Refuge x Little Lions

REFUGE : Le plaisir d’être autonome

Par le 23 juillet 2017

En octobre, nous vous présentions Refuge avec la sortie de leur deuxième clip, Winter Children, extrait de Brokenbird, premier EP transcendant sorti en avril 2016. Neuf mois plus tard, Refuge continue de grandir pas à pas, bien entouré par une bande de talentueux artistes bienveillants avec lesquels il vient de créer le label indépendant Gentil Records pour sortir une compilation et organiser une tournée estivale à travers la France.

Little Lions Magazine : Raconte-nous comment est né Gentil Records ?

Refuge : En fait, c’est simplement qu’avec mes amis Igor (qui joue dans Refuge) et Malvina, qui ont chacun leur projets (LouxorMalvina Meinier), ça faisait quelques temps qu’on se regroupait pour faire des co-plateaux, ou partir en résidence à la campagne pour écrire les titres de nos prochains disques respectifs. Ça nous a paru assez naturel d’officialiser ce travail avec une structure qui nous permettrait de sortir nos disques si besoin, et de mettre en avant nos projets communs, mais aussi ceux de gens qu’on aime (Lonny Montem par exemple). On travaillait aussi de plus en plus sur la promo des uns et des autres, nos stratégies, ou plus globalement sur le développement de nos projets à tous. Gentil Records est une façon de centraliser tout ça, et on l’officialise avec la sortie de notre première compilation qui symbolise un peu la croisée de nos chemins.

D’ailleurs, on a pris la photo de la pochette sur une aire d’autoroute, en rentrant de résidence. Ca n’avait aucun sens, on a demandé à la vendeuse de nous prendre en photo devant des paquets de chips alors qu’on était crevés. Ça rend la photo un peu symbolique d’un moment clé et même si c’est kitsch à mort, ça nous fait plaisir de la mettre en avant !

LLM : et cette fois, vous partez même en tournée tous ensemble ?

Refuge : Oui, une tournée à 4 avec RefugeLouxorMalvina Meinier Lonny Montem, pour des showcases à partir du mercredi 19 juillet jusqu’au 5 août, un peu partout en France, avec une dizaine de dates pour présenter nos projets. Ca va être cool. Comme on ne part pas avec nos formations complètes, on s’accompagne les uns les autres. Avec Malvina, on fait des chœurs sur le projet de Louise, et Louise et moi sur le projet de Malvina par exemple, ou Igor qui fait les machines sur le mien. C’est assez marrant de mutualiser tout ça.

LLM : Et ensuite, vous allez jouer au Québec ?

R : Oui, on part avec Louise pour faire quelques concerts, de Montréal jusqu’à Québec. Ça va être aussi une expérience vu qu’on mélangera dans le même set ses chansons et les miennes et cette idée nous plaît beaucoup. À la base, Louise partait quoiqu’il en soit pour voir son frère qui habite là-bas et elle m’a proposé de venir faire quelques concerts. Après, on a été aidé par un contact local qui nous a vu en concert aux Trois Baudets en 2015, Florent Bony, qui œuvre beaucoup pour les échanges d’artistes entre le Québec et la France, qui a accepté de nous donner un coup de main en bookant des dates. Du coup, on repart du 15 août au 5 septembre, donc on aura 10 jours après la tournée Gentil pour préparer notre set à 2 avant de prendre l’avion.

C’est un peu comme si on avait la fin du monde, ou son avenir, sur nos épaules et qu’on se demandait ce qu’on peut faire de ça.

LLM : Parallèlement aux tournées, tu prépares un nouveau disque ?

Refuge : Oui, on enchaine d’ailleurs avec l’enregistrement de l’album en rentrant, enfin ! J’ai commencé à travailler dessus en septembre dernier. Tout le disque a été écrit pendant ces moments de résidences d’écriture entre copains dont je parlais plus tôt. On a fait une session en septembre, en décembre, en février, en avril et en juin. J’ai 10 titres pré-produits, pour un album qui s’appellera Hunger. C’est un projet qui fait sens pour moi parce qu’après mon premier disque sorti, je me sentais plus libre pour vivre de nouvelles choses, je me sentais plus ouvert. Mon premier disque était très introspectif, ou sur les relations dysfonctionnelles… C’était une manière de mettre derrière moi certains trucs du passé, les digérer et avancer. Hunger sonne au contraire comme une faim de vivre, de découvrir, d’apprendre. Cette envie de s’ouvrir est arrivée avec plein de choses actuelles. J’avais sorti mon disque en avril 2016 et on était en plein dans les attentats, la crise des migrants, l’élection de Trump, la campagne en France, et plein de choses qui sont arrivées à la surface que je n’étais pas tout à fait prêt à avaler. En même temps, je lisais beaucoup pour m’inspirer. Des auteurs de théâtre comme Wajdi Mouawad, ou des bouquins qui traitent pas mal de l’homme et son rapport à son environnement, son rapport à la terre. Laurent Gaudé écrit beaucoup sur ça, et ça m’a beaucoup touché. En même temps, j’ai découvert les photos de Sebastião Salgado, un photographe brésilien. J’ai donc écrit sur tous ces éléments et inspirations pour au final avoir 10 chansons qui forment une sorte d’état des lieux d’une jeunesse qui se retrouve devant des enjeux qui la dépassent complètement. C’est un peu comme si on avait la fin du monde, ou son avenir, sur nos épaules et qu’on se demandait ce qu’on peut faire de ça.

