La voix internationale de Charlotte Cardin

Par le 11 octobre 2017

Vous avez déjà pu l’apercevoir dans nos colonnes au détour d’une session live réalisée par nos soins et publiée sur notre page Facebook. C’était début septembre dans l’écrin fleuri de la bibliothèque de l’hôtel Joséphine, situé derrière le Moulin Rouge et dont la déco rappelle les années folles. La Montréalaise Charlotte Cardin était de passage à Paris pour présenter son nouvel EP Main Girl et donner un showcase confidentiel au Generator Hotel (live report et photos ici). Actuellement en tournée américaine avec Nick Murphy fka Chet Faker, elle sera en concert au Canada en mars 2018. En France, on l’attend de pied ferme !

« Ouvrez vos cœurs à mes ruptures », dit-elle en ouverture de ses concerts. Charlotte Cardin ne bluffe pas. Surtout pas en musique. « Il y en a définitivement une qui m’a inspiré les chansons », relève-t-elle. Elle en garde une fragilité dans la voix et cultive ce timbre rauque et éraillé depuis qu’elle est toute petite – elle a pris des cours de chant pendant dix ans. Son matériel musical est composé à 50-50 de moments volés au tout-venant, mais porte de plus en plus l’empreinte de sa propre vie. « Je suis intéressée par les gens en général et par les relations d’humain à humain, qu’elles soient amicales, familiales ou amoureuses. C’est souvent à partir de ces expériences que j’écris des chansons. » Elle chante le désir, la jalousie, le pouvoir avec une sensualité presque nostalgique. À 22 ans, elle attend d’une relation à l’autre qu’elle la déstabilise

« Ce qui me plaît le plus chez les gens, c’est leur capacité à nous désarmer. A nous prendre au dépourvu. »

Elle dit ne pas avoir le goût de se censurer, mais conserver quand même une certaine gêne quand on touche à l’intimité de sa vie privée. Elle l’a appris à ses dépens, en postant une photo de son amoureux sur Instagram. L’info lâchée, puis relayée, ne tardait pas à éclipser du référencement google son projet musical. « C’était il y a un bout de temps, on ne m’y reprendra pas ! », lâche-t-elle. Charlotte Cardin a retenu la leçon et préféré en faire une chanson « Talk Talk ». « Je me livre beaucoup dans mes chansons, sous couvert d’universalité, mais en entrevue, je ne parle jamais de moi intimement. Je tiens à séparer ma vie professionnelle de ma vie privée. » Elle publiait l’année dernière un premier EP Big Boy au Québec. Ici en France, elle a sorti Main Girl, version augmentée de trois titres – « Main Girl », « Paradise Motion » et « The Kids ». Se dégage de sa musique, une vraie intensité, baignée d’une certaine noirceur. « Il y a de vieilles chansons que je ne sortirais jamais parce qu’elles sont tristes et torturés. »

La jeune Canadienne n’est pas qu’un joli visage. La musique lui a donné une voix. Cette jeune native de Montréal vocalisait enfant sur Céline Dion et se découvrait une passion pour la musique. A 12 ans, elle poste sa première vidéo sur YouTube, une cover de Christina Aguilera. « J’avais encore mes broches », sourit-elle. La modernité ne lui fait pas peur. Elle profite de cette nouvelle génération de plateformes musicales, même si à cette époque, elle n’avait pas encore l’ambition de se faire connaître. « C’est génial de traverser les frontières en un clic. Je ne me serais jamais fait entendre aux Etats-Unis ou en France si je ne vendais que des CDs. Moi-même, j’écoute plus de musique que je n’en ai jamais écoutée et ça m’inspire. » Ça lui aura surtout servi à approcher les labels Atlantic US et Parlophone France (des filiales de Warner), qui lui offrent la possibilité de se faire connaître le plus loin possible. Ambitieuse, elle l’avoue, être jalouse de la carrière de Céline Dion, qui a décidément toutes ses faveurs. Fierté nationale oblige !

« Au Canada, nous entretenons un lien viscéral avec nos artistes et Céline a su faire briller le Québec partout dans le monde. Elle a à peine étudié et a réussi à bâtir un empire avec une voix merveilleuse, alors qu’elle venait d’un milieu très populaire. Elle est très disciplinée et s’est vraiment dévouée à sa carrière. C’est une femme remarquable, elle a tout pour me séduire. »

SOIS BELLE ET SURTOUT NE TE TAIS PAS !

