Rencontre avec Natas Loves You

Par le 12 mai 2014

Ce mercredi 7 mai nous sommes allées à la rencontre des Natas Loves You qui étaient de passage à la Coopérative de Mai à Clermont-Ferrand dans le cadre de la tournée Europavox. L’occasion d’en apprendre plus sur le groupe à quelques mois de la sortie de leur premier album The Eighth Continent

Hello les Natas Loves You ! Mais il en manque un là ? Vous êtes cinq normalement !

Oui, on a perdu Joachim (guitariste) dans la Coopé ! (rires)

Alors qui êtes vous et comment vous êtes vous rencontrés ?

Pierre-Hadrien aka PH (claviériste et chanteur) : On s’est rencontrés au Luxembourg, certain se connaissent depuis le collège.

Virgile (bassiste et chanteur) : Moi j’ai fait primaire, collège, lycée au Luxembourg, P-H et Alain ont fait le collège et le lycée là-bas et Joonas (batteur) y est né, maintenant on habite tous à Paris.

Du coup vous êtes venus à Paris pour faire de la musique ?

Virgile : Les études et la musique.

P-H : Et puis ça a vite switché que musique !

Comment est né Natas Loves You ?

Virgile : Natas c’est un projet qui est né des cendres de plein d’autres projets, P-H et moi on a été dans deux groupes ensemble avant ça. Joonas, PH et moi on avait un groupe avant Natas, tous les trois avec le frère de Joonas et Alain avait son groupe de son côté. On se connaissait déjà tous en fait et à l’été 2008 on a commencé à enregistrer et écrire des chansons ensemble et ça nous a plu, on trouvait que ce qu’on faisait c’était vachement bien ! Non je rigole, mais on s’est dit qu’on allait former ce projet, ça s’est fait un peu comme ça.

Vos premiers groupes c’était des styles de musique totalement différents de ce que vous faites maintenant ?

Tous : Oui plus ou moins !

PH : Même ce qu’on faisait avant, au début de Natas Loves You c’était super différent…

Virgile : À l’époque c ‘était très rétro…

PH :  …Très psyché. Il nous a fallut le temps de construire l’identité du groupe, et de nous construire nous, en tant qu’individus, on reste tout de même assez jeunes. Quand on a commencé le projet on avait 18 ans. Il fallait venir à maturation…

Natas Loves You, Natas c’est l’anagramme de Satan ? Une explication peut-être ?

PH : C’est marrant, tout le monde se concentre sur le « Satan » et pas sur le « love» et c’est assez drôle de prendre ça comme une espèce d’expérience sociologique, c’est ouf quand même, on met vachement l’accent sur le mystérieux et le sombre alors qu’il y a un truc super lumineux et tout mignon à côté et personne demande pourquoi « love ». Pour nous, c’est surtout l’amour qu’il faut prendre là dedans et le fait que même la pire des personnes est capable d’amour.

On parle de votre musique comme étant à la croisée de Metronomy et des Beatles, ce sont des références qui vous conviennent ?

Virgile : Moi Metronomy j’aime bien, je ne connais pas en profondeur, je connais juste le dernier album et celui d’avant. Les Beatles par contre c’est un groupe qui a été formateur dans beaucoup de sens pour nous, que ça soit au niveau des harmonies vocales ou autres…

PH : Ca a été un message aussi, le message central des Beatles…

Virgile : Oui, un message d’amour et de paix, aller vers l’autre et tout ça… C’est un groupe qui nous a beaucoup marqué, on a eu une grosse grosse période Beatles à peu près au moment où on a commencé le groupe.

PH : Et puis même c’est toujours quelque chose vers quoi on se retrouve… C’est comme un espèce de bon vieux film, tu sais que tu l’adores et tu sais pourquoi tu l’aimes et tu vas le revoir, revenir vers ce film dans tes moments de doutes. Tu vas te retrouver face à ce truc là et tu vas te dire « C’est ça qui a fait mon éducation, et ça m’a formé ». C’est un repère.

Virgile : Je crois que dans les Beatles il y a aussi le côté pop qu’on revendique et que les Beatles ont revendiqué aussi

PH : Le fait de ne pas être snob en fait

Virgile : La belle pop sans vouloir la brider. Ca a tout de même pour vocation de partager au plus large possible.

PH : Au vrai sens du mot Populaire. Populaire mais pas Popu comme disait Gainsbourg.

Virgile : Et puis la musique populaire peut être classe, c’est pas forcément antinomique, tant qu’elle parle au plus grand nombre.

Vous avez d’autres influences ? 