Souvent, je me fais aussi la réflexion qu’à 100 kms d’intervalle, il y a des gens qui ont le même âge que moi mais dont les vies n’ont rien à voir. J’ai rencontré une photographe / reporter, Marie Magnin, assez engagée humainement, qui a une forme de délicatesse dans son style. Elle propose une vision en montrant simplement ce qui se passe ailleurs, sans imposer de leçon de morale. Du coup, j’avais très envie qu’on bosse ensemble sur cette question et on est parti sur l’idée de faire une série de photos en rapport avec le disque.

© Marie Magnin

LLM : Ca devrait aussi donner de la belle matière pour de nouveaux clips ?

R : Oui, d’ailleurs, avec Auguste Bas qui a réalisé mes clips, on s’est vu il y’a quelques jours pour évoquer le prochain, et on est parti super loin en se disant qu’on pourrait voyager pour le tourner et faire des photos en s’éloignant de Paris, et même sortir de France. Finalement, louer du matos et engager une équipe à Paris, ça demande un certain budget et c’est frustrant pour une chanson qui appelle à de grands espaces. Alors qu’en partant à 3 avec Marie la photographe et Auguste avec sa caméra, ça revient à peu près au même financièrement. Et à partir du moment où tu filmes dans un endroit où le cadre est beau, la lumière est belle, donc tu n’as plus besoin d’avoir 15 personnes !

LLM : J’imagine que cette ouverture va aussi se sentir dans les sons que tu vas utiliser dans l’album ?

R : Oui. Pour l’instant j’ai tout pré-produit seul donc la démarche a changé par rapport au premier disque. Au lieu de faire des chansons qui ont été écrites pour la scène et se sont adaptées à un CD, il y a de vrais partis pris sur la forme à la base, qui seront ensuite adaptés pour la scène avec les musiciens. Du coup, comme l’idée était de s’ouvrir sur le monde, j’ai écouté pas mal de musiques instrumentales de partout, des chants bulgares aux instruments indiens. Ça restera pop mais un peu plus ethnique avec des flutes arméniennes, du hang, des chœurs assez fous, j’aimerais bien une harpe aussi, des gros tambours, etc…

Ce qui est excitant aussi, c’est qu’avec les photos, on rentre dans un projet pluridisciplinaire où l’on pourrait faire un vernissage avec une exposition des photos en même temps qu’un showcase. Ça me fait du bien d’imaginer ce genre d’ouvertures car ça nous sort d’un milieu hyper codé où l’on te dit « pour ton style de musique, il faudrait que tu fasses cette salle, celle là, celle-ci, etc… » alors que j’apprécie de plus en plus la sensation d’être autonome, comme pour la tournée Gentil où l’on jouera chez des disquaires indépendants qu’on a choisi et démarché nous-mêmes. Et puis c’est toujours plus intéressant aussi de se lancer dans des projets ambitieux et créatifs comme celui-là. Quand on fait des réunions pour en parler, on a presque l’impression de jouer comme quand on a 11 ans, vu qu’on n’arrête pas de faire des plans sur la comète ! Et c’est excitant aussi d’essayer de les réaliser par la suite.

À la base, je me disais : « tu sors ton premier disque, si ça marche, trop bien, si ça marche pas, tu te casses, tu changes de pays et tu recommences ailleurs ! » Et finalement, je me suis rendu compte que ça ne marche jamais ni bien, ni pas du tout, mais que ça avance un peu plus à chaque fois, qu’on passe des étapes petit à petit, au fur et à mesure que tu construis ton projet, ton identité.

LLM : C’est dans cet état d’esprit que tu as vécu tous les projets de cette année ?

