© Florian Duboé

Maud Octallinn : Valeur sûre !

Par le 10 février 2017

Maud Octallinn, labellisée La Souterraine, sort son premier album En terrain tendre. Une collection de comptines chantées en français, au piano, sur ses états d’âmes tendres et sauvages. Mais c’est d’abord sa pochette, où elle pose avec une pioche à l’épaule, qui avait piqué au vif notre intérêt. À l’écoute, sa voix de cantatrice lyrique et son originalité avait fini de nous convaincre qu’il s’agissait là d’un projet pas comme les autres. On a voulu en savoir plus sur celle qui nous a mis le cœur à l’envers. Elle nous donne rendez-vous chez elle, dans son antre, sur les hauteurs du 20e arrondissement de Paris. Son chat Pito réclame des caresses pendant que Maud nous raconte la genèse de son premier album, son rapport à la pop et ses mille projets. Entretien fleuve.

Il y a deux ans, Maud Cantillon postait négligemment ses premières chansons sur Internet sous son nom d’artiste, Maud Octallinn. Une démo trois titres intitulée Fête ratée, dont « Super fière sur mon bulldozer », précieux sésame qui séduira toute  l’équipe de La Souterraine, collectif branché, et désormais gage de qualité. Ils se définissent eux-mêmes comme des défricheurs d’avant-garde pour des artistes qui ne trouveraient pas leur place dans le courant de la production dominante. Un mini-buzz plus tard (son titre est diffusé sur France Culture), sans vocation aucune, la jeune artiste se sent pousser des ailes. “On m’a servi mon ambition sur un plateau dorée, plaisante-t-elle. A l’époque, je bossais come une folle en entreprise. Je faisais des chansons en mode thérapie de couple pour éviter de me suicider.

La Souterraine parraine ses premiers concerts et lui commande une mixtape de chansons d’amour ratées, la Mostlamouratée. Elle se  souvient : « Je sortais de nulle part, personne ne connaissait mes chansons et je me retrouve à faire des concerts devant 150 personnes à l’Olympic café, c’était hyper flippant et assez catastrophique (sourire). » À peine avait-elle connue une expérience en groupe qui l’avait laissé sur le carreau d’une rupture sentimentale. Maud Octallinn refuse de passer pour une originale même si elle avoue être un pur produit souterrainiste. Elle fait d’ailleurs figure d’exception au sein du collectif.

« La notion de collectif est un peu ambigüe, c’est plus un ensemble d’invidus-alités, précise-t-elle. Ça devient un collectif quand il y a des initiatives de la part des artistes. Et sur ce dernier point, je me sens complètement unique ! Je ne connaissais personne en arrivant de ma Champagne-Ardenne et j’ai créé mon réseau musical, y compris les musiciens avec qui je joue, au sein de ce collectif. »

Aujourd’hui, la jeune femme va au-devant des projets et des interactions avec d’autres souterrainistes. A paraître, un disque en duo avec Camille Bénâtre, un autre avec Eddy Crampes et une résidence dans un collège avec La Féline et Ricky Hollywood.

ADIEU L’ENFANCE

Ils sont de plus en plus nombreux à défendre une pop en VF de manière libre et décomplexée. Mais ça n’a pas toujours été son cas. Elle a longtemps trouvé ça ringard. La tradition familiale voulait que la musique se transmette en chantant ou en jouant d’un instrument. Formée au classique, Maud est née avec un piano entre les mains. Celui désaccordé qui se transmet de mère en fille dans sa famille et sur lequel sa grand-mère composait les messes du dimanche – toutefois ne vous y trompez-pas, « Resucito » dans l’album n’est pas un hymne à la foi mais bien le manuel du parfait petit chanteur. « J’ai le souvenir d’un bruit de ferraille avec des cordes qui ne vibrent pas au bon moment », sourit-elle. Des vibrations dissonantes qui ont formé son oreille et donnent à sa musique cette joyeuse ambiance de cabaret bastringue, façon théâtre de rue moyenâgeux. « C’est un meuble, dit-elle pour parler de son rapport à son instrument. Comme le bureau que ma mère m’a acheté pour apprendre à lire et écrire. C’est de l’ordre de la cérémonie. Un meuble où je passe beaucoup de temps à pratiquer quelque chose que j’adore faire. C’est du travail et de la rigueur, mais aussi beaucoup de joie et de plaisirs immédiats. »

En terrain tendre jette au feu ses souvenirs d’enfance, comme une thérapie partagée par de nombreux artistes comme La Féline ou Baptiste W. Hamon au début de leur carrière. « C’est une belle montée vers le pardon et l’espoir de vivre d’autres histoires moins dures, résume-t-elle. Une montée vers le tendre pour dédramatiser une époque et une enfance pas toujours rose.

