Rencontre avec Hinds

Par le 23 avril 2015

Hinds (ex Deers) est un quatuor féminin garage-rock de Madrid, une scène plutôt méconnue en dehors de sa bulle. Avec seulement quatre chansons, la jeune formation espagnole a fait pourtant tourner la tête des médias ainsi que de grands groupes indés anglo-saxons et vient de se produire au fameux festival SXSW à Austin (US). Ana et Carlotta au chant et à la guitare, Ade à la basse et Amber à la batterie, multiplient déjà les concerts,  avec par exemple plus de quatre passages à Paris en moins d’un an. Elles nous ont parlé des problèmes posés par leur ancien nom de groupe, de la scène rock de Madrid et de leurs folles rencontres avec les Vaccines et les Libertines.

Il paraît que vous avez changé de nom à la demande d’un autre groupe… qui ne se trouve même pas être votre homonyme !

Ade Martín : Il ne nous a pas vraiment demandé. Il nous a plutôt forcé à le faire !

Carlotta Cosials : Nous n’avions pas d’autres alternatives. On n’a même pas pu en discuter. C’était plutôt  : “Les filles, vous devez changer de nom, maintenant.”

AM : On ne le prenait pas au sérieux au début, mais on s’est vite rendu compte que tout cela nous dépassait.

CC : Le premier contact qu’on a eu, c’était avec leur avocat, directement. On n’a jamais vraiment pu avoir une conversation avec les membres du groupe en question à ce sujet.

AM : Mais ne nous demande pas qui c’était, on ne te le dira pas ! (Sourire). Tout ce qu’on peut t’affirmer, c’est que le groupe ne s’appelait pas Deers.  

On vous a laissé très peu de temps pour trouver un autre nom, et vous avez finalement choisi “Hinds”…

AM : En anglais « hind » (biche) est le féminin de « deer » (cerf), donc cela nous paraissait logique de passer de l’un à l’autre.

CC: C’était la meilleur idée possible. Et puis je trouve cela plutôt… élégant ! (Rires).

AM : Oui cela donne bien et ça sonne bien ! C’est tout ce qui compte.

Vous êtes basées à Madrid, mais vous n’êtes pas toutes espagnoles. Comment vous-êtes vous rencontrées ?

CC :  Si nous le sommes ! En fait les parents d’Amber sont Néerlandais mais elle est née en Espagne. Quant à Ana, sa mère est française et elle a fait une partie de sa scolarité au Lycée Français de Madrid, mais elle a toujours vécu en Espagne. Nous sommes amies depuis très longtemps, bien avant de lancer le groupe. En fait Ana est la meilleure amie de mon ex et je suis la meilleure amie du sien. Donc on se voit depuis… un bail !

Et vous avez d’abord commencé à jouer en duo, juste toi et Ana… 

CC : On a débuté notre tandem il y a trois ou quatre ans, on s’amusait à faire des reprises. Puis on a commencé à écrire notre propre musique en 2013. Nos premières chansons ont été enregistrées en février 2014, puis sorties en avril de la même année. Le mois suivant, Amber et Ade nous ont rejointes. Et tout est allé très vite depuis !

Carlotta, avant de passer à quatre membres, est-il vrai que tu avais trouver le moyen de jouer à une caisse de batterie avec une pédale et de la guitare en même temps  ?

CC : Oui ! Une idée affreuse. (Rires). On avait besoin de percussions sur notre musique, donc on a essayé de se débrouiller comme on pouvait. Finalement, cela nous a surtout permis de se rendre compte qu’il fallait à tout prix d’autres membres dans le groupe, à la batterie notamment. Un batteur est très précieux, difficile de s’en passer dans un groupe de rock, sans quoi t’es foutu !

Vous avez jusqu’à présent sorti quatre chansons, deux singles et leur b-side, qui ont été produites par un certain… Diego. Qui est-ce ?

