Un weekend à Beauregard 2013 #3

Par le 28 juillet 2013

Ultime et dernière journée pour les matelots ayant su résister au tsunami Fatigue et à la tempête Chaleur. Ce dimanche, dans l’océan qu’est Beauregard, n’était pas qu’une simple croisière à en croire l’affiche proposée. Un équipage doté des plus grands capitaines de la marée punk y prit place avec les suédois de The Hives et l’infatigable Skip the Use. Pas vraiment dans le même bain, ni dans le même genre, on aperçut au travers de notre lorgnette, que Juveniles larguait leurs amarres très tôt en côte normande avant de laisser place à la princesse la plus fraîche du navire, la chocolatée Olivia Ruiz. Dans notre journal de bord fripé et émietté par le voyage et ses périples, on nota une programmation très made in France : de quoi montrer à ses pirates britanniques qu’on en a aussi, dans la caboche et au bout des doigts, du talent ! Drapeau tricolore flottant, le ton était donné avant que les profondeurs de l’oubli ne viennent recouvrir – pour une si longue année –  le paquebot musical d’Hérouville transportant depuis maintenant cinq ans de très bonnes surprises mélodieuses dans leurs containers.  A l’abordage moussaillon !

La pop, cette petite chose indescriptible et inclassable, jette l’ancre sous les ordres des deux jeunes pécheurs bretons Juveniles. Cherchant à attirer un maximum de poissons dans leur filet, le duo a déversé sa pop rétro futuriste sous une chaleur de plomb et devant un public marée basse. Alors que les cordes vocales des quelques fans naviguaient sur les singles « We Are Young » et « Strangers », la foule se prit au jeu et tapa des mains comme des coups de pagaies. Cette dernière, perlée de sueur,  finira en marée haute lors du  très disco « Fantasy ». Juveniles n’aura bientôt plus besoin de ces brassards après le succès de son premier album éponyme. Avec une énergie dansante et une communion chaleureuse, le kitsch et classe duo d’eau douce a déjà sa propre identité et sera bientôt prêt à se jeter dans le grand bain.

On eût souvent peur que la présence d’Olivia Ruiz demeure tel un pavé dans la marre rock tant son image de femme gentille et fragile est relatée par les médias. Cependant son show est loin d’être tombé à l’eau ! Avec panache, et accompagnée d’audacieux musiciens, la femme chocolat a su se montrer provocatrice dans ses dits ainsi que douce lors de ses plongeons dans sa barque d’hits – que l’on ne croyait pas si abondants –. Donner lui un radeau, elle vous en fera une péniche romantique et solide. En mettant les voiles vers son univers imaginaire, elle a prouvé qu’elle avait pied dans une mer musicale où l’image est essentielle. De quoi passer une agréable fin d’après-midi, allongée sur l’herbe de ce port de plaisance sonore. Car oui, cette surprise – venue en sous-marin –   familiale fût sincèrement plaisante et reposante avant un final canon.

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The Hives, cette vague déferlante de rock brut, est venue s’échouer sur les rivages de la Manche afin de nous embarquer dans les concerts qui ont fait d’eux le meilleur groupe scénique en 2006. Avec un chanteur charismatique jonglant avec le micro et parlant un français quasi impeccable, le groupe en  tête de gondole du bateau Beauregard  fît frissonner la foule en une explosion punk avec « 1000 answers » ou encore « Go right ahead ». Voguant un peu partout sur la scène et même en dehors, le groupe suédois en costard ajusta avec perfection un set énergique concluant sur l’incontournable « Tick Tick Boom », portant comme un mat, la banderole du retour punk. Leur musique, s’éloignant de leur côte natale pop-dance, met le cap sur une anglophonie parfaite. De quoi faire périr plus d’un spectateur dans le pogo !

Serrer comme des sardines, le public attendait en vain le Titanic du spectacle, le cargo du rock français, la perle de l’océan hexagonal: SKIP THE USE. Le marin Mat Bastard démarra en trompe et sauta de bâbord à tribord, la foule le suivant s’englua et dégénéra en immense pogo lors de la très punk « Don’t wanna be a star » et avec « Bastard Song », trempée dans l’alcool et la drogue. La sécurité a dû même couler le début de violence généré au-devant du public. Alors qu’ils lancèrent une reprise de Blur, le chanteur désinvolte en profita pour lâcher deux trois mots provocateurs : « Foutez-moi le bordel ! » criait-il. S’amusant avec les dizaines de milliers de spectateurs qui nageaient entre la sueur, l’irrespirable air et la poussière, les francophones tendirent une bouée de sauvetage aux perplexes avec le hit dénommé « Ghost ». Un concert à leur image. La musique n’est pas toujours sérieuse. La musique est aussi sauvage, animale. Car on a tout un animal enfoui, une sorte de sous-marin ressortant – trop – rarement maintenant.

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