Virgile : On écoute beaucoup beaucoup de trucs, déjà on est loin de dire « ah c’était mieux avant », ce n’est pas vrai parce qu’on écoute plein de choses qui sortent aujourd’hui que ce soit dans le milieu de l’indie ou même de la soul moderne qui sort des Etats Unis, qui est superbe… Ou de la musique orientée jazz éthiopien. Donc on écoute de la musique d’aujourd’hui bien sur.

PH : Beaucoup de hip-hop aussi… Que ce soit 90’s ou ce qu’il y a aujourd’hui. Moi j’écoute du R’n’B c’est un petit peu mon péché mignon (rires). On aime prendre des influences dans chaque truc et il y a du bon plus ou moins partout, après parfois il y a une énorme couche qui est un petit peu dégueulasse mais il y a vraiment du bon dans pas mal de truc.

natas

Si vous aviez un coup de cœur à nous confier ? Vous écoutez quoi sur la route ?

Tous : Rodrigo Amarente !

Virgile : C’est un musicien brésilien, auparavant il avait un groupe disque d’or mainte et mainte fois qui s’appelait Los Hermanos, ensuite il a fait un projet avec un des mecs des Strokes qui s’appelait Little Joy, il a beaucoup joué avec Devendra Banhart. Et là, il a sorti son album solo qui s’appelle Cavalo qui est un album magnifique chanté en portugais, en anglais, en français. C’est vraiment très très bien ce qu’il fait… Ca fait deux, trois mois que c’est en boucle dans notre appart.

Alain (Percussionniste et chanteur) : Pour ce qui est de la musique contemporaine oui, sinon on a un autre coup de cœur, brésilien, qui est Tim Maia qui est un homme de la soul des années 70, qui est totalement méconnu ici. Alors qu’au Bresil c’est une super star. Tim Maia, il passe en boucle aussi chez nous, et c’est une référence dans l’esprit, dans la chaleur de la musique. La bossa-nova c’est quelque chose qui nous influence beaucoup depuis longtemps, qui nous touche beaucoup aussi. On a eu toute une phase où c’était beaucoup plus important pour nous musicalement, on a essayé de l’incorporer dans la musique, maintenant un peu moins… C’est surtout la chaleur, le soleil se sent à travers cette musique et on veut que ça se sente dans la notre.

PH : Et c’est ouf que tu poses cette question d’ailleurs,  parce qu’on écoute pas vraiment de trucs ensemble, d’ailleurs on a pas pris de CD pour la route et ça va me saouler… On dort tous dans un coin, ou alors moi je parle (rires)

Virgile : Sinon on met tous des écouteurs et moi j’ai un super casque que Joachim, le guitariste, essaye toujours de me voler (rires). Je crois que c’est bien aussi d’avoir un moment tranquille, il y a aussi un truc zen dans le fait de tracer, d’être sur la route, sans trop de distraction, pouvoir être un peu dans son coin parce qu’après le reste du temps tu es toujours avec tout le monde.

PH : Et on est tellement hyper actifs aussi…

Virgile : C’est vrai qu’on a un petit côté moins de douze ans quoi (rires)

Vous avez collaboré avec Jackson & His Computer Band, c’est un pote à vous ? En quoi a consisté la collaboration ?

PH : C’est devenu un pote ouais ! En fait ce qu’il s’est passé c’est qu’on était dans des locaux de studios a Paris, rue de la Folie-Méricourt où il y a des Birdy Nam Nam, Para One, Botox, Surkin, Jackson and His Computer Band, et nous y étions aussi. A un moment Jackson arrive le soir comme ça, 21h, nous on était en train de travailler sur notre album, on enregistrait des trucs, et il arrive avec une minerve parce qu’il s’était pété la nuque à une soirée et il nous fait « Ouais les mecs, j’ai cette chanson là, mais je sais pas trop quoi faire… »

Virgile : «…C’est une espèce de ballade débile » (rires) « J’arrive pas à la finir, j’ai écouté ce que je vous faites, j’aime bien, donc je ne sais pas, écrivez des paroles, essayez de poser des voix… »

PH : Genre 2 heures plus tard on avait fait tout ça et on retourne le voir, on lui donne et il nous fait « Oh putain ça déchire ». Donc on a fini sa track ensemble et ensuite on en a refait une autre parce qu’il nous a fait ecouter une autre track qu’on a trop kiffé, une track un petit peu sexy, un petit peu été, enfin à la Jackson quand même, donc un petit peu darkos’ en même temps (rires), et on a réécrit dessus en fait et puis elle est sortie au Japon sur l’édition Japonaise de son album. Mais ouais très très belle rencontre et c’est un personnage quoi… Il est particulier, c’est quelqu’un de très intelligent, très cultivé et moi j’aime beaucoup ce qu’il a essayé de faire sur son dernier album.