AM : Diego des Parrots, un groupe garage comme nous, de Madrid. Nous faisons parties de la même scène en quelque sorte et nous sommes de très bons amis. Avec un micro et un ordinateur, il s’est débrouillé pour enregistrer et produire nos sons. C’est quelque chose qu’il connaît bien et qu’il fait plutôt bien..

Je ne connais pas très bien la scène garage de Madrid… C’est déjà quelque chose d’important là-bas, ou cela grandit depuis peu ?

CC : Il y a un paquet de groupes comme nous là-bas. Mais ils chantent presque tous en espagnol. En anglais par contre, je n’en connais pas beaucoup…

AM : Les plus importants sur place sont ceux qui chantent en espagnol évidemment.

Dans ce cas, comment réagit-on là-bas, à propos de ce choix que vous avez fait ?

CC : C’est un peu plus lent à intéresser les gens en Espagne, mais cela se passe bien.

AM : Aujourd’hui ça va, mais il a fallu du temps pour que cela démarre vraiment. Au début, on ne faisait pas vraiment attention à nous.

CC : Mais je ne sais pas si c’est juste à cause de la langue. Le problème est plus lié à ce genre de musique. Il y a beaucoup de groupes dans notre style mais cela ne veut pas dire qu’ils arrivent facilement à faire parler d’eux. Dans notre cas, en tout cas, on n’a pas tout de suite cru en nous.

AM : C’est comme s’ils pensaient qu’on se fichait un peu de développer notre projet en Espagne. Ils ne voyaient donc pas pourquoi ils devaient croire en nous à ce moment-là. Pourtant on voulait vraiment faire partie de cette scène rock espagnole mais on avait le sentiment qu’on n’était pas beaucoup aidé.

Vous êtes beaucoup inspirées par ce qui se fait au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Vous êtes par exemples des grandes fans de Mac Demarco…

CC : Exactement ! On a cela en commun, mais on écoute des choses assez différentes. Ade et moi sommes plutôt branchées hip hop, Amber écoute plus de la pop noisy comme Swim Deep ou Wolf Alice. Et Ana est à fond sur tout ce qui est très… garage ! (Rires).

AM : Quand on est toutes ensemble, on écoute surtout du garage. C’est plus notre truc en tant que groupe.

Vous avez déjà joué à Paris trois fois, dont une en première partie des Libertines, au Zénith ! Comment est-ce arrivé ?

CC : Leur manager nous a contacté par e-mail. Il voulait savoir si on avait déjà un manager, car il souhaitait travailler avec nous. Mais on en avait déjà un ! Finalement, il nous a aidé d’une autre façon : on l’a rencontré au festival Benicassim (en Espagne) où jouait les Libertines et il nous a invité à jouer avec eux à Paris deux mois après.

AM : C’est vrai qu’on a eu la chance de jouer 3 fois à Paris déjà en moins d’un an. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes tout le temps sur la route ! On fait plutôt des mini-tournées de 15 jours, puis nous rentrons à Madrid, et on repart et ainsi de suite.

Vous êtes également proche des Vaccines, l’un d’entre eux à travaillé avec vous sur une chanson…

AM : Oui Arni Arnasson, le bassiste. Nous sommes allées en studio avec lui pour enregistrer une chanson, on a joué de la basse tous les deux c’était génial !

Vous préparez donc un premier album ?

CC : On a écrit pas mal de chansons dernièrement.

AM : Nous travaillons toujours avec Diego. On va enregistrer l’album à Cadix bientôt !

Y a-t-il un autre groupe avec lequel vous rêveriez de jouer en première partie ?

CC : Il y a Mac DeMarco évidemment ! (Rires). Nous ne l’avons pas encore fait avec lui. Nous avons déjà joué au même festival que lui, mais ce serait de la triche dire que c’était un set de première partie. (Rires). Fat White Family ce serait génial. J’aimerais tellement les rencontrer, découvrir qui ils sont en réalité derrière leur projet musical. Enfin, le grand rêve ce serait Kendrick Lamar !

Merci à Yann de Pias pour l’organisation de l’interview.

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