RDTSE 2016 : comme si vous y étiez
Evreux

Par le 30 juin 2016

Clap de fin pour la dernière édition du Rock Dans Tous Ses Etats,  il nous aura fallu quelques jours pour nous remettre de nos premières émotions musicales de la saison. Il faut avouer que la programmation de l’édition précédente nous avait laissé sur notre faim. Cette année, nous étions nous aussi dans tous nos états à l’idée de découvrir ceux que nous avions pressentis, à raison, comme les coups de cœur de ce festival. Direction l’hippodrome d’Evreux pour une série de concerts enthousiasmants.

JOUR 1 – Vendredi 24 juin

Les premiers festivaliers arrivés sur le site sont accueillis par la voix chaleureuse d’Alice On the Roof. La jeune belge ouvre, sous le soleil, la 33ème édition d’un festival qui propose bien plus que son nom ne l’indique : du rock évidemment, mais aussi du hardcore, du blues, du rap et de l’électro. On ne peut s’empêcher de porter un regard tendre sur cette jeune artiste pop découverte grâce à l’émission populaire The Voice (lire notre interview ici). A peine 40 minutes de jeu plus tard et on passe de la pop au hardcore. Le bar chez Francis, installé à proximité de la scène B, nous aide à surmDestruction Unit par B.Darcyonter le carnage audio provoqué par les américains de Destruction Unit, tandis que les réglages des ingénieurs son ne font qu’aggraver notre peine. On se réfugie alors sous le chapiteau de la scène dédiée aux groupes locaux – celle là même qui avait été supprimée l’an dernier à cause des difficultés financières supportées par le festival. C’est un peu décontenancés par le télescopage de sons que provoque la prestation simultanée de La Maison Tellier, que nous découvrons les havrais de N U I T. Les rythmes puissants et déstructurés de leurs morceaux de pop sombre incitent les curieux à rester jusqu’au fameux titre Another One qui clôture le set. Tels de fidèles supporters, nous reviendrons les voir jouer le lendemain.

Grand Blanc par B.DarcyIl est déjà 20h et le soleil est encore haut dans le ciel lorsque Grand Blanc investit la scène. Ces nouveaux incontournables de la musique francophone sont à la hauteur de nos espérances. Ils assument parfaitement leur style électro déluré et nonchalant. Avant L’Amour Fou, il y a la Surprise Party sans oublier Verticool, leurs titres sont tous meilleurs les uns que les autres. Grand Blanc marque des points en proposant une interprétation originale du tube Qui est In, Qui est Out de Gainsbourg.

Naive New Beaters par B.DarcyPour des raisons indépendantes de notre volonté, nous loupons les Naïve New Beaters, mais à entendre la foule les choses semblent bien se passer pour eux. Nous profiterons d’une séance de rattrapage au festival Beauregard. Même s’ils ne nous laissent pas de souvenir impérissable, il faut reconnaître que les rappeurs d’Odezenne tiennent leur public et participent à la bonne ambiance collective. Le pic de fréquentation du jour est atteint grâce à la prestation de Louise Attaque. Il est difficile de se frayer un chemin parmi la foule compacte chantant à tue-tête les nuits parisienneston invitation et Léa. 18 ans après leur premier passage au RDTSE, Louise Attaque en profite également pour promouvoir les titres de son tout dernier opus Anomalie (février 2016). Gaëtan Roussel a au moins réussi à combler les plus nostalgiques d’entre nous. Leur show à peine terminé, les parisiens de Stuck in The Sound démarrent sur les chapeaux de roue. Après 3 ans de silence, ils sont de retour avec Miracle, un titre redoutablement efficace. De nombreux festivaliers sont restés pour écouter AaRon et ses musiciens. Beaucoup plus électro qu’à ses débuts, le duo propose des sons pleins de grâce et d’élégance et accompagne son set d’un jeu de lumière bluffant. Cette première journée se termine avec le set du duo belge 2ManyDJs, également membres fondateurs du groupe d’électro-rock Soulwax.

N U I T, Grand Blanc et Aaron sont les belles surprises de ce premier jour.

