3 jours au festival Beauregard
Hérouville St Clair

Par le 08 juillet 2016

La météo capricieuse n’aura pas eu raison de nous, Beauregard 2016 nous y étions et avec nous quelques 88 000 personnes. Réputé pour être familial et convivial, le festival normand nous a une nouvelle fois étonné avec sa programmation de qualité, son site d’exception et son service haut de gamme –  un trio gagnant qui fait sa force depuis ses débuts il y a 8 ans. Avec cette nouvelle édition, Beauregard a brassé large en programmant aussi bien les pointures Robert Plant, PJ Harvey et Beck, que les jeunes pousses de la scène francophone : Feu!Chatterton, Grand Blanc, Jeanne Added, Jain… D’année en année le festival gagne de nouveaux adeptes grâce à la qualité de l’accueil qu’il réserve à ses artistes et à ses festivaliers. Passage en revue de la 8ème édition du Festival Beauregard.

JOUR 1 – Vendredi 1er juillet

C’est en réalité le second jour puisque les festivités ont commencé la veille avec les prestations des locaux de Gandi Lake, le rock’n’roll de Last Train et la re-formation du groupe emblématique des années 80, Téléphone avec Corinne en moins, soit les Insus. Ce vendredi-là, le cœur n’est pas tellement à la fête puisque l’arrivée sur le site se fait sous des trombes d’eaux. Nous passons en coup de vent au pied de la scène Beauregard pour la fin du set des NUIT (déjà entendus à Evreux) avant de rejoindre les Brian Jonestown Massacre. Avec presque autant d’albums que d’années d’activité (15 ans), le multi-instrumentiste Anton Newcombe (leader) aurait pu nous émouvoir davantage. Fondé dans les années 90, ce groupe de rock indépendant californien n’a cessé de se réinventer musicalement en mixant les genres rock psychédélique et expérimental, au shoegaze et à la new-wave. Ce premier passage à Beauregard aura manqué cruellement d’expérimentation et de panache. L’arrivée des Feu!Chatterton a chassé l’ennui qui nous guettait alors. Les dandys parisiens ont donné un sacré coup de jeune à la variété française, car oui c’est bien de ça dont il s’agit. Influencé par les plus grands songwriters français, Arthur (chanteur) sait manier le verbe avec élégance. Tel un chauffeur de « plaine », un danseur hors pair, son charisme et son charme fou nous ont conquis dès le premier morceau. Sincère et généreux, le quatuor a sans doute livré le meilleur de lui-même ce soir. Il a interprété les titres de son premier long format Ici le jour (a tout enseveli) sorti chez Barclay en 2015 et nous gratifie même d’une reprise rétro de la chanson J’aime regarder les filles de Patrick Coutin. Le morceau Concorde, en bonne position dans le set, nous prend aux tripes tandis que La mort dans la pinède, Boeing et la Malinche nous font décrocher les pieds du sol. Nefkeu et ses amis étaient aussi réunis pour la fête de fin d’année. Le rappeur français et son crew étaient gonflés à bloc comme les ballons rouges et blancs qu’ils ont dispersés à travers foule. Les animations vidéo hautes en couleur crépitaient comme les confettis lancés au canon tandis que les danses acrobatiques nous ont un peu donné le tournis. L’unique concert hip-hop de cette journée a dangereusement failli se transformer en kermesse. Heureusement, la fine équipe a pu compter sur son flow imparable pour rattraper la mise. Beck faisait partie des artistes les plus attendus de la programmation, et pour cause, on a rarement l’occasion de le voir en France. En entonnant ses plus grands tubes, il nous a rappelé le bon vieux temps de Loser, son premier grand succès sorti au milieu des années 90. Le grand absent de ce set est sans conteste son dernier single Wow tout juste sorti dans les bacs – un titre plus hip-hop qui ne correspondait peut-être pas à l’ambiance pop rock générale de la prestation. En 2015, Beck a participé à l’élaboration de Born in Echoes, le 8ème album des Chemical Brothers programmés à sa suite. En 20 ans de carrière, le duo électronique anglais a investi tous les terrains : les films (B.O), les stades (ils ont composé l’hymne officiel des jeux olympiques de Londres en 2012) et maintenant Beauregard. Tom Rowlands et Ed Simons composent pour eux même et beaucoup pour les autres depuis qu’ils se sont rencontrés sur les bancs de la fac en 1992. Ils sont restés physiquement en retrait pour faire la part belle à leur musique. Tandis que les écrans géants projetaient des animations psychédéliques et énigmatiques, deux robots se mouvaient à leurs côtés de part et d’autre de la scène. Le dispositif scénique déployé a complété brillamment leur set déjà riche en surprises. Les Chemical Brothers ont, le temps d’un set, transformé le site en énorme dancefloor à ciel ouvert.

