Pete Doherty © Quentin Vialatte

Pete Doherty
L'Usine, Istres

Par le 11 décembre 2016

   Il m’était quasiment utopique jusqu’à ce soir qu’un jour je puisse voir Pete Doherty sur scène sans qu’un type nous annonce que finalement il n’assurera pas son concert car il est à hôpital ou trop défoncé pour assurer le show un temps soit peu, alors je fête ça en trinquant quelque pintes.

J’avais entendu dire ces derniers mois que l’enfant terrible du rock britannique s’était retiré en Indonésie et y avait trouvé la paix mais surtout l’énième cure de désintox révélatrice. J’étais donc curieuse de voir un Pete Doherty bien dans ses pompes et ne transpirant pas le bourbon et autres substances illicites.

Pete Doherty © Quentin Vialatte

Pete Doherty © Quentin Vialatte

 

Encore raté, Pete Doherty sobre ce sera pour une prochaine fois ou dans une autre vie, le type se ramène sur scène avec sa bouteille de cognac et il n’a pas vraiment ce que l’on peut appeler « une bonne mine ». Le faciès avachi et marqué de ces dernières années pleines d’abus en tout en genre, il emmanche sa guitare et débute par  « I don’t love anyone » premier single de son dernier opus Hamburg demonstrations  jusque là tout se passe bien il a même plutôt l’air heureux d’être là. Il continue sur « Last of the english roses » un de mes titres préférés de son premier album solo Grace/Wasterland sorti en 2009. Le public est conquis par ce Pete Doherty touchant, qui tel un phénix renait de ses cendres.

Ca c’était sans compter sur la bouteille de spiritueux un peu cachée derrière le plateau de la batterie et pour laquelle il s’évertue à faire plusieurs allers/retours.

Sans trop rentrer dans les détails, la suite du concert fût plutôt malaisante, tu sais comme l’oncle un peu déchiré à chaque repas de famille qui dit et fait n’importe quoi, mais personne n’ose rien dire car « De toute manière, on ne fera pas d’un âne un cheval de course » et bien voilà, c’est un peu ce que j’ai ressenti lors de ce concert. Les regards échangés du back band lorsque Pete part, puis revient, puis repart puis re-re-revient comme un enfant capricieux ou un pauvre type aussi bipolaire qu’une girouette en plein mistral. (ndlr : référence de sudiste désolée) On devrait leur décerner un prix nobel de la paix ou leur inventer tout spécialement celui de la patience, parce que son deuxième guitariste a  quand même fini par chanter à sa place, oui oui.

Doherty est un artiste talentueux et doté d’une sensibilité hors-norme, ça ne fait aucun doute mais je ne pense pas qu’il soit fait pour continuer à tourner. Du moins, pas des tournées avec ce genre de budget là et ces contraintes, pas des tournées où tu payes 30 balles ta place pour aller voir un clown triste un peu dépassé parce qu’il se passe autour de lui.

Pete Doherty n’est pas et ne sera jamais ce genre d’artiste qui courbe l’échine devant un producteur qui fait les gros yeux. Laissez le tranquille, bidouiller sa musique et exalter sa créativité loin des projecteurs, des tournées à gros budgets et des magazines à scandales. Ce type là a juste besoin d’une bande de potes et de deux/trois oreilles attentives, d’instants vrais et non marquetés. Il n’est pas un fédérateur, il n’a pas même pas la carrure d’une rockstar, c’est juste un grand gosse de 37 ans (ah oui tout même, il a pris un coup de vieux) que l’on a poussé sur les devants d’une scène bien trop grande, que l’on a nommé représentant de toute une génération, comme Amy Winehouse ou encore Kurt Cobain avant lui et que l’on a pressé jusqu’à épuisement. On ne sait pas par quel miracle il a réussi à dépasser l’échéance fatidique des 27 ans qui lui était pourtant prédestinée, mais il est toujours bel et bien là. Je ne lui souhaite que le meilleur car ça fait un bail que je suis ce type, j’ai fumé mes tout premiers pétards sur « Fuck Forever » des Babyshambles avec ma meilleure amie dans nos chambres d’adolescentes (tout en essayant de nous convaincre que nous étions absolument rebelles et rock’n’roll et que le monde était à chier), j’ai grandi avec lui et son art n’a jamais été médiocre, à aucun moment et je finirais cette chronique en vous disant que ses concerts sont à l’image de sa vie : instables et sur le fil, quitte ou double. Mais qu’importe, Pete Doherty n’est pas de ceux qui vous laisse indifférent.

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