Un weekend aux Vieilles Charrues 2014
Carhaix

Par le 19 juillet 2014

Le numéro complémentaire de ce troisième weekend de juillet : le 23. Rétro! 23ème édition promettant un tirage plus qu’Européen : une Eurovision pour des recettes d’Euromillions. Bingo !  Indochine, Arctic Monkeys, Stromae, Shaka Ponk, Franz Ferdinand… Dingo ! On misa nos jetons sur les cases 17, 18 et 19 de notre calendrier.  Dans l’auto, ce billet de Loto fût pris tel un lot d’otages de l’hôte aux yeux scintillants. Cinq heures de charrue chargée comme un bœuf. Et même s’il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, notre excitation nous ensorcelait en conséquence du tirage au sort de la FDJ, la Fédération des Dignes Journalistes. La cagnotte ? Être reporter parmi 225 000 participants aux Vieilles Charrues. Vieilles mais increvables. A qui le tour de les tirer ? Aux dragons ! Avant l’Oregon, The Black Keys se devait, de dévaliser leurs duvets à Kerampuilh, cité du thème fantastique. Trèfle à 4 feuilles, rêve à 4 jours, averse de deuil même si le soleil est de retour.  Vieilles Charrues 2014, un conte de fées ou une fantaisie fictive ?

Jour I – Jeudi

La chance appartient à tout le monde. Et non à ceux qui se lèvent tôt. Piquant les piquets de notre tente tentée par l’ombre tendant vers la protection pluvieuse et la chaleur orageuse, notre tendance latente s’étendit dans l’attente d’un brin d’herbe dans le camping 10. Des bruns fumaient de l’herbe. Des blonds buvaient des bières blondes. T’aimes ou t’aimes pas mais le thème s’est fait entendre que par les plus téméraires. Et si la Bretagne, ça nous gagne, on dit « Mersi bras » à leur folie douce. Gobelet, stylo et feuilles dans la housse, nous voici parer pour l’aventure.

Et avec Skip the Use, le confort est en mousse ! Changer les habitudes n’est pas pour les jeunes pousses !  Dans cette brousse musicale, beaucoup de chansons rappelaient leur période bestiale. Nostalgie ? Leur mutation stylistique leur a tout pris. Même les pogos. Passer de « Bastard Song » à « Être heureux », c’est comme passer du coq à l’âne. Sauf qu’un âne c’est bête et têtu. Alors que le speech de Matt Bastard frôlait le kitsch de par ses répétitions à travers – déjà – quelques hivers, l’air ambiant s’abreuva d’un message sociale et politique. Oxymore, on appelle ça un punk mature.

Et si les Black Keys avaient trouvé la clé ? Alors que la palette céleste assombrissait le ciel d’un noir ardant, la présence physique de Dan Auerbach déverrouilla le cadenas des fans. Une prestation classieuse, classique. Celés étaient les rapports avec la foule. Esseulé paraissait le duo américain sous ces dizaines de jets lumineux aux couleurs trésors. Et, seuls les contrastes psychédéliques sur les écrans tiraient sur la clenche de l’unicité. Leurs singles, enroulés autour d’un trousseau garni, scellaient nos pensées sur leur dualité. Personne n’en a un double. Avoir la clé du talent c’est un avantage, mais elle n’ouvre pas toutes les portes.

Tandis que Fauve, rongé par une timidité criante, ronchonnait ses problèmes sociaux, nos ongles ronflaient en ronde sur les tavernes et stands, tous similaires comme des siamois sciés en six. Un panorama nomade bricolé home-made s’implante en second plan. Le corps monte en puissance et touche le cœur. Et le corps. « Nuits Fauves », « Infirmière », « Vieux Frères », « Kané », tous paradent. 4 000 îles pour 450 000 oreilles, et pour combien de cordes vocales ? Timbrés, ils canonisent le public en trois timbres : des sopranos aux barytons. Avant de timbrer une sève d’émotion sur leur carte de visite lorsque « Blizzard » parachève la chute en parachute.

Indo, ce n’est pas indé. Ni inédit. Un indice ? Le pansement artificiel ne cachant pas les plaies à vif. Avide de ne pas se lasser, chaussures lassées, les fans s’enlaçaient, s’entassaient. L’Indochine français  compte autant de fans que la péninsule. Son président, Nicola Sirkis ne subsistait qu’en cohabitation avec ses ministres musicaux. Vrillant de la droite à la gauche, il haletait des messages de tolérance portés par un attelage d’émotion. Leur pénicilline s’injectait en forte dose de hits frappants : « l’Aventurier », « Trois Nuits Par Semaines », « 3e Sexe »… Renaud fût honoré par une reprise. A l’heure de reprendre sa Renault pour rentrer, la foule semblait engagée par le made in France. Fauve pour l’adolescence. Indochine pour la renaissance. Culture pour tous. Des cultes partout.

Jour II – Vendredi

Jambes en compotes, le réveil fût garni par un verre de lait offert par les agriculteurs du coin. Pour aller au petit coin, la queue ressemblait à une grappe de raisin. Raison risible de râler. Le nombre de sanitaires était grand comme trois pommes. Un premier pépin, quand les corps sont juteux de boissons et de sueurs. Le camping est un panier : des peaux rouges tomates, des déguisements exotiques, des festivaliers pressés comme des citrons. Un smoothie spectaculaire vivant d’amour et d’eau fraîche. Mais pas très bio…

Le cocktail Casseurs Flowters, c’est un shot de rap à haute teneur métaphorique et une liqueur de stupidité euphorique. Et les barmans que sont OrelSan & Gringe vous le servent sur un plateau d’argent. Pas fragiles comme l’argile, ces barons firent voler, briser, égratigner, insulter, casser des disques cyclopéens sur « La Mort Du Disque ». Cracks ! Sur la carte on y croise « Bloqué », « Regarde Comme Il fait Beau », « Fais Les Backs », aux refrains populaires comme la recette du mojito. Ils flottent aisément comme des glaçons dans un Ricard. Plus inventifs que les ricains, plus proches de la foule que les bars, le show cogne comme un coquard, et Disiz arrive en guest star. Contant une journée typique en cul sec, leurs premiers vers se versent avec nos premiers verres.  Et ce n’est pas de la verveine pour nous, les veinards.