JOUR 2 – Samedi 25 juin

Il fallait venir à l’heure pour ne pas louper l’étonnant Bror Gunnar Jansson. Il convient de saluer la performance de cet auteur-compositeur suédois qui est un homme orchestre à lui seul : il est capable de jouer de la guitare et de la batterie en même temps. Nous ne restons pas insensibles à ses morceaux de blues contemporains. Les Perfect Hand Crew prennent la relève. Déjà aperçu aux Transmusicales de Rennes en décembre 2015, le trio a pris de la hauteur. Ce sympathique crew distille sa trap, son rap et son grime dans la joie et la bonne humeur. Viennent alors les brestois de Bantam Lyons, auteurs d’un premier album, Melatonin Spree, sorti le 1er avril dernier. Leurs propositions de pop mélancolique inspirées des eighties piquent notre curiosité. Chaque passage est minuté, chaque groupe respecte rigoureusement le créneau qui lui est imparti – fini le temps des rappels et inter-plateaux à rallonge. Il est alors temps de se diriger du côté des Heymoonshaker. Bière à la main, on choisit de garder nos distances pour écouter leur musique blues expérimentale. Le duo anglais, composé d’Andrew Balcon et Dave Crowe, a la particularité d’utiliser une boîte à rythme humaine (le beat box de Dave) en guise de percussions. Qu’à moitié convaincus par leur prestation, on se hâte pour s’installer face à Dollkraut, autre curiosité de cette édition. Pascal Pinkert (claviers) et ses deux acolytes (guitare et batterie) nous gratifient de quelques titres de krautrock lo-fi chantés en allemand.

La pop tropicale des Papooz arrive pile à l’heure de l’apéro, et avec le soleil s’il vous plaît. Les dandys parisiens viennent tout juste de sortir leur premier album Green Juice, un savant mélange de bossa nova, de musique des îles et de pop anglo-saxonne qui réjouit nos yeux et nos oreilles. Les Papooz ont fait un peu revivre les Beach Boys et les Beatles le temps d’un set. On en vient à ce constat que les influences eighties ne sont jamais bien loin – preuve en est avec le phénomène Hyphen Hyphen. Les 4 niçois sont un peu trop survoltés, un peu trop bruyants, un peu trop énergiques (oui c’est possible) et pourtant on ne peut pas s’empêcher de les apprécier. Ils sont complètement galvanisés par les fans des premiers rangs, maquillés pour l’occasion. Le RDTSE figurait sur leur « wishlist », alors, comme pour marquer le coup, ils s’autorisent Just Need Your Love en rappel. La ville de New York est bien représentée ce soir là, entre autre grâce aux mythiques Method Man et Redman, mais aussi par le groupe rock plus confidentiel Parquet Courts. Loin d’être des débutants, ils ont déjà cinq albums à leur actif et de très belles dates internationales. On se réjouit donc de cette découverte qui met fin à notre ignorance crasse.

C’est dans une atmosphère très bon enfant que les Casseurs Flowters entrent en scène. Une heure durant, Orelsan et Gringe abreuvent la foule de leur flow continu en interprétant notamment La mort du disqueRegarde comme il fait beau (ft. Izia), A l’heure où je me couche ou encore Inachevés. Ils ne manquent pas de mentionner la sortie de leur film Comment c’est loin, qui est aussi le titre de leur dernier album. Le duo cède facilement la place à des artistes invités sur scène le temps d’un morceau, comme Diamond Deuklo, alias Professeur Xavier, ou encore Santa et Adam d’Hyphen Hyphen invités à la dernière minute.

La transition n’est pas évidente et pourtant on passe du hip-hop des casseurs au punk hardcore des bostoniens de Converge qui ont inventé un genre musical à eux seuls. Converge est un groupe culte pour bon nombre de fans de hardcore, nous sommes donc ravis de les voir pour la première fois sur scène. A ce stade de la soirée, plus rien ne semble pouvoir nous étonner. Les mythiques Method Man et Redman proposent un medley un peu déconstruit de leurs plus grands tubes, tandis qu’Etienne de Crécy présente son Super Discount 3 en live. Cette faste édition aura réunit en tout et pour compte 20 000 festivaliers, soit deux fois plus que l’année dernière.

Merci à l’équipe presse du festival.

©Benoit Darcy. Photos dans l’ordre : Destruction Unit, Grand Blanc, Naive New Beaters, Louise Attaque, Casseurs Flowters. ©S.Duberos pour Stuck in The Sound.

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