JOUR 2 – Samedi 2 juillet

Nouveau grand cru de talents pour cette seconde journée au château. Les deux premiers groupes programmés ne nous ont pas laissé un souvenir intarissable. The Horrors ont essentiellement joués pour eux même, tandis que Get Well Soon a proposé un set lisse et sans audace en chantant l’amour sans grande conviction. Les choses se sont arrangées avec la pop naïve des Naïve New Beaters. Notre premier rendez-vous manqué au RDTSE nous avait d’autant plus donné envie d’aller à la rencontre de leur pop délurée et fantaisiste. Ils n’ont pas manqué de jouer le tubesque Heal Tomorrow, enregistré en studio avec Izia Higelin, et assuré en live par Audrey une des musiciennes du groupe. Accompagné d’un clip à 360°, ce premier single prépare la sortie de leur nouvel opus A la Folie le 22 juillet prochain. Leur musique dansante et rythmée a fait mouche auprès des festivaliers. La palme du glamour en festival revient au duo des Brigitte qui sont apparues sur scène vêtues de longues robes noires échancrées. Bien connues pour mettre leurs atouts féminins en avant, Aurélie Saada et Sylvie Hoarau ont proposé un set chaleureux et ensoleillé. Dans un style très oriental, des palmes et un lion dorés habillaient l’espace scénique, ajoutant ainsi une touche de sensualité supplémentaire. Elles n’ont pas manqué de jouer Ma Benz, la reprise de Suprême NTM qui les a fait connaître en 2010, mais aussi A bouche que veux-tu et L’échappée belle. Les membres de La Femme ont aussi sorti leurs plus beaux habits pour l’occasion. On les apprécie particulièrement pour leurs excentricités. Les français osent là où d’autres n’assumeraient surement pas. Leur concert a débuté par Sphynx, un titre électro psychédélique qui contraste vraiment avec le reste de leur répertoire. La Femme a intégré à sa setlist des titres extraits de l’album Psycho Tropical Berlin, mais aussi quelques nouveaux morceaux dont un étonnant appelé Mycose, et Où va le monde leur dernière production. Robert Plant a le mérite d’avoir mis tout le monde d’accord. Accompagné de son groupe The Sensational Space Shifters, il a enchanté les nostalgiques de Led Zeppelin mais aussi les plus jeunes réunis en masse pour l’occasion. A presque 70 ans, Robert Plant est apparu reposé et ravi. Ce vétéran de la scène a de longues années d’expérience derrière lui. Il est l’une des plus grandes voix de l’histoire du rock et nous l’a bien prouvé ce soir. Son passage sur la scène bas-normande restera dans les mémoires du festival. The Avener nous a vraiment déçu. Son unique talent réside essentiellement dans sa capacité à proposer des remixes un peu cheaps de vrais titres, de là à transporter les foules il y un océan. C’est donc médusés que nous avons assisté à un show qui déchaînait les masses – pour nous ce sera joker. La journée s’est terminée en beauté avec The Kills. Le duo féminin/masculin formé par Alison Mosshart et Jamie Hince nous a littéralement bluffé. Les Kills sont de redoutables bêtes de scène et leur présence scénique force l’admiration. Leurs riffs de guitare bruts un peu sales et leur style rock nous ont charmé. Leur prestation live est saluée à l’unanimité, ce qui compense la réception mitigée de leur dernier album Ash & Ice. Suite et fin de cette journée avec la prestation de Fakear, « l’enfant prodige » de l’électro minimaliste qui était de retour à domicile après 3 ans d’absence.

