Rencontre avec Rone

Par le 17 juin 2013

Depuis la sortie de son deuxième album, Rone sillonne les routes pour délecter nos oreilles de sa musique électronique rafraîchissante et imagée. Entre deux dates, Erwann de son prénom, a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions à Paris.

Pourrais-tu nous expliquer d’où provient ton nom de scène ?

Rone vient d’un jeu de mot un peu facile. En fait, comme je m’appelle Erwan, c’était au départ R.One. Je pensais en faire mon nom d’artiste et un jour par accident, un graphiste a oublié de mettre le point sur un flyers. J’ai donc décidé de garder ce nom là.

Tu as emménagé à Berlin en 2011 pour travailler sur ton deuxième album, pourquoi ce changement et pourquoi cette ville ?

J’avais surtout envie de partir de Paris. Je suis un gros parigot, j’ai grandi à Paris et j’adore cette ville mais j’avais besoin de changement tout d’un coup. Après le premier album, j’ai pensé à plein d’endroits mais rapidement c’est Berlin que j’ai choisi parce que c’est une ville que j’adore où il se passe plein de choses et en même temps c’est une ville moins stressante que d’autres grandes capitales. Ca a été en fait un vrai coup de foudre.

Ça fait maintenant 3 ans que tu es à Berlin, du coup, quel regard jettes-tu sur la scène électro française maintenant que tu as du recul ?

C’est marrant parce qu’avec la distance, j’ai l’impression d’avoir un regard extérieur. Il a l’air de se passer plein de choses intéressantes. Mais avec le temps, j’ai du mal à me dire qu’il a une scène française ou une scène allemande. J’ai l’impression que tout ça, c’est de plus en plus flou du fait qu’il y ait des gens comme moi qui bouge. On ne sait plus vraiment d’où vient tel ou tel artiste et on finit par s’y perdre. Ca n’a plus vraiment de sens même si il y a des artistes et des sons qui sont très connotés « parisiens » plus que français, mais j’y prête pas vraiment attention.

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Du coup, tu ne te considère pas comme faisant partie d’une scène en particulier ?

Au départ, en faisant de la musique, j’avais un peu ce fantasme de faire partie d’une espèce de famille musicale et puis finalement, ça ne m’intéresse pas. Je préfère être un peu isolé et fréquenter des musiciens à droite à gauche avec qui bouger et faire des trucs, mais ne pas trop me retrouver dans une famille géographiquement parlant. Par exemple, des musiciens comme Gaspard Claus, qui passe son temps à sillonner la planète avec son violoncelle sur le dos et qui bosse avec plein de musiciens de tout horizon dans le monde entier. Je trouve ça plus intéressant que de s’enfermer dans une famille musicale et finalement, de tourner en rond.

Tu es actuellement sur les routes, tu fais pas mal de festivals, quelles sont tes premières impressions sur cette tournée ?

C’est complètement fou ! Depuis mon premier concert, je me rends compte que je suis complètement accro au live et je prends vachement de plaisir à jouer devant des gens. Avec le temps, c’est devenu plus intense et l’énergie est plus forte. Chaque date est un peu différente. C’est assez difficile de l’exprimer, c’est un truc magique quoi !

Sur l’album Tohu Bohu, il y a deux titres en featuring, tu as aussi travaillé sur le dernier album de The National, est-ce que tu as d’autres collaborations de prévu prochainement ?

J’ai déjà travaillé avec John Stanier, batteur des Battles pour un titre bonus de l’album Tohu Bohu. Après, j’en ai plein d’autres en cours dont je ne peux pas trop parler parce qu’on est encore en train de bosser dessus mais y’a des collaborations novatrices pour moi avec des gens très connus et d’autres beaucoup moins. Je renouvelle aussi l’expérience avec des artistes avec qui j’ai déjà bossé tel que Gaspard Claus. J’ai vraiment envie d’en faire un maximum en fait.

Tu es actuellement un des plus jeunes artistes de l’électro française. Y’a aussi Superpoze, qui pour le coup est encore plus jeune que toi. Il a dernièrement bossé sur un remix pour toi, quelles sont vos relations et que penses-tu de son travail ?

Alors c’est lui qui m’a contacté et à ce moment là, je ne connaissais pas encore son travail. Y’a eu une bonne approche et il m’a proposé de me faire un remix et celui-ci rend vraiment bien. C’est drôle parce que c’est plutôt une relation à distance. On s’est croisé plusieurs fois mais à chaque fois c’était au détour d’un couloir dans un festival et on avait à peine le temps de se saluer. Le peu d’échanges que j’ai eu avec lui, je l’ai trouvé vraiment cool et touchant. Sa musique est vraiment intéressante et rafraîchissante.

Pour les clips de ton album, tu as fait appel à des personnes que tu connais bien, tu peux nous en parler un peu ?

Alors ce sont des très bons copains que je connais depuis longtemps. Vladimir Mavounia-Kouka – qui a réalisé le clip de Spanish Breakfast sur le premier album – je le connais depuis mes 14 ans. Et Dimitri Stankowicz qui a fait le clip de Bye Bye Macadam est un copain de Vladimir. Comme ils me connaissent bien, je leur lâche un morceau et je leur donne carte blanche. Ça compte vraiment pour moi. Faire appel à une super grosse boite qui va te faire un truc très léché mais qui finalement sonne hyper creux, ce n’est pas intéressant. Là ce sont des personnes qui me connaissent et je me retrouve à chaque fois dans ce qu’ils font.