Votre EP vient de sortir, il y a un album à venir bientôt ? Qu’est ce que vous pouvez nous en dire ?

Virgile : L’album est fini, il est enregistré, masterisé etc. On l’a enregistré en Juin dernier avec Chris Zane et il va sortir à la rentrée 2014, après l’été normalement. Les titres de l’EP sont en grande partie tirés de l’album.

PH : Je pense que vous allez retrouver les influences plus diverses que celles qu’il y a sur l’EP, qui comporte plus ou moins que des singles en fait. L’album sera bien plus vaste, il y a des intros, des outros, on a voulu vraiment faire un truc assez chiadé dans le sens où on voulait construire ça comme une histoire et garder cette espèce de format d’album qui nous est important.

Virgile : Tout à fait, et l’album s’appellera « The 8th Continent » et c’est un album à thèmes, à thèmes grands et philosophiques. En vrai c’est un album sur lequel on a travaillé pendant très longtemps, qui veut dire beaucoup de choses pour nous et on espère qu’il sera reçu avec enthousiasme parce que c’est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur.

On a vu votre clip pour le morceau Skip Stones, tourné en Inde, comment a t-il été préparé ? 

PH : Ce qui est marrant, c’est qu’on avait déjà un script de prévu, d’un groupe qui découvre un autre environnement et une semaine avant le clip, on nous appelle, notre manager, qui nous dit « Les mecs, vous êtes chauds, qu’est ce que vous diriez d’aller en Inde ? », nous on y croyait pas… Alain n’y croyait pas !

Virgile : Moi j’étais hyper mitigé, je me disais en une semaine faire les visas, préparer le voyage et tout… Donc on a dit oui, grave ! Et une semaine plus tard on était dans l’avion et du coup on était bien dans un environnement qui pour le coup était très très différent. On découvrait en même temps qu’on tournait, donc vu que l’esprit du clip à la base c’était filmer un road trip entre potes du coup comme destination c’était difficile d’imaginer plus adapté en fait. Quand les gens découvrent le clip, et découvre l’Inde, on nous voit découvrir, et c’est ce qui se passe quand on le revoit, on se voit découvrir l’Inde. C’était vraiment fort comme voyage…

Alain : Il n’y avait pas vraiment à jouer une émotion, quand tu es sur un éléphant tu es euphorique !

Virgile : C’est un film de vacances ++ en fait (rires)

PH : C’est un truc en réaction encore une fois, à tout cet esprit snob, à tout cet esprit hype, on a voulu donner du bonheur simple et c’est ce qu’on veut faire tout le temps, juste kiffer avec les gens et partager un truc que ce soit pour le live, pour l’album ou pour un clip…

Vous allez pouvoir bien partager, vous avez une grosse tournée qui vous attend…

Virgile : Ouais le mois de mai là, dur… Mais pour nous c’est très bien, c’est ce qu’on attendait, jusqu’à maintenant on a fait pas mal de dates mais c’était plus éparse. Là c’est la première fois qu’on va vraiment enchainer des dates, pour un jeune groupe comme nous, c’est super… Et on va jouer à Primavera, où on va faire quatre concerts en tout, c’est bien pour finir le mois de mai, on va finir sur une belle note.

Vous l’appréhendez comment cette tournée, pas trop peur ?

PH : On va faire comme d’hab, on va y aller et puis on verra !

Virgile : On y va, on se pose pas trop de question, on essaye de se marrer tant qu’on y est et puis faire les choses bien, faire des beaux concerts… C’est tout ce qu’on nous souhaite !

Alain : Joonas a fait une crise de nerf il y a trois jours « On va partir en tournée ! Really ? » (rires)

Virgile : Encore une fois comme on se connaît tous depuis longtemps et qu’on a quand même fait beaucoup de concerts ensemble, le fait de rester ensemble plusieurs jours d’affilé, ça ne nous fait pas peur… Déjà Joonas, Alain et moi on vit ensemble déjà donc partir en tournée, être les uns sur les autres ce n’est pas un problème.

Pour la composition ça se passe comment, vous composez à cinq ?

Alain : Pour les textes, on les écrit tous les trois, les trois chanteurs, Virgile, PH et moi.

