Rencontre avec Fredrika Stahl

Par le 21 mai 2013

Fredrika Stahl a sortie son 4ème opus le 11 mars dernier, intitulé Off To Dance. Un virement plus pop pour cette amoureuse de Jazz, qui a été très bien accueillie par la critique et par nous même.

Nous l’avons retrouvé sur la scène du Krakatoa (Mérignac), ou nous avons pu découvrir en live ce nouvel album détonnant. Accompagnée de quatre musiciens (violoncelle/basse, Batterie, Clavier et guitare), elle même au piano, Fredrika Stahl nous a offert un live d’une heure et demi suivi d’un rappel. Tantôt assise derrière son piano, tantôt debout tenant son micro, elle a ouvert le show sur le titre éponyme «Off To Dance», n’a pas oublié les classiques «Tinkle Tinkle Little Star», bref, nous a baladé entre petits chef d’œuvres et anecdotes.

Un peu mélancolique, un peu bavarde, la suédoise nous a ensuite accordé une belle et généreuse interview.

Pour commencer, peux-tu te présenter ?

Oui! Je m’appelle Fredrika (rires), je suis suédoise, j’ai passé beaucoup de temps en France. Je suis auteur-compositeur et je viens de sortir mon quatrième album plus pop avec pas mal d’influences un peu jazz, un peu saoul. En fait quand j’ai commencé, mon premier album était quand même assez jazz et au fur à mesure c’est devenu de moins en moins jazz et de plus en plus pop (rires).

Tu es passionnée depuis longtemps par la musique, la pratiquez-vous depuis longtemps?

Oui! J’ai toujours chanté, je ne me souviens pas d’un moment précis ou je me suis dit «je vais chanter», je suis autodidacte donc c’est quelque chose que j’ai toujours fait. Quand j’étais petite j’étais plus dans la danse mais c’est lié à la musique aussi. Puis j’ai fais du piano et j’ai commencé à chanter vraiment à 17/18 ans, quand j’ai terminé l’école. J’ai passé mon bac en suède et je suis retournée en France où j’avais passé pas mal d’année petite, pour essayer de trouver des projets justement. J’avais toujours eu envie d’essayer de chanter parce que je n’avais pas eu le temps quand j’étais à l’école où je dansais beaucoup, ça faisait trop de choses et je m’étais dit qu’après le bac je prendrai une année sabbatique ou je ne ferais que de la musique. Donc j’ai choisie de partir à Paris et je ne suis plus jamais repartie. Ça va faire 10 ans maintenant (rires).

Tu composes depuis ce moment la tes propres chansons ?

Oui depuis 18/19 ans à peu près.

La sortie de ton nouvel album s’est-elle bien passé?

Mmm… Oui et non. C’est des temps un peu difficiles pour les disques en ce moment, je pense qu’aucun artiste ne trouve que ça se passe bien. Mais l’accueil est très bon, j’ai eu de bonnes critiques donc de ce côté là ça se passe bien. C’est quand même une industrie très en crise, mais je crois qu’il faut trouver d’autres moyens de faire marcher la musique que par la vente de disques.

As-tu changé de manière de faire avec cet album ? Tu nous parlais d’un virage plus pop…

Pour mon premier album j’écrivais des chansons mais je faisais des piano/voix, guitare/vois et je laissais beaucoup de place aux arrangeurs, aux musiciens et c’est vrai que pour chaque album j’ai pris de plus en plus le contrôle, et je suis devenue très protectrice. Pour «Off To Dance» j’ai vraiment maquetté toutes mes idées, elles étaient toutes dessinées, mises sur maquette avant que je ne fasse écouter à qui que ce soit. Mais je ne regrette pas d’avoir fais comme ça au début, j’en avais besoin car j’apprenais sur le coup. Ça ne veut pas dire que je ne laisserai plus jamais quelqu’un réarranger mes morceaux complètement, mais c’est une période où j’ai envie de faire comme ça et je pense que plus tard il y aura d’autres périodes où je dirai «tiens je te fais un piano/voix»… C’est important de rester ouvert.

Tu as joué dans «Pop’ Pea», une réinterprétation pop de l’Opéra de Monteverdi. En quoi ça a été une expérience spéciale pour toi ?

C’est le théâtre du Châtelet à Paris qui a fait une version vidéo-pop d’un Opéra de Monteverdi, «Le couronnement de Popée». Le casting était déjà très amusant, il y avait Benjamin Biolay, Marc Almond, Carl Barat, Valérie Gabail qui est une chanteuse lyrique, donc c’était très mélangé. On était tous d’univers différents et les mélodies ne changeaient pas. Les morceaux étaient réarrangés, mais les mélodies restaient les mêmes, lyrique et baroques! Ça n’a rien à voir avec ce qu’on fait d’habitude, et puis il y avait des supers costumes fait par Nicola Formichetti qui dessine notamment beaucoup d’habits pour Lady Gaga, donc c’était disjoncté en terme de tenues. On jouait sur scène avec des écrans bleus derrière nous, et Pierrick Sorin à la place de faire des décors de théâtre, faisait des mini-décors, des petites maquettes qu’il filmait aussi sur scène. On était reflétés dans les décors sur un écran géant… enfin c’était complètement… on pouvait interagir aussi avec les maquettes, par exemple à un moment Popée écrase une cigarette et ça fait une cigarette géante qui arrive dans le mini-décors, enfin… C’est très difficile à expliquer, il faut le voir (rires). Il y a eu une captation en 3D par Arte il me semble. C’était complètement barré, c’était très drôle.

Quelles sont vos influences majeures? Il y a t-il eu un artiste qui vous a déterminé?