« La vie ne m’a pas fait de cadeau. J’ai vécu une enfance très solitaire. J’ai même été sous antidépresseurs. J’aurais pu devenir soit psychotique soit artiste, je m’en suis bien sortie finalement. »

L’album aurait pu s’appeler Excavation si elle n’avait pas trouvé le moyen de remonter la pente. Le rire et l’enthousiasme comme exutoires. « Je me suis réfugiée dans l’écriture et dans l’imaginaire pour créer un monde parallèle où les choses fonctionnent de manière plus rieuse. » Fan absolue de Coluche, elle cite aussi Jean Yanne, Bourvil ou les Deschiens, et plus récemment la clique de Midnight Records autour de Cléa Vincent qui la font relativiser sur le monde qui l’entoure. « Je les admire beaucoup. Je ne sais pas s’ils me connaissent mais moi, j’écoute absolument tout ce qu’ils font. »

FOIRE A LA SAUCISSE

Elle a laissé le bulldozer faire son œuvre. Car rien n’est dû au hasard dans l’univers de Maud Octallinn. « C’est l’engin de chantier le plus positif du monde, dit-elle. Il détruit mais toujours en vue de reconstruire droit. Ce disque m’a fait beaucoup de bien. J’avais besoin d’enterrer le passé. Et comme souvent ça a donné quelque chose de fortement ancré dans le présent. » Elle fait référence ici à son prochain disque, écrit sur une période très courte avec une contrainte : ne parler que de saucisses. Plutôt osé ! Elle raconte :

« C’est simple, j’ai eu un déclic ! J’ai écrit « Chez le boucher » et puis j’ai un peu voyagé. C’était une période où j’ai eu beaucoup d’amants et d’amantes. J’ai goûté à toutes sortes de saucisses… Je ne sais pas si je dois dire toutes ces choses parce qu’après ma mère est un peu abattue en lisant toutes ces bêtises (rires) ».

Au-delà du côté cru et cul, il s’agit d’une « parabole sur le passage de la chair à la chair » ou la mise en musique d’un recueil de poésie qu’elle appellera « Chère à saucisse ». Plus ambitieux encore, un disque politique sur la nouvelle réforme des régions : « Dans chaque chanson, il y aura au moins un clin d’œil à une sorte de saucisses ou un plat régional, à une époque où on essaie de couper la France en quatre. »

 © Florian Duboé

© Florian Duboé

Ses chansons sonnent comme des haïkus ou des petites fables moralistes. Les textes de Maud Octallinn n’ont pas forcément vocation à être entendus. On pourrait se contenter de les lire. Pour elle, il s’agit là d’un gage de réussite, voire d’un idéal. « Souvent pour tester mes textes, je les envoie à des amis sans la musique. » Elle a toujours écrit depuis son plus jeune âge. Des poèmes, des nouvelles, des saynètes. Elle manie la langue française sans complexe, s’amuse des double sens, se joue des contraires et multiplie les images suggestives, comme dans « Prends-moi » : « Prends-moi le cœur, passif violeur, prends-moi le sexe, sage prétexte, prends-moi les fesses, sage prouesse, prends-moi le cœur, pose ton bâillon. » Ce n’est pas de la provocation gratuite, mais de la poésie érotique qui coïncide avec un projet de roman, féministe sur le rapport des femmes à leur corps. Elle soulève plusieurs problématiques : Peut-on s’affirmer en tant que femme sans être trop suggestive ? Comment être une femme sur scène sans jouer de ses atouts ? Comment parler de sa féminité sans que soit gênant ?

Gênant ! Car c’est un sentiment qu’elle aime provoquer quand elle est sur scène. Dans son cas, c’est même une forme de résistance. Elle nous rappelle Klô Pelgag, qui n’a pas son pareil pour chanter la maladie avec le sourire, ou Brigitte Fontaine pour son exubérance, mais son idéal, c’est Philippe Katerine.

« Ce qui m’intéresse, c’est de perturber, de remettre en cause les schémas attendus. Livrer une chanson saucisse, puis un poème très sérieux sur le suicide et pour finir, une chanson d’amour. Non pas que je veuille mettre les gens dans l’inconfort mais plutôt les divertir. Je veux les inclure dans mon processus de création. Leur balancer des chansons sans les faire réagir, ça ne m’intéresse pas ! »

Maud Octallinn adore conduire. Croyez-moi ça n’a rien d’anodin. Dans ses rêves d’enfant, elle ressentait un plaisir non dissimulé au volant d’énormes engins. Son prochain concert aura lieu le jour de Cupidon, accrochez-vous !

CONCERTS :

Le 14 février à Paris (centre FGO-Barbara)

Le 04 mars à Marseille (bibliothèque Alcazar)

Le 16 mars à Paris (La Maroquinerie, en ouverture de La Féline)

Le 01 avril à Paris (lieu à confirmer)

Le 22 avril à Pantin (La Menuiserie)

Le 19 mai à Allonnes (lieu à confirmer)

Le 24 juin à La Chapelle Saint Mesmin (Festival Balade en musique)

Le 10 aout à Mens (Festival Mens Alors)

 

 

 

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