Rencontre avec First Aid Kit

Par le 11 décembre 2014

Il y a quelques temps, les deux sœur suédoise Johanna et Klara Söderberg du duo First Aid Kit étaient de passage à Paris, au Café de la Danse. Dans une salle comble, elles nous ont présenté leur tout nouvel album « Stay Gold »  paru en juin 2014. Un album mûr, toujours bercé des influences folks et country que nous aimons, qui nous déverse ses chansons comme si l’ont prenait un train en marche, filant furieusement à travers les plaines et les forêts.

La veille le groupe jouait dans le mythique Royal Albert Hall et n’a pu être à l’heure pour nous rencontrer. Elles ont quand même tenue à répondre à nos quelques milliards de questions !

Il y a quelque temps vous avez joué au Royal Albert Hall à Londres, pour présenter votre nouvel album « Stay Gold ». Des légendes telles que Led Zeppelin, The Pink Floyd, Bob Dylan ou encore The Beatles ont foulé cette scène. Comment c’était ? Avez-vous croisé quelques fantômes ?

C’était tellement surréaliste de jouer au Royal Albert Hall. Nous voyons cela comme un véritable point culminant de notre carrière jusqu’à présent. Nous l’avons vécu  comme une grande réussite. L’album était âgé de 18 mois donc nous avons eu une longue période d’anticipation. Nous étions très nerveuses toute la journée précédant le spectacle. Nous avons examiné toutes les photos accrochées dans les couloirs autour de la construction, de toutes les légendes qui y ont joué et nous avons ressenti un tel respect pour le lieu… C’est une pièce étonnante car bien qu’elle soit énorme, nous ressentions quelque chose d’intime et nous avons eu beaucoup de connexions avec l’auditoire. Nous n’oublierons jamais cette nuit !

Nous avons lu que vous aviez nommé votre troisième album d’après un poème de Robert Frost qui s’appelle « Nothing Can Stay Gold ». Quel message voulez vous transmettre par « Stay Gold » ? C’est quoi une personne en or ?

En effet nous avons nommé notre album d’après le poème de Frost. L’enregistrement  a été pour nous un moment de réflexion sur le temps, l’anxiété, la nostalgie de  moments du passé et du futur. L’album parle de la façon de gérer le moment présent, de l’apprécier avant qu’il ne soit derrière nous. Nous ne parlons pas d’une personne en particulier mais de relations par exemple.

Votre univers visuel et musical est très consistant et semble très travaillé. Vos thèmes tournent autour de la nature, la romance, les habits les couleurs vintages… C’est à la fois féminin et pure. Pensez-vous être influencées par votre nationalité suédoise ? Où prenez-vous vos inspirations ailleurs ?

Nous ne pensons pas que notre style soit particulièrement suédois, il n’a pas de nationalité. Tout est relié à notre musique et ce à quoi elle ressemble. Nous sommes passionnées du mouvement folk et country des années 60 et 70, donc nos habits vintages viennent de cette époque aussi. Ce genre de musique intemporelle est lié au romantisme et à la nature. Tout ce rejoint mais honnêtement, ce n’est pas quelque chose à laquelle nous pensons énormément. La musique vient toujours en premier !

En à peine 4 ans vous avez réalisé un EP et trois albums. Etes-vous constamment en train d’écrire ?

Nous collectons constamment des expériences qui se transforment en chansons, mais nous n’écrivons pas constamment. Nous n’avons pas écrit depuis longtemps pour être honnêtes. C’est un exercice assez difficile à faire lorsque nous sommes en tournée car le rythme est vraiment trépidant. Nous jouons et écoutons de la musique toute la journée et toute la nuit. Nous avons tendance à écrire à la maison sans avoir écouté de musique pendant un certain temps. Nous attendons d’avoir tellement envie de jouer et chanter que nous finissons par réécrire des chansons.

J’ai deux frères qui sont musiciens comme moi, et je les aime autant que je ne peux pas les supporter parfois. Est-ce toujours facile de partager autant de temps et de choses avec sa sœur ?

Ce n’est pas toujours facile. Tout est très intense et nous sommes toujours tellement proche l’une de l’autre, que cela nous fatigue parfois et nous avons besoin d’espace. C’est pourquoi nous ne vivons plus ensemble. Lorsque nous ne sommes pas en tournée nous prenons un peu de temps à distance l’une de l’autre. Mais nous avons une relation très forte, nous avons toujours été meilleures amies. Nous finissons toujours par nous entendre.

Pouvez-vous nous parlez un peu de votre processus de composition? Est-ce toujours la même façon de faire ?

Généralement Klara arrive avec la première ligne et je la rejoins puis nous finissons ensemble. Nous écrivons la mélodie et les paroles ensemble. Nous ne savons jamais quand l’inspiration va frapper donc… c’est toujours différent. Mais c’est ce qui rend le processus plus excitant. C’est une chose magique et totalement imprévisible !

