Rencontre avec les Born Ruffians

Par le 02 mars 2016

Le premier album Red, Yellow & Blue paru chez Warp en 2008, les réjouissants Canadiens Born Ruffians sont de plus en plus excitants album après album jusqu’à l’excellent Birthmarks paru lui en 2013. Depuis, le groupe s’est mis en retrait pendant deux longues années avant de nous revenir en 2015 avec Ruff. Attendu avec impatience, qu’en est-il de ce dernier ?

Retour aux sources avec celui-ci, Ruff pour “Ruffians“, le titre semble à première vue signaler un retour des Canadiens vers leurs origines canailles, entre joie furieuse et débraillée, énergique et comblée par des hymnes pop romantiques et épineuses. C’est confirmé après plusieurs écoutes, ce quatrième disque est une nouvelle fois d’une réussite totale, toujours (bien) trop inconnu en France, nous sommes partis à leur rencontre.

Qu’est-ce qui a changé au sein du groupe entre le précédent album Birthmarks et le dernier en date Ruff ?

Notre batteur Steve Hamelin qui était présent depuis les débuts du groupe a décidé d’arrêter pour reprendre ses études, nous avons donc commencé avec un petit nouveau, Adam Hindle. Quand nous étions en période d’écriture et d’enregistrement des démos pour « Ruff », Mitch et moi avions l’ambition de réunir toute la « Ruffian Family » depuis le commencement autour de ce disque. Nous avons aussi jamé et travaillé avec Steve et Adam sur des nouveaux instruments. Cet album c’est terminé avec une moitié composée avec la formation originale  du groupe et l’autre moitié avec la nouvelle, accompagnée d’Andy Loyd qui a truffé les compositions avec ses parties de guitares et claviers.

Born Ruffians' new album, RUFF, comes out October 2.

Quand a commencé la naissance de Ruff ?

Nous avons commencé immédiatement à écrire après avoir fini « Birthmarks » et une poignée des chansons sont nées elles, lors des premières sessions avec déjà une partie de l’ambiance qu’allait dégager « Ruff ». On a ensuite réalisé les enregistrements de tous ces morceaux — « Yawn Tears » et « Let Me Get It Out » sont elles, très différentes des premières versions des sessions en studio. Il faut savoir que le point de départ sur la plupart de nos disques est, lorsque je me pose quelques temps pour écrire des chansons. Si j’en suis satisfait, je suis terriblement excité d’en faire quelque chose ensuite !

Quel est le thème principal de ce nouvel album ? 

La première chanson que j’ai écrit « Shade to Shade » a vraiment constitué la première étape de la composition du reste de l’album. Elle parle d’une personne un peu perdue entre un sentiment d’empathie et d’optimisme pour le monde qui l’entoure et un besoin de solitude. C’est vraiment cette sensation qui constitue la toile de fond de la composition de l’album. C’est d’autre part des questions que je me posais moi même personnellement. Comment je pouvais me retrouver sur scène un soir, à partager plein d’émotions avec le public et le soir d’après me sentir seul et abattu. J’avais donc besoin de comprendre pourquoi je ressentais dans le meme temps deux sentiments aussi extrêmes et incompatibles. J’ai eu d’ailleurs l’impression que cette sensation est en réalité assez commune chez la plupart des gens.

D’où vient ton grain de voix et ta maitrise du chant ? 

Mon père était et est toujours chanteur. Il ne l’a jamais été professionnellement mais il est devenu chanteur de plusieurs groupes durant son adolescence et pendant la vingtaine. J’ai du hérité d’un certain talent pour le chant ! Ma soeur et moi étions enfants de choeurs et nous participions à des concours de chants pour enfant, je pense que au fond je désirais être un véritable chanteur depuis tout petit. Pour ce qui est de mon fort volume à la voix, ça doit surement venir de mes entraînements avec mon père dans la cave avec une petite sono, ce qui m’obligeait à hausser le ton. Je pense que quand je monte sur scène, je me transforme et je veux quelque part être un peu le centre d’attention des gens qui m’entourent . Quand je joue, je chante avec beaucoup d’insistance et fort et avec différentes émotions parce que je ressens un certain mérite d’être entendu, le fait que les gens viennent te voir en concert, c’est un signe. Je n’ai jamais été timide avec le chant…

Peux-tu nous raconter l’histoire de votre collaboration à Toronto avec Jeff McMurrich (Fucked Up, Owen Pallett) et à New York avec Rusty Santos (Animal Collective, Austra) ?

Nous avons décidé que Jeff et son studio 6 Nassau serait un bon endroit et la bonne personne pour faire l’album. Il avait une approche très décontractée à l’enregistrement, son esthétique et sa méthode de travail étaient vraiment adaptées au type de disque que nous voulions faire. Il n’aime pas l’édition dans Pro Tools tout en travaillant, il n’aime pas nécessairement travailler avec un clic sur chaque piste. Nous voulions faire quelque chose avec du souffle, de la vie et de la dynamique. Nous ne voulions pas d’un album enregistré avec des plugins numériques et édité au-delà du point de résonance humain. Rien d’électronique.

Je travaillais avec Rusty sur la musique avant les sessions d’enregistrement de « Ruff » et nous avons eu à parler de Born Ruffians. Rusty avait déjà produit et mixé nos deux premiers albums. Il avait beaucoup de chose à dire sur les sujets que j’ai évoqués un peu plus haut. Il est très encourageant dans ce genre de processus. Je sentais vraiment qu’il pouvait mixer l’album correctement parce qu’il le comprenait et surtout nous comprenait et il savait d’où nous venions.

