Rencontre avec Fakear

Par le 18 octobre 2013

C’est à l’abri de la pluie lilloise que nous avons rencontré Fakear, jeune talent prometteur de la scène caennaise, avant sa prestation (et celle de TuRnStEaK) à la Cave aux Poètes à Roubaix. L’occasion de le découvrir aussi à l’occasion de son concert ce soir au Mama Event à Paris.

De ton éveil musical jusqu’au trip-hop, en passant par le rock, peux-tu nous donner quelques détails sur ton parcours musical ?

Je triche un peu à la base car mes deux parents sont profs de musique : je suis tombé dedans quand j’étais petit. J’ai commencé à faire la musique quand j’avais cinq/six ans, j’ai fait de la flûte à bec, du solfège, du saxo. Je me suis mis à la guitare en autodidacte à partir du lycée et j’ai eu des groupes de rock, comme tout lycéen. Puis est venu l’électro en terminal, en écoutant des groupes comme Archive ou Massive Attack qui font vraiment le pont entre le vieux rock et l’électro plus pointue. J’ai fait tout mon lycée avec Superpoze, on était super potes et on avait un groupe de rock ensemble. On s’est fait découvrir des artistes comme Bonobo, RJD2 ou DJ Shadow et je me suis mis à composé dans mon coin. Je suis pas à l’affût de tout ce qui sort, je suis plutôt resté à mes classiques : les Pink Floyd, Led Zep etc. Mais j’essaye de condenser toutes ces influences, de faire une musique qui soit vraiment cohérente et l’expression de ce que j’ai dans les tripes.

En tant qu’étudiant en musicologie, la culture musicale mais aussi technique doit avoir une place centrale au cœur de ta production. Quelle conséquence cette formation solide a-t-elle pu avoir sur ta musique ?

Ça n’a pas vraiment d’impact sur ce que je vais sortir au final. En revanche, maintenant, j’arrive à analyser mes morceaux, c’est à dire que je vais réussir à comprendre ce que je fais et pas juste poser mes doigts sur un clavier. C’est plutôt d’un point de vue théorique. Après, le fait d’écouter pas mal de musique classique a une petite influence au niveau des thèmes, des structures, des suites d’accords.

 As-tu déjà envisagé d’ajouter ta voix à ta production ?

A la base je faisais ça, en réalisant mon rock chez moi. Je commençais à découvrir la MAO (musique assistée par ordinateur), je faisais des morceaux avec ma guitare et ma voix. Au bout d’un moment, j’ai lâché ma voix parce que je n’étais pas capable de faire ce que j’en avais envie. Du coup, je me suis mis à utiliser la voix des autres. C’est pour ça qu’il y a toujours de la voix dans mes morceaux, c’est comme un rappel, toujours dans le même mode d’enregistrement qu’avant, sauf que ce sont des voix différentes.

Peux-tu nous parler de ta démarche technique en live ? Est-elle la même que Superpoze par exemple ?

Matériellement, ce qui va être différer, c’est que j’ai un pad de batterie en plus sur scène, ce qui permet de rajouter un côté un peu live. L’autre différence vient du fait que mes deux pads sont penchés vers le publics pour qu’ils voient ce qui se passe et ce que je fais vraiment avec mes doigts. J’en ai deux et je peux switcher de l’une à l’autre pour jouer différents sons. Après, on fonctionne globalement avec le même matériel, la MPD (Music Player Daemon), une surface de contrôle qui va piloter des sons qui sont sur un logiciel de mon ordinateur.  On a la même méthode : il y a un fond, un tapis sonore qu’on a composé d’abord chez nous qui est préétabli. Donc un morceau dure le même temps en studio et en live. Mais on a une marge d’improvisation au niveau de nos samples. On joue vraiment la mélodie en live.

Tout en te basant sur un socle trip-hop, on perçoit dans ta production de nombreuses sonorités orientales dans des morceaux comme Hinode, le remix de Pavane de Superpoze, le DJ set Indian ou encore dans le titre Welcome to Japan. Pourquoi un tel choix ?

Ça vient à la base de mes influences de la world music. Ce n’est pas que le Japon d’ailleurs qui plus d’un délire, à un moment donné où j’ai trouvé ces sons-là jolis. Mais si on vient me voir en live, on réalise qu’il y a plein plein de sons différents du Moyen-Orient ou encore d’Afrique. J’adore aussi par exemple tous les samples et sons qui viennent du Gospel mais je trouve que ça a déjà été hyper utilisé. Du coup, j’aime bien mettre l’accent sur des sons beaucoup plus exotiques, ça me touche plus.

Tu fais partie de la scène musicale caennaise, scène en ébullition. Quel est ton point de vue sur cette scène, son organisation et sur le rôle que peut jouer le label et projet Combien Mille dans ce dynamisme ?

A Caen, tout est mélangé. Il y autant les Concrete Knives, les Granville que Superpoze, Baadman ou moi. On gravite tous un peu autour de la salle de Caen, le Cargö, qui fait un super boulot d’accompagnement d’ailleurs. Combien Mille a été un projet crée entre autres par Superpoze au moment où il a commencé à grimper. A la base, on faisait de la radio avec lui et c’est un délire qui est venu de là, de l’idée de créer quelque chose qui soit très interactif. Il l’a crée avec deux potes à lui qui étaient à l’école des Beaux-Arts. Leur but était de créer des CD, des beaux objets d’artistes signés sur ce label. Du coup ils ont fait ça pour Superpoze, ils ont refait ça pour son EP. En ce qui me concerne, ils ont réalisé une petite vidéo ou encore la pochette de Morning in Japan. A la base, c’était quelque chose de local. Moi je suis un peu un astéroïde qui gravite autour parce que je suis aussi à Paris donc même si je connais tout le monde assez bien, j’ai un peu moins de lien que Superpoze peut avoir avec la scène caennaise.

Courant novembre, tu sors ton quatrième EP, Dark Lands. Pour la suite tu vas continuer à fonctionner par EP, à te construire par le live ou as-tu un projet d’album ?

Pour l’instant, l’EP c’est un format qui me va bien parce que je produis beaucoup. Un album c’est vraiment un projet en soi avec un fil conducteur. Pour le moment, je n’ai pas ce fil conducteur et je n’ai pas l’envie et la matière pour créer un album. C’est peut-être un projet pour plus tard mais pour l’instant je compose très spontanément et c’est pour ça que j’aime bien la forme de l’EP.

Entre le tremplin AOC de Normandie, le festival Beauregard 2013 ou encore tes prochaines Trans Musicales : quel regard portes-tu sur ton parcours notoire ?

Ça me dépasse complètement, comme pour Morning in Japan playlisté sur Nova. Mon label et mon tourneur ont fait un super boulot et  j’essaye vraiment de prendre du recul par rapport à ça et de garder l’innocence que j’avais au début pour composer les morceaux, pour ne pas essayer de rentrer dans un espèce de délire. Il y  a une attente de la part d’un public mais je vais essayer de continuer à tracer ma route et d’être moi-même pour créer la surprise ou la déception. Pour l’instant c’est vraiment spontané, je n’ai pas pris le temps de me poser et d’y réfléchir. Je vis les trucs au jour le jour. Par exemple, les Trans Musicales c’est une date qui me met beaucoup de pression mais je pense que ça va être une superbe occaz’.

Pour finir, qui tourne en boucle dans ton MP3 en ce moment ?

Les albums Glow de Jackson and his Computer Band et II de Moderat.

Merci à Fakear pour avoir répondu à nos questions.

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