Tu as également fait des études de cinéma. Tu n’as pas eu envie du coup de travailler sur tes propres clips ?

Si j’y ai pensé et je pense qu’un jour je craquerais et je finirais par le faire. Mais encore une fois, y’a tellement de gens autour de moi très talentueux et j’ai déjà tellement à faire avec la musique, que j’aime bien l’idée de confier ça à quelqu’un d’autre. C’est aussi une manière de ne pas tout maîtriser. Ca me ferait flipper de tout gérer de A à Z. J’aime bien l’idée que quelque chose m’échappe un peu. Le morceau est mis en image par quelqu’un d’autre et du coup cette personne va amener son univers et créer une alchimie intéressante. Pour l’instant, ca me convient mais peut être qu’un jour je me dirais : Celui là il faut vraiment que je le mette en images !

Tu ressors courant juillet l’album Tohu Bohu avec 6 titres bonus dont deux versions alternatives de Beast et Let’s Go. Ce sont des titres que tu as retravaillés depuis la tournée ?

Alors en fait, quand tu travailles sur un album, c’est toujours facile de commencer à concevoir un titre mais le plus dur c’est de le finaliser. Il se trouve que pour ces deux titres j’avais envie de les amener ailleurs. C’est vrai qu’en live, tu as déjà pas mal de possibilités mais déjà au moment de concevoir Let’s Go par exemple, j’avais déjà plusieurs idées.

Du coup, quand on m’a proposé de ressortir Tohu Bohu, j’me suis dit que ca pourrait être bien d’avoir des inédits et des morceaux retravaillés, des versions un peu alternatives. C’est le cas de Let’s Go où j’ai complètement changé l’instrumental tout en gardant la voix d’Hugh Priest. Et pour Beast c’est un peu différent. Pour moi c’est un titre très narratif où je me représente une bète sauvage et le titre sonne plutôt comme une suite d’où le titre Beast (Part 2).

Il y a aussi 3 inédits et un interlude. Tu peux nous en parler un peu ?

Donc j’ai travaillé avec John Stanier dont je parlais tout à l’heure. C’est pour moi un des meilleurs batteurs du monde. On est allé dans un studio à Berlin et je lui ai mis la petite boucle de mélodie que j’avais en tête dans son casque et il a passé l’après midi à jouer dessus. ça a donné le titre Pool.

Pour Room 16-18, c’est un peu le morceau maudit parce qu’au départ, il devait apparaitre sur l’album et je l’ai retiré au dernier moment. Du coup, j’ai un peu regretté et j’en ai profité pour le mettre dans les bonus.

Sinon Tag c’est un titre complètement nouveau. Du coup, ça reflète bien l’idée de Tohu Bohu dans le sens du terme : un petit bordel de vieux trucs et de nouveaux trucs qui se mélangent !

Pourrais-tu nous décrire ton album en 3 mots ?

Oula, c’est dur ça ! Je pourrais déjà dire Tohu Bohu ça ferait déjà deux mots ! Non euh, je dirais d’abord Expérimentation, parce qu’il y a vraiment un travail de recherche sur le son, le grain et la texture. En même temps, j’ai pas envie que ça devienne trop geek et intellectuel, que ça finisse par ne parler qu’à moi. Le deuxième mot ça serait Spontanéité : lorsque je fais de la musique, ça doit directement provoquer des choses en moi, me donner la chair de poule, qu’il se passe quelque chose. Et le troisième mot, je dirais Bricolage, parce que j’ai une manière un peu étranger de bosser où parfois je ne sais pas trop ce que je fais, je bricole des trucs, j’en rajoute d’autres, etc.

tohu-bohu

En combien de temps tu construis un morceau en général ?

Et bien c’est très variable. Par exemple, pour Bye Bye Macadam, je l’ai fait en deux heures, complètement bourré. J’avais passé une journée en studio et je n’arrivais pas à sortir quelque chose. J’étais déprimé et frustré. Je sui rentré chez moi et j’ai commencé à picoler un peu. J’ai ressorti mon ordinateur, j’ai commencé à poser une petite mélodie et le morceau s’est déroulé hyper vite et spontanément. A l’opposé de ça, y’a des titres qui se sont fait en deux mois, qui ont trainés et au final, je me rends compte que plus le morceau sort vite et plus il a de chance d’être bon du fait de cette spontanéité. Je me suis même imposé une méthode de travail qui consiste à concevoir un titre par jour, quitte à revenir dessus mais du coup sur un mois de travail, tu sais qu’il y aura forcément des titres qui vaudront le coup.

Une dernière question, qu’est ce que tu écoutes en ce moment, tout genre confondu ?

C’est marrant parce que depuis tout à l’heure, je fais le malin en disant que j’écoute de tout mais il se trouve qu’en ce moment j’écoute beaucoup de musique électronique. Quand je travaillais sur l’album, j’en ai pas écouté du tout et j’étais un peu à la ramasse. Du coup, je me rattrape en ce moment. J’écoute le dernier Boards of Canada, Jon Hopkins, Daft Punk. J’essaye en fait d’être curieux et de m’obliger à écouter de tout.

Remerciement à Virginie Freslon, Infiné Music et à Rone pour cette interview.

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