Côté look, on est moins dans la surenchère. Un rien l’habille. Un jean brut, un chemisier blanc et des baskets comme uniforme de tous les jours. Un peu Charlotte Gainsbourg, belle au naturel, attitude cool. « J’ai toujours aimé la mode, mais je ne suis pas une « fashionista » à l’affût des nouvelles tendances. J’aime les choses simples.  Sur scène, c’est idem, je ne suis pas si différente de celle qui boit un verre avec ses potes. C’est important pour moi de donner l’image de ce que je suis dans la vie. » Charlotte Cardin a joué à être habillée, maquillée, coiffée de mille façons différentes quand elle était mannequin – elle est apparue dans les campagnes publicitaires de Lancôme ou Barilà. Moins une passion qu’un gagne-pain, elle court les défilés dès l’âge de 15 ans.

« Je ne me suis jamais sentie aussi « insecure » qu’à l’époque où je faisais du mannequinat. Tu es juste un corps, un visage, dénué de personnalité. Je disais oui à tout même si j’étais parfois mal à l’aise. C’est paradoxal parce que ce sont souvent les filles qu’on admire le plus qui font la couverture des magazines. »

Elle n’a pas aucun regret, mais plus la musique prenait de la place dans sa vie, moins le mannequinat s’imposait. Elle a arrêté il y a deux ans, soulagée de ne plus avoir à faire de compromis. « Ça n’a jamais été une priorité ni quelque chose que j’ai vraiment aimé faire. Mais ça m’a permis d’avoir une certaine liberté créative. Je pouvais travailler mes textes, mes chansons, sans avoir de revenus dans la musique, et continuer mes études en parallèle. » Elle a grandi à Ville Mont-Royal, une banlieue en plein cœur de la ville de Montréal. Ses parents sont des scientifiques, sa mère est épidémiologiste et son père, agent de brevets en biotechnologie. Avec sa sœur, journaliste, elles ont emprunté une tout autre voie. Quand elle participe à l’émission La Voix (l’équivalent de The Voice), elle n’a qu’une expérience minime de la scène, soit quelques représentations devant des parents d’élèves dans le cadre des « talents shows » organisés par son école. Une institution au Canada et aux Etats-Unis. Pas du tout dans l’esprit kermesse qu’on connaît en France.

© Thomas Saminada

Il s’est passé cinq ans depuis sa première expérience télévisuelle, riche d’enseignements, notamment dans sa gestion du stress. « Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment le trac », dit-elle sans sourciller. Entre temps, elle a terminé son Cegep en sciences, sans vraiment savoir où elle allait musicalement. Elle s’épanouit aujourd’hui dans un style pop sous influences électro et jazz.

« J’ai pris mon temps pour me trouver en tant qu’artiste. Il n’y a pas eu de mauvaises idées, juste des mauvaises chansons, qui m’ont permis d’aller ailleurs par la suite. »

Elle a hérité son goût du groove d’Aretha Franklin, Stevie Wonder, mais aussi des chanteurs pop qu’elle écoutait en grandissant, sans pour autant céder aux sirènes de l’industrie musicale. « Quand on écoute la radio, on a l’impression que la plupart des chansons ont été réfléchies plutôt qu’inspirées. Il y a un format à respecter. On ne met pas forcément l’accent sur les voix, mais sur une production destinée à faire danser les gens. Ça ne m’intéresse pas. Je trouve que ça manque de cœur. » Elle aime aussi les mélodies plus langoureuses à la Radiohead, qu’elle adore. « Je veux faire une musique authentique à ce que je suis. » Ça veut dire revendiquer son statut d’auteur-compositeur à quiconque chercherait encore le garçon derrière elle.

« Quand tu es une femme et que tu montes sur scène pour un gala, on ne te parle pas de ta musique, juste de tes tenues ou de ton maquillage. »

Sois belle et tais-toi en somme, ce qui n’est pas valable pour elle. Elle profite de sa notoriété naissante pour s’associer à l’Auberge Madeleine, un foyer pour femmes battues ou en prise avec l’addiction. « J’ai eu une enfance des plus heureuses, mon seul petit désavantage, c’est d’être une femme. Ça me semble plus juste de m’associer à la cause des femmes. » D’une candeur impressionnante !

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