Pales : comme la bande son d’une génération

Par le 08 décembre 2017

Nouveau née de la scène Parisienne, le groupe Pales sera en concert le 15 décembre prochain à l’Espace B (Paris) dans le cadre de la soirée du label White Lobster & Friends. L’occasion pour eux de présenter leur très convainquant premier Ep, Clandestine Love, qui sonne comme une ode aux années 90, et quelques titres issus d’un futur album ambitieux déjà en préparation. Portrait de Laurent, tête pensante du projet.

Un clip au grain 90’s et un court EP de trois titres publié le 13 octobre dernier suffisent à jeter les bases esthétiques de Pales, quelque part entre la britpop des Stones Roses et le shoegaze de My Bloody Valentine. My clandestine love, titre d’ouverture, évoque un amour interdit et une certaine nostalgie à peine dissimulée, celle d’une époque révolue où la spontanéité et l’insouciance rythmait la vraie vie des adolescents. Une époque où le quotidien se noyait dans la confidentialité sans passer par la case Instagram, où les amitiés se liées dans le concret. Laurent, chanteur et unique compositeur de Pales, se souvient :

On a tous été marqué par notre adolescence. Moi, je suis de la génération Larry Clark, on faisait du skate, de la musique, on picolait, on fumait, les filles nous tournaient   autour. On ne se souciait pas de ce qu’on allait devenir, on brûlait tout ça, on fuyait le monde réel.

Il avait 14 ans lorsque Kurt Cobain eu décidé d’en finir avec la vie. Il écoutait ses disques, ceux de Rage Against the Machine aussi, et chantait dans un groupe de métal formé avec ses potes du lycée, à Grenoble. « On passait nos après-midi à boire des bières dans une salle de répet’ improvisée dans un garage, un vrai cliché » s’amuse t-il. Une aventure qui aboutit tout de même à la signature d’un contrat chez Barclay, trois albums et des tournées interminables. « J’ai un passif de frontman qui haranguait les foules, de screamer, c’était assez violent. » Mais l’adolescent ne se reconnaît pas dans ce qu’il fait. Lui se rêve en songwriter, à la manière d’un Elliot Smith grattouillant ses compositions personnelles enregistrées sur un quatre pistes pour s’échapper d’Heatmiser. Un besoin de se réaliser sans rien concéder qui coïncide avec la fin de l’âge de l’insouciance :

En réaction à tout ça, j’avais un besoin vital d’avoir les reines à 100%. Pas parce que j’estimais être le meilleur, mais pour m’exprimer car je ne pouvais pas avant. En cela, oui, je veux me définir comme un songwriter aujourd’hui.

Certaines chansons étaient rangées au fond d’un tiroir, des tentatives dépouillées avec guitares sèches et sans batterie, purement lo-fi. C’est le cas de Clandestine Love. D’autres n’ont que six ou sept mois. « Je ne me prends plus la tête avant d’aller en studio, je n’écris qu’un squelette pour garder cette part d’imprévisibilité avec les arrangements, les batteries, le tempo. » Son nouveau projet Pâles est ambigu, il est la création d’un jeune adulte, ou d’un vieil adolescent. Ses compositions n’ont rien d’un groupe de garage sorti du lycée, mais ont au contraire une maturité dans le fond et dans la forme. Une maturité mise au service d’une idée de la jeunesse mystifiée :

Je ne voudrais pas que mon groupe fasse teenager. Sonic Youth ont toujours prôné l’incandescence de la jeunesse tout en ayant une approche hyper arty de leur musique. C’est un amour pour la fraîcheur de l’adolescence.

Dans le clip réalisé par son ami Lamson Nguyen, on retrouve ces visages typiques du cinéma de Larry Clark, ce grain légèrement organique et saturé des VHS des années 90. Une rencontre artistique presque fortuite : « Le réalisateur nous a planté à la dernière minute, je l’ai appelé pour qu’il nous sauve la mise. Au final, ça donne un clip assez cool. » C’est ce même Lamson Nguyen qui s’est improvisé producteur de l’Ep, bricolé dans un local de répétition de 25 m² sans cabine studio, avec du matériel prêté. « Pour moi c’est un peu un génie, on lui doit beaucoup sur la prod’ ».

Loin de se satisfaire de ce premier jet, les trois titres de l’Ep sont presque conçus comme le teaser d’un futur album qui devrait cacher quelques surprises : de la fuzz, un son nerveux et tendu avec quelques envolées soul, « quelque chose entre Deerhunter et King Gizzard ». De quoi s’échapper d’une influence brit-pop 90’s qui pourrait enfermer Pales dans la case des groupes nostalgiques. Laurent s’en défend :

Je vois des groupes qui ont une moyenne d’âge de 25 ans et tentent de se raccrocher à cette image très codifiée des années 90. C’est marrant mais nous, c’est ce qui nous a réellement construit puisqu’on l’a vécu. On n’a pas cherché à ressembler à quoi que ce soit.

Si l’on reproche à l’époque actuelle de trop regarder en arrière en alignant les revivals 60’s, puis 70’s, et plus récemment 80’s, c’est peut-être que l’on oublie que cela a toujours été ainsi : « Il ne faut pas oublier que nous, dans les années 90, on était obnubilés par les années 80. Aujourd’hui, c’est une génération qui a digéré pas mal d’influences, les gamins écoutent autant de rock que d’electro ou de rap, c’est moins cloisonné. »

Inspiré par la scène actuelle, il site King Gizzard, Lemon Twigs, King Krule ou Foxygen comme référence, et s’offre quelques détours du côté de Frank Ocean. « Nous, tu avais le metal d’un côté, le hard rock ou la pop de l’autre, ça ne se mélangeait pas. » Un cloisonnement que l’avènement des réseaux sociaux du 21 ème siècle a fini par dynamiter, au prix de fâcheuses postures. « Pour être un gamin cool, il faut paraître cool, il faut travailler son image. Ça devient un non-sens. »

De cette lucidité presque paradoxale – Pales n’échappe pas à cette règle en étant présent sur Facebook et Instagram pour exister, émane une réflexion intéressante sur l’équilibre entre modernité et passéisme, authenticité et posture qui devrait se traduire par un album, on l’espère, intelligemment moderne.

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