Rencontre avec Marika Hackman

Par le 05 mars 2015

Deux ans après notre première rencontre, nous avons retrouvé Marika Hackman, britannique de 23 ans, à l’occasion de la sortie de son premier album We Slept At Last. La jeune artiste est passée au Badaboum pour faire son deuxième concert dans la capitale et présenter ses nouvelles compositions : elle a joué en ouverture d’une belle soirée musicale au Festival Fireworks/ A Nous Paris où devaient également se succéder le trio de Liverpool All We Are et la nouvelle sensation beach-pop de Toronto Alvvays.

Après avoir fait ses débuts dans un groupe de lycée avec son amie Cara Delevingne, Marika Hackman a lancé sa carrière solo en 2012. Née d’une mère anglais et d’un père finlandais, elle a déjà réalisé un mini album (That Iron Taste en 2013) et deux EPs (Sugar Blind en 2013 et Deaf Heat en 2014). Elle propose un folk 2.0 à la fois fascinant et singulier, à l’image de son dernier clip « Animal Fear » dans lequel mi-vampire, mi-loup-garou, elle dévore la célèbre Laura Marling entre deux refrains portés par sa voix d’un calme angélique.

Très courtisée par les médias des deux côtés de la Manche, Marika Hackman a pris le temps de nous parler de son univers musical intriguant, quelques heures avant de monter sur scène et d’envoûter son auditoire.

Est-ce toi qui est photographiée allongée sur la pochette de l’album ? C’est la première chose que je me suis demandé quand je l’ai vu.

Marika Hackman : Non ce n’est pas moi ! (Sourire). Je me suis intéressé aux travaux du photographe Glen Erler quand je suis tombée sur cette réalisation. Dès l’instant où je l’ai regardée j’ai su que le je la voulais en couverture de l’album, je l’ai trouvée tellement superbe donc je lui ai demandé si je pouvais l’utiliser.

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Qu’est-ce qui a causé ce coup de coeur à ton avis ?

MH : Je pense qu’elle a juste quelque chose d’assez inexplicable qui semble bien correspondre à ma musique. Il y a ce côté un peu obscur et puis c’est une image très simple mais également saisissante. J’ai l’impression que cela représente tout ce que j’essaie de réaliser avec ma musique. C’est pour cela qu’au même moment j’ai eu cette idée appeler l’album We Slept At Last car évidemment, cela collait parfaitement bien.

J’ai lu que tu définissais ton album comme sombre, sexuel mais aussi optimiste. 

MH : Oui, je pense qu’il y a ce côté optimiste qui ressort au travers des mélodies, de ce que je fais à la guitare et mon travail d’écriture qui est devenu beaucoup plus libre. C’est très sombre aussi évidemment ! (Rires). C’est toujours assez sombre avec moi, parce que j’aime bien la musique obscure, ce côté des choses et donc j’adore jouer avec tout cela quand j’écris. Enfin, c’est plutôt sexuel dans les paroles, sans aucun doute.

Depuis que tu as sorti tes premiers titres il y a maintenant trois ans, tu n’as pas cessé d’expérimenter des sonorités différentes. Ta musique évolue constamment d’un EP à l’autre. L’album serait-il l’ultime étape de ce processus de création ?

MH : Exactement. C’est pour cela que j’ai pris la décision de ne pas inclure des anciennes chansons de mes EPs dans cette ultime production. Tous mes précédents travaux étaient des explorations, des expérimentations mais aussi des instantanés de mon processus de création musical, et de ma progression des trois dernières années.

Effectivement, ton premier album a cette particularité, plutôt rare aujourd’hui, de n’être composé que de titres inédits. Comment expliques-tu ce choix ?

MH : Quand on écoute un “debut” album, on en connaît parfois déjà la moitié, c’est vrai ! Mais ici, c’est une nouvelle pièce totalement différente de mon travail. Mes trois précédents EPs sont trop disjoints, il aurait été difficile de les mettre ensemble à moi avis. Quand j’ai enregistré l’album, j’ai su que c’était beaucoup plus assuré et beaucoup plus réglé que tout ce que j’avais pu faire auparavant. Tout semblait si différent, je ne voulais pas emprunter ce nouveau chemin si je ne me laissais pas le temps de l’explorer totalement, d’aller au bout. J’ai donc laissé de côté tout ce que j’avais fait auparavant.

Depuis le début de ta carrière, tu as toujours travaillé avec le producteur d’Alt-J, Charlie Andrew. On le retrouve à nouveau à tes côtés sur cet album. Seriez-vous devenus inséparables ?

MH : Oui, nous avons travaillé ensemble sur quasiment chacune de mes productions depuis le premier single. Tout a très vite bien fonctionné entre-nous. J’ai tout de suite souhaité travailler avec lui quand j’ai débuté, donc je lui avais envoyé quelques démos. Il avait été séduit et nous avions immédiatement commencé à préparer mon mini-album en studio.