Je n’ai pas d’idoles mais il y a eu des artistes qui m’ont beaucoup influencé. Quand j’ai commencé à vraiment chanter à 17 ans, j’écoutais énormément Ella Fitzgerald et Billy Holiday. Je ne savais pas trop comment m’y prendre pour travailler ma voix et je ne passais pas par une école parce que je travaillais déjà à plein temps pour pouvoir rester en France. Donc je travaillais en apprenant des standards de Jazz et en chantant par dessus l’enregistrement, et je pense que ça m’a pas mal influencé.

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Toi qui viens de Suède, comment trouves-tu le public français?

Chaque public est différent. Je n’ai pas énormément tourné en Suède et quand j’ai joué là-bas c’était plutôt en temps qu’invitée, avec des Big Band. Dans le Jazz malheureusement en Suède, il n’y a pas trop de jeunes, à l’époque j’avais des publics assez âgés. Après les publics il n’y a pas un endroit où ils sont pareils. On ressent vraiment les différences culturelles, quand on joue devant un public japonais et un public turc par exemple, c’est vraiment les deux opposés. Les japonais ne vont pas bouger, pas faire un bruit, et applaudir comme des malades à la fin, et là j’ai joué il y a deux semaines à Istanbul et c’était complètement différent. C’est à dire que quand j’ai commencé à chanter, tout le monde s’est mis à chanter en même temps! C’était comme faire du «sing along», les gens chantaient du début à la fin, entre les morceaux c’était le bordel absolu (rires), c’était très drôle et étonnant.

Si tu avais eu une autre vocation que la musique, ça aurait été quoi?

Mon plan B c’était de faire de l’architecture, j’ai toujours adoré tout ce qui est créatif, j’aimais beaucoup dessiner quand j’étais plus jeune. La matière dans laquelle j’étais la meilleurs ou la moins mauvaise je ne sais pas (rires), c’était les maths, donc c’était quelque chose qui me tentait bien. Et puis surtout le fait de travailler en projet c’est quelque chose qui est important pour moi, ne pas faire les choses dans le vide et avoir un objectif précis.

 J’ai maintenant des questions un peu plus atypiques ! Qu’aimes-tu faire dans un tour-bus?

Alors… dormir déjà (rires), on ne dort pas beaucoup en tournée et ce n’est pas évident parce qu’on se réveille toute tordue. Et puis j’ai commencé il y a quelques semaines à faire des montages! Je filme beaucoup avec ma petite caméra pendant les tournées, et du coup je viens de publier le premier que vous pouvez voir sur la page Facebook (cf plus bas dans l’article). Ça réunit tous les films d’IPhone qu’on a pris et je fais des petits épisodes, ça prend beaucoup de temps et c’est assez drôle. Le but c’est de faire ça de manière régulière pour que les gens puissent suivre un peu ce qu’il se passe et voir un peu la tournée de l’intérieur.

Un objet qui te suis partout?

Mon micro et mes oreillettes. Ça je vérifie cinquante fois avant de partir si je les ais, tous le reste je peux acheter sur place ou me débrouiller mais si je n’ai pas mes oreillettes… Après j’essaie de m’occuper donc j’ai toujours mon ordinateur pour pouvoir travailler, j’ai toujours un livre, mon IPod bien chargé parce que parfois on fait 10h de camion dans la journée. Mais sinon rien de bizarre.

Pas de grigris ?

Non! (rires)

Un album qui ne te quittes jamais?

Oui il y en a plusieurs. L’album «Grace» de Jeff Buckley, que j’écoute souvent, «Rarities» d’Emiliana Torrini, je l’aime beaucoup. Une artiste norvégienne aussi qui s’appelle Ane Brun, son dernier album «Do you remember», mais ce n’est pas un album qui ne me quitte jamais… «A Case Of You» de Joni Mitchell où elle reprend ses plus grandes chansons avec un orchestre, il est super!

Un petit rituel avant de monter sur scène?

Pleins de rituels j’imagine parce qu’il y a beaucoup de choses à faire. Je me coiffe et je me maquille, c’est con mais c’est le seul moment où je peux être assise et me concentrer. Parfois je vais me recoiffer cinquante fois, juste parce que j’ai besoin de ce temps la. Et puis on chante un peu tous ensemble des partis de chœurs pour se réunir un petit peu avant de monter sur scène.

Plutôt scène ou studio?

Je ne sais pas… c’est vraiment différent. En studio c’est la création, le fait de faire quelque chose qui va exister pour toujours, et en même temps ce qui est beau avec la scène c’est de faire quelque chose sur le moment. Je pense que ce qui est génial sur scène c’est qu’il y a peu de moments dans ma vie où je me sens aussi vivante et je ne pense à rien d’autre. On partage quelque chose avec les gens et je ne peux pas me cacher… c’est «the real stuffs» et c’est ça qui est flippant et fort (rires).

Pour finir, un artiste avec qui tu rêverais de partager une scène ?

Un spécifique non. Malheureusement je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de travailler avec d’autres artistes pour l’instant et c’est quelque chose que j’aimerais faire. Je pense que je suis très ouverte musicalement, beaucoup de choses me tenteraient mais pour l’instant j’ai toujours travaillé de manière très isolée. Même dans l’écriture, j’ai toujours écrie seule et je pense que j’en avais besoin pour me situer. Mais je suis plus prête maintenant à essayer d’autres choses. Ça me ferait du bien un peu d’air frais! C’est facile de s’enfermer rapidement dans une bulle et de passer à côté de choses quand on fonctionne seul.

Remerciement à Fredrika pour sa grande disponibilité durant cette interview ainsi qu’à Nicolas.

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