JOUR 3 – Dimanche 3 juillet

Comme souvent, Beauregard connait son pic d’affluence le dimanche, jour des familles. Après nos biens aimés de Grand Parc, c’est au tour de Grand Blanc d’assurer un des premiers concerts de la journée. La météo ne joue pas en leur faveur et pourtant il faut avouer que le groupe, déjà vu sous le soleil à Evreux, nous a davantage émerveillés sous la pluie. La chanteuse et claviériste Camille a sorti son plus beau justaucorps et porté ses compagnons un peu brouillons vers les sommets. Les hésitations des débuts ont fini par laisser place à la fougue et au vertige. La pop électro « topographique » et schizophrène de Bosphore, Désert Désir et Surprise Party nous a décroché quelques pas de danse. Jeanne Added venait défendre son premier album Be Sensational sorti en juin 2015. Le moins que l’on puisse dire c’est que Jeanne a l’art et la manière de faire durer ses morceaux…indéfiniment. Rien à dire concernant la prestation vocale de cette ancienne chanteuse lyrique, cependant le public n’a pas semblé très réceptif à sa pop sombre et mélancolique. C’est la performeuse Jain qui a pris sa suite. Nous saluons le courage de cette jeune artiste toulousaine livrée à elle-même. Seule en scène, sans aucun musicien ni instrument à ses côtés, elle parvient tout de fois à enchanter la foule. Et si son style, mélange de hip-hop, reggae pop et musique africaine, ne nous a pas séduit outre mesure, force est de constater que son énergie fut communicative. La musique de la de la comédienne et chanteuse Lou Doillon est bien plus dans nos cordes. Son dernier disque, Lay Low, réalisé auprès de Taylor Kirk tête pensante de Timber Timbre, confirme que le succès de son premier opus n’était pas simplement un heureux accident. Son timbre de voix éraillé et chevrotant nous a enveloppé à la première seconde. La prestation de Beirut a fait office de mise en bouche. C’est avec grand plaisir que nous avons patienté en écoutant ce groupe de folk tout droit venu des Etats-Unis. Ils ont joué aussi bien des extraits de Gulag Orkestar (2006) que des morceaux de No No No (2015). Leur musique métissée a apporté chaleur et bonne humeur sur les terres normandes. Est enfin venu le moment le plus attendu de la journée : nous avons eu le prestige, le plaisir, le luxe même d’assister pour la première fois de notre vie à un concert de PJ Harvey. Après son passage remarqué au festival We Love Green,  elle a choisi Beauregard comme 3ème date française. PJ Harvey a fait une entrée remarquée sur la scène Beauregard. Saxophone à la main, elle se glisse dans la farandole de musiciens qui l’accompagnent en fanfare sur la scène. Les premières notes de The Hope Six Demolition Project nous font comprendre que ce show sera exceptionnel. Mis à part quelques uns de ses plus grands standards réorchestrés comme To Bring You My Love, PJ jouera principalement les titres de son dernier opus. On est loin du minimalisme d’antan : tambours, claviers, guitares, violon et cuivres s’exécutent sur scène. Son fidèle producteur et guitariste John Parish est également à ses côtés. La sobriété de la scénographie nous évite des distractions inutiles : les projecteurs de la façade sont éteints et le décor de fond de scène fait une discrète apparition à partir du 2ème morceau. PJ nous a asséné un sacré coup sur la tête avec cette prouesse vocale et technique. Nous restons ébahis et immobiles 1h20 durant. Cette 8ème édition du Festival Beauregard se termine avec les concerts de Louise Attaque et Jurassic 5, mais le plus beau moment restera de toute évidence notre rencontre avec Polly Jean Harvey.

Merci à l’équipe presse du festival Beauregard.

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