Que penses-tu de la scène Canadienne actuelle ? 

Je ne suis pas sûr. Je ne pense pas que je suis un expert là dessus. Je ne fais pas vraiment de point et d’écoute des nouvelles sorties. J’ai des amis dans des groupes. J’aime et j’ai des nouvelles musiques que j’adore vraiment, certaines d’entres-elles sont Canadienne. Je pense que les scènes sont si diverses, même dans une ville comme Toronto il est difficile de résumer une sorte de “scène musicale canadienne“. Actuellement, nous avons des groupes comme les Viet Cong ou Mac Demarco qui représentent notre pays en étant régulièrement “coup de coeur“ sur le blog américain Pitchfork. Nous avons également Drake, même Justin Bieber ou bien The Weekend qui dominent les charts U.S et qui sont eux aussi issus du Canada. Je pense que Mac Demarco et consorts ainsi que les pop stars actuelles du pays sont tous représentatifs de la scène canadienne.

C’est quoi la patte “Born Ruffians“ selon-toi ? 

Je pense que notre singularité musicale provient de la partie rythmique. Quand je pense à la différence entre une chanson que je garde pour moi comparée à une chanson que je travaille avec Born Ruffians, il se résume très généralement à une recette magique qui se produit avec le basse/batterie. Je pense qu’il y a aussi une certaine honnêteté dans les textes qui permet aux gens de s’y reconnaitre. Je fais toujours, du moins j’essaye d’éviter les thèmes et les sujets mondains ou superficiels et écrire exclusivement sur des choses très proche d’un nerf.

Peux-tu nous raconter la création et les choix des visuels qui entourent ce nouvel album ? 

J’ai beaucoup dessiné au cours de l’année où nous étions entrain d’écrire et de faire les maquettes de l’album, j’ai vraiment adoré cette expérience ! Ça m’a donné une nouvelle chose créative à faire qui a eu un effet thérapeutique par la même occasion. Je commençais petit à petit à illustrer avec le dessin les chansons en essayant de résumer un sentiment ou une idée de la chanson sous sa forme visuelle. Au fur et à mesure toutes les chansons y passaient, et puis un jour un de mes amis m’a dit que ça serait bien de les faire figurer à côté des paroles. Je pense qu’une personne qui écrit à la fois les paroles et qui les illustres est une méthode assez peu courante, et pourtant, ça donne à mon avis une vision plus profonde et une compréhension différente d’une chanson.

BornRuffians_Ruff_cover

Quel est le meilleur endroit pour écrire selon-toi ? 

J’aime être un peu à l’écart, dans des endroits intimes ou je sais que personne ne peut m’entendre et ou je peux m’exprimer librement, j’adore être seul à vrai dire. J’ai besoin de pouvoir m’entraîner à interpréter les paroles une vingtaine voir une trentaine de fois sans avoir sur la conscience le fait d’embêter les voisins de l’immeuble. J’ai besoin de crier et pour ça, il faut impérativement être seul du coup même si au final, quand je suis avec quelqu’un d’autre ou en groupe, j’arrive à obtenir cette satisfaction. Mais j’ai quand même besoin de me retrouve seul d’abord…

La différence entre votre vie d’avant à Midland et maintenant à Toronto ? 

Midland est une petite ville, c’est super pour cultiver un jeune groupe comme le nôtre. Je suis heureux d’avoir grandi là bas et d’y avoir commencé Born Ruffians là. Je pense que pour nous, de vivre dans une petite ville les premières années en tant que jeune groupe nous a donné un pied-à-terre qui n’a pas été intimidant contrairement aux grandes villes. Cela nous a permis de se sentir bien, c’était super. On n’a pas eu à se battre contre les autres et les meilleurs groupes, car il y en avait très peu dans le style que nous pratiquons. Je pense que d’être dans une plus grande ville aurait écrasé ce sentiment de liberté et donc écrasé petit à petit notre groupe. Nous avons déménagé à Toronto au bon moment cependant, nous avions besoin de “nous envoler“ si on peut le dire et nous imprégner de nouvelles influences et de nouvelles idées.

La ou les question(s) que tu détestes entendre ?

Probablement celle-ci : Décrivez-nous votre son… Ou celle-là aussi : À quoi les gens peuvent s’attendre pendant un concert des Born Ruffians ?

Des groupes canadiens à nous faire partager ? 

Young Rival, Adonis Odonis et Fake Palms !

Tes trois chansons du moment ? 

‘Maggot Brain’ de Funkadelic, ‘Tonight’ de Sibylle Baier et ‘Alone Again, Naturally’ de Gilbert O’Sullivan

Un grand merci à Marguerite de La Mission et à Luke des Born Ruffians pour cette interview.

Le groupe sera en tournée partout en Europe durant le mois de mars et avril :

Mar 29 – Leeds, UK – The Brudenell Social Club
Mar 30 – Bristol, UK – Start the Bus
Mar 31 – London, UK – Moth Club
Apr 01 – Paris, FR – Café De La Danse
Apr 02 – Baden, SW – Fest Gefahren
Apr 03 – Lille, FR – La Péniche
Apr 05 – Sion, SW – Le Port Franc
Apr 06 – Brussels, BE – Atelier 210
Apr 07 – Munich, DE – Gleis 22
Apr 08 – Ris Orangis, FR – Orangis Le Plan
Apr 09 – Amsterdam, NL – Melkweg Theaterzaal

**All dates with Cristobal And The Sea

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