Tu t’es également bien entendue avec Alt-J, ses protégés, avec qui tu as joué, mais aussi collaboré…

MH : Je suis une grande fan de ce groupe,  j’ai tellement adoré leur premier album. Nous nous sommes souvent rencontrés dans le studio de Charlie. Ils m’ont proposé de chanter sur leur titre Warm Foothills qui est sorti l’an dernier avec leur deuxième album et j’ai fait plusieurs de leurs premières parties au Royaume-Uni, une superbe expérience !

Dans ton album, sur la chanson Skin, on peut entendre une voix masculine mais elle n’est pas créditée, qui est-ce ?

MH : Il s’appelle Sivu, c’est également un artiste britannique. Nous avons été en tournée ensemble et il est produit par Charlie également. Il chante lui aussi sur Warm Foothills d’ailleurs !

Est-il vrai que tu as enregistré la dernière chanson de l’album, Let Me In, dans ta chambre avec GarageBand ? (Une application de création musicale sur tablettes et smartphones ndlr.)

MH : Ce n’était pas vraiment prévu mais c’était très une belle surprise. J’avais fait une démo pour cette chanson et tous les enregistrements qu’on avait réalisé en studio à partir de celle-ci n’étaient pas parvenus à recréer la même ambiance de départ. Il y a avait quelque chose d’autre que j’avais réussi à saisir dans cette démo, quelque chose d’unique. C’était très naturel, je l’avais faite dans ma chambre un après-midi, il n’y avait aucune pression, tout était venu avec énormément de sincérité. Finalement, on l’a donc gardée comme tel !

Est-ce important pour toi de garder une touche un peu « lo-fi » (fait maison) pour s’écarter un peu des productions parfois trop propres et trop lisses du studio ?

MH :  Je pense que c’est très intéressant de proposer quelque chose de différent aux gens, moins “clean” et moins prévisible. Cela capture quelque chose de spécial de cette manière. Je pense que si cela devait se reproduire, je choisirai toujours cette version de « chambre », même si je peux avoir quelque chose de plus propre en studio.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, il y a deux ans, tu citais notamment Laura Veirs et Warpaint parmi tes influences. Qu’en est-il pour cet album ?

MH : C’est toujours le cas ! Pour l’écriture, aux côtés de Laura Veirs, je rajouterais Edith Frost, dont les chansons m’ont toujours prises aux tripes. Grâce à elle j’ai senti que je pouvais réaliser des chansons dans ce style sans pour autant avoir besoin d’être une surdouée de tels ou tels instruments. Elle m’a donc encouragée à me lancer dans un certain sens. Puis j’ai énormément écouté les Shins et Warpaint qui m’ont beaucoup apporté ensuite dans l’évolution de mes sonorités, quand j’ai commencé à m’aventurer vers quelque chose de plus « grungy » et expérimental. J’ai des goûts très différents et parfois bizarres en musique (rires). Cela peut-être autant The Knife, Fever Ray et Beach House que de la musique classique ou du Neil Young. Peut-être que ma musique aujourd’hui vient un peu de tout cela en même temps mis en commun ! (Sourire).

Au Badaboum tu montes sur scène avant All We Are, que tu as déjà rencontré en tournée, mais aussi avant les Canadiens d’Alvvays qui font leur première en Europe. Quelle impression te font-ils ?

MH : Le label européen d’Alvvays (Transgressive Records ndlr) est également mon distributeur donc il y a une sorte de connexion entre nous à ce niveau là. D’ailleurs… en fait… Si ! Nous avons déjà joué ensemble avant ! Tu m’as fait douté ! (Rires). Je m’en rappelle bien, c’était à Brighton il y a un an, pour un festival. En fait c’est leur première fois sur le continent, mais on a eu la chance des les avoir plusieurs fois au Royaume-Uni déjà. Leur album est trop cool !

Quel nouvel(le) artiste britannique que tu apprécies pourrais-tu conseiller ?

MH : Il y a une fille qui s’appelle Sophie Jamison. Elle va faire mes première parties dans les semaines qui arrivent. Elle a une très belle voix et elle joue avec deux garçons. C’est un son très atmosphérique, un peu sombre et froid. Écoute !

Est-il vrai que si tu n’avais pas été musicienne, tu serais devenue peintre ?

MH : Oui, enfin j’aurais essayé ! (Sourire). Au départ je devais en faire mes études, à l’université, mais finalement j’ai pris une autre route avec la musique. J’ai toujours adore cela, mais je ne peins plus tellement aujourd’hui parce que cela prendrait trop de temps. Cependant, je dessine beaucoup.

Un grand merci à Mélissa de Tomboy-Lab pour cette interview.

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