Par Compagny

Part Company : voyage voyage

Par le 13 avril 2017

Yoël et Damien ont vécu leur enfance en itinérance et ont construit leur destin commun à distance. Le premier entre New York et Bogota, le second entre l’Australie et Londres, pourtant c’est au collège international de Lyon qu’ils se rencontrent au début des années 90 et commencent d’instinct à faire de la musique ensemble. Après deux EPs en 2011 et 2016, ils sortent enfin leur premier album, Seasons, mûri ces quatre dernières années au gré de leurs déplacements. Baroudeur un jour, baroudeur toujours !

Impossible pour Yoël ou Damien de se souvenir de leur premier contact. « Ça devait être autour de l’alcool ou de la drogue », plaisantent-ils. Adolescents branleurs, en prise contre l’autorité, ils n’étaient pas mauvais élèves mais avaient plutôt tendance à se reposer sur leurs acquis et préféraient faire illusion en lisant Camus au lieu de céder au jeu de la concurrence. Ils ont tout de même décroché une mention au bac, de quoi égratigner gentiment leur image de jeunes rebelles, plus occupés à rechercher l’ivresse des premières fois que de bons résultats. Une manière aussi de sceller leur amitié pour longtemps, même loin des yeux, loin du cœur. « On n’avait pas de limites et puis on a commencé le yoga, s’amuse Damien. Il fallait bien ça pour nous sauver ! » Et Yoël d’ajouter : « On est devenus végétarien avant que ce soit à la mode et on fait beaucoup de sport… On est passé de Un singe en hiver au Mépris. On a des vies ennuyeuses en fait (rires) ! »

Les deux partenaires de crime sont oisifs et rêveurs, à l’image de ces animaux sur leurs visuels qui contemplent l’horizon. Des perruches, des poneys, des chats et des shibas se relaient pour personnaliser leur duo d’une manière différente. Cute et kitsch ! Un coup de génie marketing – puisqu’on est obligé de fondre devant autant de mignonnerie. Ils ont découvert le travail des artistes Mazaccio & Drowilal par l’intermédiaire de leur premier soutien, Pierre « Gros » Le Ny, manager de The Shoes et Woodkid et directeur artistique du label Gum. Mais comment passe-t- on au juste d’une gravure de Gustave Doré, sur la pochette de leur premier EP, à ces couples d’animaux ?

« Il y avait déjà un animal chez Gustave Doré mais c’était nettement plus sombre. Pour cet album, on avait envie de quelque chose de plus coloré pour retrouver le côté flashy qu’on avait déjà développé dans nos clips. Sans tomber non plus dans un truc « pastel » ou « folkeux ». L’idée c’était de proposer un truc décalé qui nous amusait ! »

Comme leurs avatars, ils se sont mis à la méditation et ça se sent tant visuellement que musicalement ! « Nous sommes à la recherche d’un lien cosmologique, pour un oubli de soi ou au contraire pour se rapprocher d’une douleur. Quand on écoute une musique qui nous touche, ça rejoint cette sensation, très visuelle. » Damien, qui écrit les textes, avoue à demi-mot exorciser un deuil :

« On pense qu’il s’agit d’une histoire d’amour entre moi et une fille, mais c’est plus l’histoire de moi et d’une personne que j’ai perdue. »

 

Dans ce contexte, les deux garçons se sont retrouvés souvent à la campagne ces dernières années pour enregistrer l’album. Ils se sont réfugiés dans la maison de famille de Yoël à Saint-Cézaire- sur-Siagne dans les Alpes-Maritimes. Un village perché à 483 mètres d’altitude avec vue sur la vallée de la Siagne, les montagnes et les oliviers. Un environnement inspirant et créatif devenu leur havre de paix ! Si vous tendez l’oreille vous pourrez même entendre les oiseaux chanter. « C’est une prise qu’on a réalisée les pieds dans la neige », précise Yoël.

Les quatre saisons sont représentées, de l’été jusqu’au printemps. A vous d’imaginer les transitions entre les morceaux. « On a fait deux sessions d’un mois ou deux en plein hiver pour la première fois, explique Yoël. La pièce où on fait de la musique est une ancienne bergerie. Les murs sont tellement épais que ni le réseau ni le chauffage ne fonctionne (sourire). » Damien a chanté en manteau et bonnet vissé sur le crâne. « C’était l’enfer (rires) ! Mais ça a beaucoup de charme. La nuit, tu te sens vraiment seule. On a même surpris des sangliers dans le jardin. » Une partie de l’album a aussi été enregistrée entre Berlin et Nice. Le groupe multiplie les pied-à- terre. Sans compter le mixage, réalisé à Londres par Luke Smith (Foals, Depeche Mode). Depuis, Damien s’est sédentarisé dans le bassin niçois avec sa femme et son fils et conserve des attaches dans le Limousin d’où viennent ses grands- parents. Yoël, qui a habité la capitale allemande, n’attend qu’une chose, pourvoir repartir !

VOISINS DES STROKES

Globe-trotter, sans patrie ou presque, le duo a partagé un appart’ à Nice puis construit son style à distance par échange de mails. Psychédélique diront certains même s’ils ne sont pas tout à fait d’accord avec ça :

« On a beaucoup écouté Soft Machine, les premiers albums, mais ça ne se ressent pas trop dans notre musique. On nous en parle beaucoup mais on n’essaie pas de se positionner dans un revival sixties. »

Loin des Tame Impala à qui on les compare souvent, on pense d’instinct aux Strokes, en particulier sur les morceaux « Manfred », « Vartan » et « Don’t Dance », dans le traitement de la voix ou la production. « On adore les Strokes ! Mais on ne peut pas à proprement parler d’influence parce qu’on est à peu près de la même génération. Ce n’est pas ce qui nous a marqué ado, c’est plus des collègues (rires). » Ils ont grandi en écoutant le Velvet Underground et Lou Reed. Damien et Yoël, qui ont respectivement appris le piano et la guitare, ont composé d’instinct leurs propres morceaux plutôt que d’essuyer les plâtres avec des reprises. Guidés de leur propre aveu par « un égo démesuré » ! Ils ajoutent : « Jouer des reprises ne nous a jamais effleuré. On devait avoir des choses à dire (rires). Y avait cette énergie vitale entre nous qu’on ne peut pas expliquer. »

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Chacun son bagage musical qui donne toute sa dimension à leur musique. Damien découvre le rock australien des années 80 via son père. « Je lui dois tout, résume-t- il. Des groupes comme The Go- Betweens, The Church, The Saints m’ont vraiment marqué dans la façon de chanter. Mon père écoutait aussi beaucoup de musique folklorique marocaine mais je ne sais pas si ça a influencé ma musique. » Yoël, lui, grandit au rythme de la cumbia et de la salsa, omniprésentes en Colombie, « jusque dans les taxis où ils écoutent ça à fond la caisse ! ». C’est cette légèreté qu’il trimbale sac au dos depuis le premier jour. Plus ludique qu’académique, leur musique naît de multiples collages et découpages pour éviter, selon eux, de tomber dans le classicisme. En live, ils vont plus loin puisqu’ils promettent un set plus électronique, avec l’envie de surprendre leur public, toujours ! Yoël et Damien sont une famille et pourraient supporter de se voir seulement une fois par an s’il n’y avait pas la musique. Espérons pour eux et pour nous qu’ils continuent de se montrer créatifs !

En concert le 21 avril à Bourges (Le Printemps de Bourges)

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