce groupe phare de la scène électronique française, actif depuis 1995 maintenant. Le duo Versaillais composé de Jean-Benoît Dunckel et de Nicolas Godin s’est offert un passage sur La Plage des Eurocks pour proposé un “best-of“ de leur immense répertoire à l’occasion d’une tournée spéciale tout l’été. Beaucoup de lenteur aux premiers abords à l’écoute en live des classiques « Playground Love » ou encore « Sexy Boy« , loin de faire l’unanimité côté public, le concert s’emballe doucement et difficilement avec une impression d’écouter les disques. Dommage.

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• Foals (Greenroom)

Moment fort très attendu de l’événement, Foals n’a pas déçu. Concert épique et plein, une revue d’albums de la formation anglaise, des tubes à la puissance démultipliée sur scène, un Yanis qui donne tout, une communion parfaite avec le public. Un pur moment d’énergie pop et rock, et un sommet du festival dont la scène Greenroom se souviendra sûrement que ce soit pour la douce balade « Spanish Sahara » ou les décharges infligées par « Inhaler » et « What Went Down« . Et ce n’est que le début d’une série de festival cet été en France qui doit passer également par Rock en Seine et le Musilac.

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• Disclosure (Grande Scène)

Autre évènement très attendu, le retour des frères Guy et Howard Lawrence alias Disclosure sur les terres de la Presqu’île du Malsaucy trois ans après leur premier passage à quelques mètres de la Grande Scène, sur la Loggia. Concert plein et puissant, une revue impeccable du meilleur des deux albums Settle et Caracal, des tubes à la pelle entre « Holding On« , « Latch » ou encore « F For You« , le tout dans une communion parfaite avec le public pour la clôture de cette deuxième journée.

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DIMANCHE


• Blossoms (Greenroom)

Blossoms souhaite devenir très grand. C’est le propre des groupes de Manchester, quand on regarde ce que révéle la ville au fil des années et Blossoms ne veut pas faire exception. La pop de la formation a pour ambition de devenir culte et cela passe évidemment par un gros festival français après un premier baptême du feu à Glastonbury. Sur scène aux Eurocks le jeune chanteur Tom Ogden ne veut déjà plus s’adresser à un public mais seulement à des fans, et ses petits tubes pop imparables joués à la guitare donnent facilement envie de suivre cette jeunesse crâneuse et insouciante qui a tout juste vingt piges projette d’exploser jusqu’au sein de la sphère mainstream. Si la prestation est encore un peu timide, et les réactions du public encore loin de l’euphorie, les tubes “Charlemagne” et “Getaway” s’imposent déjà dans toutes les têtes et pas de doute que l’album prévu cet été fasse de même. Attention ils arrivent!

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• Courtney Barnett (La Plage)

Courtney Barnett offre des albums agréable avec une jolie voix faussement désinvolte, un jeu de guitare propre et efficace ainsi qu’une maitrise de l’écriture excellente. Sous le soleil de La Plage l’australienne aura proposé une setlist parfaitement calibrée sous des apparences parfois foutiste aux premiers abords. Son titre grungy « Pedestrian at best » respire le cool tout comme le dernier titre de sa prestation « Nobody really cares if you don’t go to the party » qui met une excellente ambiance dans le public. Bottines noires, Fender à la main, Courtney Barnett a fait grésiller sa guitare et livrée l’un des sets les plus réussi de l’édition, sans aucun doute. L’un de nos coups de coeurs et le premier prix de coolitude internationale assurément.

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• Action Bronson (Green Room)

Autre surprise de cette édition, la présence à l’affiche du rappeur américain Action Bronson. Avec sa gueule bourrue et les (très) nombreux tatouages, ce New-Yorkais est un poids lourd de la sphère hip-hop moderne. Adulé de l’autre côté de l’Atlantique avec des concerts sold-out, en France c’est la même histoire, il n’y a qu’à jeter un oeil aux premiers rangs de la Green Room pour se rendre compte très vite de l’ampleur de l’évènement. Devant un public présent en masse, le géant à barbe soignée (la journée de la barbe apparemment) débite son flow ravageur épaulé par un MC pointu. Un personnage imposant et impressionnant.