Virgile : Et après pour la musique, on se bat à mains nues pour savoir qui… (rires) Non, en général c’est PH qui arrive avec une idée au clavier et ça peut être vraiment quatre accords comme ça peut être presque toute une chanson et après on essaye de juste mettre notre patte et d’élaborer au dessus. Ca peut prendre beaucoup de temps parce qu’on est cinq et on aime bien revisiter les choses, il y a des chansons qu’on joue depuis 4 ans et qui ont changé de visages quinze fois depuis.

PH : Parfois on récupère un riff à droite à gauche, parfois on chope un truc là, c’est vachement lent comme processus. On est lents…

Virgile : On est un peu lent, mais je crois que c’est un petit peu l’esprit de nos influences et tout ça, genre on glane un peu partout et je pense qu’il a aussi ce truc là dans la manière dont on compose.

Alain : C’est lent dans le sens où on essaye de faire quelque chose de qualité, on est tous sur une même longueur d’onde et parfois c’est un combat !

PH : Non mais c’est très démocratique en fait, en même temps il y a beaucoup d’amour, c’est du relationnel et donc c’est très démocratique. Ca prend du temps, il faut convaincre, il faut choisir… Mais c’est cool au final !

Virgile : C’est comme l’Europe quoi… (rires)

Il y a d’autres formes d’expressions artistiques qui vous influence ? 

PH : Le cinéma surtout, on aime beaucoup beaucoup le cinéma. Alain a une énorme culture cinématographique notamment tout ce qui est japonais, des trucs que moi je regarderai jamais personnellement parce que j’aime les bons gros films ‘ricains, sinon c’est trop angoissant pour moi (rires)

Virgile : Ouais, on regarde beaucoup de films ! Le ciné c’est ultra important pour nous, on kiffe bien et puis aussi la musique de film en fait. Moi je sais que j’ai écouté plein de BO dont je n’ai jamais vu les films par exemple et après c’est vrai qu’il y a plein de films que j’ai vu et où je n’ai pas retenu la BO… Donc ça marche un peu dans les deux sens. Mais après je pense que dans l’écriture il y a aussi beaucoup de littérature… Notamment Alain qui a quand même fait des études de littératures, donc la poésie et tout ça…

Alain : L’exemple le plus pertinent où on s’était directement influencés de quelque chose que j’avais lu dans un livre bouddhiste c’était une chanson qui s’appelait Gold & Copper qu’on ne joue plus en fait…

PH : …Ouais et elle est sur rien, à part est sur les iPod des gens qui suivaient un petit peu le truc (rires)

Alain : …Et c’était une histoire toute bête qui voulait dire que parfois notre perception  d’une chose change juste parce que la chose, elle, change. L’histoire c’était un vieux qui rentrait à la maison et qui avait une vieille pierre dans son jardin, il s’asseyait dessus tous les soirs, tous les matins, il mangeait dessus, c’était une pierre donc c’était pas grave il pouvait tout faire avec. Et juste à un moment il s’est dit : « Je vais faire un bouddha de cette pierre » et donc il l’a taillé et à partir de ce moment là c’était sacré, il n’y avait plus personne qui pouvait la toucher, ni s’asseoir dessus, alors que ça restait une pierre. De la même manière qu’un crucifix reste un bout de bois, après on y attache un sens. Donc voilà pour Gold & Copper il y avait un exemple précis. Mais après on a tous lu des bouquins, un mot, une phrase qui nous a touché pour qu’on dise « Oh les mecs, hier j’ai lu un truc… » et qu’on l’incorpore dans un texte.

natas-loves-you-concert-accords-et-a-cris-11-juillet-fougeres

Vous faites quelques dates avec la Tournée Europavox, comment ça s’est passé ? Vous avez été repéré après votre passage au Festival Europavox l’année dernière ?

PH : Ouais, on avait fait un concert l’année dernière dans le Magic Mirrors du Festival Europavox, et c’était une bête de soirée d’ailleurs, j’ai envie de passer un big up aux gens qui étaient là, parce que vraiment… On jouait avec Joycut, avec qui on a rejoué par la suite. Enfin c’était trop cool, le public clermontois était ouf… Ca reste vraiment dans nos souvenirs des meilleurs concerts, on s’est trop marrés, les gens étaient super cool… Et donc oui, on est allés à Bologne, pour une antenne italienne d’Europavox, avec un des mecs de Joycut qui organisait ça justement et suite à ça, on est restés en contact et nous sommes ici !

Donc plutôt contents de revenir à Clermont-Ferrand ?

Tous : Grave !

Merci aux Natas Loves You, leur manager Tommy et à 3ème Bureau ainsi qu’au staff de la Coopérative de Mai. Propos recueillis par Claire Delorme et Julie Bednarek. 

, , , , , , , ,