R : Oui, c’était cool comme année. À la base, je me disais : « tu sors ton premier disque, si ça marche, trop bien, si ça marche pas, tu te casses, tu changes de pays et tu recommences ailleurs ! » Et finalement, je me suis rendu compte que ça ne marche jamais ni bien, ni pas du tout, mais que ça avance un peu plus à chaque fois, qu’on passe des étapes petit à petit, au fur et à mesure que tu construis ton projet, ton identité. Et du coup, ça a été une drôle de prise de conscience car maintenant, je crois que je me suis beaucoup attaché à ça et j’adore profiter de chaque étape pour en apprendre un maximum. Cette année, ce qui était cool, c’est que plein de choses se sont rajoutées petit à petit. Ça a commencé avec les concours avec le Ricard Live SA (Refuge a terminé dans les 10 finalistes) ou Esprit Musique, avec lesquels on a passé de chouettes moments et qui ont fait une petite émulation. D’ailleurs, on était très content d’aller faire la vidéo Ricard des finalistes. Dans le même temps, j’ai commencé à bosser avec ma manageuse, Doriane, ce qui m’a aussi aidé à évoluer en apprenant à travailler avec quelqu’un, à départager un peu les tâches sur le projet, à déléguer un peu tout en ayant un autre regard. Apprendre à écouter aussi.

Sinon, on a bien sûr fait beaucoup de concerts, des premières parties, comme celle d’Emily Loizeau à Gap dans les Hautes-Alpes. C’était le jour des départs en vacances au ski, après avoir dormi 2 heures, et on a passé un super moment mais le trajet était un peu fou à partir à 5 heures du matin et arriver à 17h pile pour les balances ! Après, on est allé en Angleterre pour 3 concerts, 2 à Londres et un sur la cote. C’était chouette d’expérimenter d’autres oreilles, surtout des anglophones, et les chansons ont été bien reçues, on a eu de bons retours. On a rencontré des gens intéressants, c’était une bonne expérience et je pense qu’on y retournera l’année prochaine si tout va bien. Après, il y’a eu la première partie de Slimane, qui était un grand moment de découverte ! C’était drôle parce que les gens qui allaient voir Slimane étaient très sympa et bienveillants, le public dégageait vraiment un truc cool mais par contre, on se sentait comme des punks ! Je fais quand même une musique qui reste accessible, c’est de la pop, et les gens applaudissaient hyper fort après chaque chanson… Mais quand je m’arrêtais sur certains visages pendant qu’on jouait, j’avais l’impression qu’ils essayaient de comprendre des trucs hyper compliqués ! A la fin, certains sont venus me voir en me disant que ça leur faisait penser à Pink Floyd ! Du coup c’était marrant, ils nous ont trouvé un côté hyper barré alors que bon, je ne pense pas qu’on soit dans la musique expérimentale quand même ! (rires) Donc c’était intéressant de jouer pour ce public là. Quelque part, ça m’a confronté dans l’idée que Nouvelle Star (dont Florian alias Refuge a été finaliste en 2013) et mes chansons n’avaient pas grand chose à faire ensemble.

Certains sont venus me voir en me disant que ça leur faisait penser à Pink Floyd ! Du coup c’était marrant, ils nous ont trouvé un côté hyper barré alors que bon, je ne pense pas qu’on soit dans la musique expérimentale quand même (rires) !

LLM : Donc tu ne vas pas refaire Nouvelle Star cette année ? (rire)

Refug : Non ! Breaking news ! En plus, ils m’ont contacté… Alors que je pensais que si j’avais bien gagné une chose en faisant la nouvelle star, c’était qu’on ne me re-propose pas de le faire ! (rire)

LLM : Vous étiez au Printemps de Bourges aussi ?

R : Oui, juste après, y’a eu Bourges. C’était un peu la mission parce qu’on jouait 2 fois donc c’était un peu la journée de star overbookée où tu arrives pour faire les balances, ensuite tu fais des interviews, des radios, ensuite tu joues ton concert, ensuite tu repars pour ton deuxième concert jusqu’à 23 heures. Je me suis levé à 11 heures le lendemain et j’avais l’impression d’avoir fait la plus grosse soirée de ma vie, j’étais hyper fatigué après ça !

LLM : Ensuite, il y avait eu le Disquaire Day. Tu peux nous en parler ? C’est un peu ce qui vous a poussé à organiser la tournée chez les Disquaires cet été ?

R : Oui le Disquaire Day, c’était juste après Bourges. C’est un événement qui fête le disque, où les artistes sortent des inédits, et les disquaires ressortent des raretés de leurs placards, organisent des showcases, un peu partout en France et même ailleurs. On a fait ça dans un endroit très cool dans le 11ème, La Passerelle.2, qui est tenu par un mec génial, Daniel. Il fait tout pour les artistes avec des showcases, des conférences ou même des apéros networking pour que les artistes se rencontrent entre eux. Il nous avait laissé carte blanche ce jour là et on avait organisé le premier showcase avec Lonny, Malvina, Louxor, et un autre projet de potes : 20h01, donc c’était un peu les prémices de la tournée qui vient.

Vous pourrez donc voir Refuge et les autres artistes de Gentil Records à travers la France et le Québec tout l’été :

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