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• The Kills (Green Room)

Après un crochet par la Grande Scène pour apprécier de (très loin) la prestation de Nekfeu. Retour sur la Green Room ensuite pour aller applaudir l’un des retours les plus attendus de cette année, le duo garage rock The Kills emmené par les charismatiques Alison Mosshart et Jamie Hince. Et ils ne nous auront pas déçus. Avec une setlist de pas moins de 17 morceaux avec pour le petit bémol de ce concert, une majorité de morceaux extraits du dernier disque en date Ash & Ice. Une grande messe du rock’n’roll : brut, simple et efficace. Tout ce qu’on aime !

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• Anderson Paak (La Plage)

À cheval avec The Kills sur le planning des horaires de ce dimanche, notre curiosité nous dirige ensuite vers La Plage pour découvrir Anderson Paak. La CLAQUE ! Certainement l’une des plus grosses surprises de cette édition. Ce multi-instrumentiste, songwriter, chanteur et rappeur bénéficie d’un déjà très solide CV avec sur le papier, une collaboration remarquée et remarquable sur le dernier album de Dr Dre rien que ça. Côté live, c’est du solide. Loin d’être fermé au hip-hop pur et dur, la musique du Californien innove. Chaude, R&B et groovy, en live l’artiste est accompagné de piano, cuivres, basse et choeurs. Résolument moderne, ce “mec du futur“ intègre avec ingéniosité aux standards du rap, toute la panoplie musicale soul, en digne successeur du grand Prince. Le futur est là.

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• Tame Impala (Grande Scène)

Très attendus pour cette dernière journée, Tame Impala faisait son grand retour aux Eurockéennes, trois années après avoir foulé la Green Room. Élevé dorénavant au statut de “grand groupe“ de l’univers rock et précurseur d’un nouveau mouvement du psychédélisme, Kévin Parker et sa bande auront mis tout le monde d’accord avec un set qui ne passe pas par quatre chemin. La première bombe est lâchée dès le deuxième morceaux avec « Let It Happen » accompagné d’une première explosion de confettis qui emportera d’une seule traite tout le public tassée devant la grande scène. Et tout le set sera comme ça, puissant, efficace et tubesque. Qui ne connaît pas maintenant les singles « Elephant« , « The Less I Know the Better » ou « Feels Like We Only Go Backwards » ? Après nous avoir un poil déçu l’année dernière à Rock en Seine, les Australiens auront conquis nos coeurs et nos oreilles.

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• M83 (Green Room)

Sans repos, voilà les deux mots qui qualifieront au mieux la prestation du français M83 auteur d’un concert sans répis : riche, intense et efficace. Nous l’attendions, nous n’avons pas été déçu. Avec un nouveau disque Junk qui aura aussi bien conquis (nous en faisons parti) que divisé le public, Anthony Gonzalez de son vrai nom aura maitrisé avec aisance son sujet. Le concert s’emballe d’emblée avec l’enchainement ravageur « Reunion » – « Do it, try it« , deux véritables tubes puissants qui nous emporteront loin dans le ciel sur une ambiance de fête intense. La suite ? De l’excellent « Oblivion » au populaire « Midnight City » sans oublier l’apparition surprise de Maï Lan le temps de trois morceaux, rien à redire. On notera aussi les très (très) bons musiciens qui accompagne M83 sur scène et une scénographie magnifique. 20/20, la Green Room aura eu le plus beau des bouquets finals.

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•ZZ Top (Grande Scène)

Le moment le plus rétro du festival, une vraie remontée dans les meilleurs moments du classic rock. Certes les deux légendaires barbus de la formation ne sont plus tout jeune, mais l’alchimie fonctionne toujours, à l’image de ce petit pas danse synchronisé du bassiste et du guitariste. Les tubes immortels dont « La Grange » donnent toujours le frisson, et le groupe transmet toujours une folle énergie qui lui permet de se produire avec une folle intensité pendant une heure et demie après 47 ans de scène. C’était le tout dernier concert du festival juste avant le feu d’artifice, et il reste évidemment parmi les inoubliables de l’édition.

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• Notre sélection

Charles : Foals, Courtney Barnett, Pumarosa, ZZ Top, Mac DeMarco

Thomas : M83, Anderson Paak, The Kills, Nekfeu, Beck

Un grand merci à Ephélide et notamment Marion, Catherine ainsi que Emilien pour nous avoir permis de couvrir les Eurockéennes de Belfort cette année. 

• INSIDE EUROCKS’

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