Votre nouvel album « Stay Gold » est plus sombre et mature, mais toujours connecté à votre univers. Qu’est-ce qui vous inspire ? Des sensations ? Des expériences ? D’autres artistes ?

Nous sommes inspirées par tout ce que nous voyons et toutes les choses avec lesquelles nous rentrons en contact. D’autres artistes, des films, des poèmes, des livres, des gens autour de nous… Nous sommes définitivement des personnes très émotives. Nous avons beaucoup de hauts et de bas. Nous sommes assez mélancoliques.

Concernant les arrangements et l’enregistrement, avez-vous expérimenté des choses nouvelles ou différentes depuis « The Lion’s Roar » ?

Les arrangements sont beaucoup plus importants cette fois-ci. Nous avons l’impression que les chansons appelaient de gros arrangements. Nous avons beaucoup travaillé, avec des musiciens extérieurs de chaînes locales, ainsi que les joueurs de vents de Omaha. Nous voulions explorer un monde sonore plus dynamique, plus profond. Nous avons eu beaucoup plus de temps pour expérimenter et essayer de nouvelles choses. Nous gardons le souvenir d’une expérience très enrichissante et amusante.

Quels groupes, quelles chansons avez-vous écouté pendant la création de cet album? Quels sont vos artistes folk favoris ?

Pour ce disque nous avons été très inspirées par Townes Van Zandt, Kate & Anna McGarrigle, Ryan Adams and Fleetwood Mac, pour en nommer quelques-uns. Nous aimons aussi Joni Mitchell, Gillian Welch, Joanna Newsom. Notre nouvelle artiste folk préférée est Hurray For The Riff de New Oleans. Elle est incroyable! Nous écoutons beaucoup d’artistes féminines, c’est très inspirant d’écouter des femmes qui écrivent leurs propres chansons.

Le nouveau live a-t-il change votre composition scénique ou êtes-vous toujours trois ?

Nous sommes quatre sur scène maintenant. Nous avons le beau Melvin Duffy de Brighton avec nous. Il joue de la pedal steel, de la guitare électrique et de la mandoline. C’est une bonne configuration scénique. C’est simple et c’est une expérience différente que d’écouter l’album mais nous aimons le coté brut qu’à le live. Nous jouons parfois avec un quatuor à cordes pour des concerts plus gros et c’est assez incroyable.

Quelle éducation musicale avez-vous reçu toute les deux? Quels furent les premiers instruments que vous avez appris à jouer ?

Nous n’avons pas de formation formelle musicale. Klara a essayé d’entrer dans une école de musique quand elle était petite mais elle n’a pas réussi. Nous n’avons jamais pris de cours de chant ou d’instruments. Nous sommes complètement autodidactes et connaissons peu de choses sur la théorie musicale. Notre père est guitariste donc il a aidé Klara à commencer la guitare, lorsqu’elle avait 12 ans. J’ai commencé à jouer du clavier quand j’avais 15 ans. Nous avons appris à jouer de nos instruments sur scène.

Aimez-vous jouer en France? Vous avez de nombreux fans ici !

Nous aimons la France. Nous aimons son architecture, sa musique, ses paysages. Nous avons toujours aimé jouer ici, et nous espérons revenir vite avec une tournée plus importante.

Vous souvenez-vous de votre tout premier concert ? Où était-ce ?

Notre tout premier concert c’était dans une petite librairie de Stockholm en octobre 2007. Nos amis et notre famille ont assisté au show. Cette nuit-là nous avons officiellement formé le groupe. Cela semblait si énorme alors qu’il ne devait pas y avoir plus de 100 personnes. Nous avons tellement aimé jouer. Depuis nous avons performé autour de 400 concerts. C’est fou!

 Qu’est-ce qui vous manque le plus en tournée?

Nos proches nous manquent. C’est assez dur d’être loin d’eux aussi longtemps même si c’est incroyable de tourner. Parfois le calme nous manque aussi. Nous réveiller dans la même ville et que les choses soient simples nous manque. Faire de longues balades en forêt seules. Des choses comme ça.

Avez-vous quelque chose, un objet, un habit… dont vous ne pourriez pas vous passer en tournée ?

Des livres intéressants et des pyjamas confortables !

Quels sont les groupes avec lesquels vous aimeriez tourner ?

Nous aimerions tourner avec The Staves, Lily & Madeleine, un artiste suédois nommé Idiot Wind, Hurray For The Riff Raff… il y a tellement de bons groupes ! 

Un grand remerciement à First Aid Kit ainsi qu’à Clémence Le Gall (Phunk) pour cette belle interview.

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