Stromae, c’est trop. Trop attrape-maille ou trop high. Assis sur la paille, nous disions bye bye à cette marmaille marécageuse. La foule se ruait en masse, les bras en l’air comme un champ de maïs. Le chant du maestro s’éleva, une cotte de maille ne suffirait pas à résister. Un spectacle taillé pour les stades : les puristes tacleront. En changeant de chandail pour Papaoutai, l’émail de son concert est sa prestation d’acteur. Les singles ont été chantés, la messe a été dite. Qu’on s’en aille par dégoût ou par amour du gout, l’unicité et le talent de Stromae raviserait ceux qui voulaient lui lancer de l’ail. Aïe, aïe, aïe… Banzai !

Cadette de la Grande-Bretagne, elle hérita d’un sang celtique. Celle-ci eut le tic de convier au repas de famille l’oncle indépendantiste : l’Ecosse. Franz Ferdinand, la cause. Des écorces de chairs frottées, la conséquence. Et si cette muse va en encorner, ce n’est pas par cornemuse. Sveltes, les celtes scellèrent un lac de singles signé d’énergie. Hydrocution en raz-de-marée par la vague du dernier opus. Monstrueux comme un Loch Ness. Nullement loques, la nécessité du mythe d’Alexander Kapranos céda au hic que la musique suffit à créer le déclic. L’originalité? Un kit a ajouté à leur kilt. Ils quittèrent la plateforme scénique d’une classe britannique.

Gesaffelstein s’élança avec l’étrangeté d’un Frankenstein et le génie d’un Einstein. Voilà que la pluie nous gagne. Des trompes d’eaux comme des barreaux, nous retournâmes à nos cellules. Prisonniers du temps, nos batteries vivantes se doivent d’être rechargées.

Jour III – Samedi 

Marathon musical, mare à tons dissemblables. Les semelles se mêlent, l’anarchie s’emmêle. Un parcours olympien sonne le départ. Notre tour cyclique mène sa première étape aux stands commerciaux. Vieilles Charrues semblent une course plus vendeur que celles de ses participants. La boutique des artistes est dans le peloton de fin avec des prix en côte. La marque du festival, quant à elle, porte le maillot jaune. Pour notre première escalade dans cette montagne que sont ces trois jours, nous portons le maillot à pois. Et en vue de la journée, nous n’avons pas la poisse.

Un détour vers Détroit pour débuter. Des trois premières chansons, l’ennuie nous détruit. Bertrand Cantat, quant à lui, était un cantador au sourire bien plus large que Gibraltar. Touché de l’accueil, il sortit de son linceul quand sur la feuille, la setlist, en deuil s’écrivaient les titres de Noir Désir. Blanc comme neige dans sa néo-poésie, l’ombre de la tension rock éclata comme un roc dans ses souvenirs. Que lui reste-t-il à venir ? L’enveloppe mélodieuse trop analogue enferme sa prose, sa carte de visite. La polémique n’est plus à l’heure de savoir s’il est timbré.

Fakear, aménagé à l’heure du ménage gastronomique, tenta d’éviter de marcher dans les clous. En un coup, le chou pris pour sectionner Doré et ce premier fût dans les choux. Le naturel électronique de Morning in Japan à la symbiose avec O’Kobbo cultiva le germe d’une électro pour tous. A ciel ouvert, les nuages assombrirent la volonté de puissance dans les basses.  Peu restèrent de marbre. Et, sans jeter un pavé dans la mare, le chemin pavé vers la perfection scénique passe par la ruelle d’une atmosphère nocturne. Pour changer les séquelles.

Le King Kong du rock, les bêtes de scènes, les Arctic Monkeys. Quand Alex Turner posa sa patte, il n’était plus de notre espèce. Un tarzan parmi les singes. Ils épluchèrent le fruit d’AM, les âmes fructifiées par les singles – déjà –  préhistoriques. Pas de singeries lumineuses, graphiques, gestuels. Juste une classe hautaine, celle des hommes sur les animaux. Les ingénieurs du son glissèrent sur une peau de banane et la liane du micro subit quelques troubles. Cette espèce en voie de disparition est sortie de sa cage sans grogner. La jungle humaine fût amazonienne : des chimpanzés sous des chants pesés.

Disiz divinise ses dits par des vocalises qui immunisent une foule conquise. Pour Disiz, it’s easy. Un rap de famille, amusant, touchant et sincère. Extra-Lucide, ce méga album, installa un giga de refrains super mémorisables aux ultrasons joyeux. Des idées, des inédits, « L’autodance » et « Chameau », une folie douce.

Diplo, ce dinosaure de l’électro, instaura l’ombre face au diplodocus qu’est Shaka Ponk. Chacun pond son style mais le show de Diplo, c’était Jurassic Park. Sur le parquet, la chaleur ne venait pas du Jura. Jurant sur des mix de mix de mix, on dansait à la vitesse d’un mixeur. Un show milkshake avec pour cerise sur le gâteau, un glaçage de hits. La crème de la crème à siroter à cette heure. Euréka, on erra jusqu’à la dernière trace de scratch. Nos scratchs défaits, nos corps se scratchèrent.

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