Rencontre avec Talisco

Par le 03 novembre 2014

Il y a quelques semaines avait lieu la huitième édition du Just Rock à Lyon. Ce festival regroupe chaque année les plus talentueux groupes indés de la scène émergente. Cette année nous avons pu voir entre autres Talisco et faire la rencontre de Jérôme, chanteur, compositeur du groupe, qui nous a pu nous faire découvrir davantage l’âme de son tout récent projet...

Tu fais de la musique depuis assez jeune, 11 ans. Quels artistes ont pu te donner envie de te mettre à la musique et de t’y investir ?

Je ne sais s’il y a vraiment des artistes… Les artistes ne sont pas des déclencheurs en fait, j’ai toujours voulu faire de la musique après il y a certains artistes qui ont participer a des influences, qui ont créé certains déclics aussi mais ce ne sont pas les artistes qui m’ont donné envie de faire plus de musique. J’avais déjà cette envie là. Mais quand j’étais vraiment gamin, mais comme tous les gamins tu as envie de ressembler à un tel ou a un tel mais au final aujourd’hui ces artistes là n’ont plus aucun rapport avec ce que je fais aujourd’hui, c’est Beastie Boys avec leurs albums In communication et Shake your head, j’étais vraiment gamin quand j’écoutais ça et ils m’ont juste montré que tu pouvais aller où tu veux avec la musique.

Tu viens de Bordeaux à la base, c’est la bas que tu as fais tes premières scènes ?

Oui mais en fait, j’ai fait de la musique jusqu’à l’âge de vingt ans à peu près, vraiment à fond… Mais avant Talisco j’ai dû faire quatre ou cinq concerts, pas plus… Après j’ai mis ça de côté pendant des années, je bossais, je faisais tout autre chose, je ne faisais pas du tout de musique, ou juste par dilettante. Et donc avant ça j’avais fait quatre ou cinq concerts par plus avec un groupes d’ados quand j’avais 16, 17 ans. Après à l’âge de 20 ans, tu te rends compte que faire de la musique c’est un bien joli rêve mais c’est très compliqué pour gagner sa vie, donc j’ai mis ce rêve un peu de côté. Je me suis heurtée à la réalité qui est que tu es obligé de gagner ta vie pour vivre donc j’ai pris un job, j’ai bossé pour des agences de comm’ et je faisais de la musique en dilettante. Et il y a à peine trois ans et demi, quatre ans, je ne me suis pas réveillé un matin en me disant « fais de la musique » mais presque. Chaque année qui s’est écoulée pendant tout ce temps où je ne faisais pas de musique, chaque moment, il y a une certaine frustration qui grandit avec le temps. Au bout d’un moment je me suis dis « tu as ça dans les tripes, donne toi une chance ».

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Ca a été dur de prendre la décision de changer de vie ?

Non, ça a été plus dur pour mon entourage que pour moi. C’est mon entourage qui m’a mis en garde « qu’est ce que tu fais, tu ne te rends pas compte, tu vas pas faire ça maintenant, c’est un truc que tu fais à l’âge de 19, 20 ans mais pas maintenant. » Donc du coup, ils ont un peu flippé, après moi je suis maître à bord donc je fais ce que je veux, les risques je les prends, tant que je mets personne en danger, ça va quoi.

En ce moment tu es en tournée, c’est tout nouveau également, comment ça se passe ?

C’est excitant ! C’est plutôt cool de faire ça ! Ca peut peut-être un peu effrayer, mais moi je prends du plaisir. Je me suis entouré de musiciens qui sont devenus mes amis, ça se passe vraiment bien. Au final sur scène c’est un vrai groupe, ce n’est pas moi et des musiciens, il y a une vraie identité, on a construit le live ensemble, donc il y a une vraie complicité, c’est que du plaisir. En effet, je n’avais pas d’expérience sur la scène, très très peu, et c’est venu tout seul !

Et justement tes deux musiciens, comment les as-tu rencontré ?

C’est du bouche à oreille, on m’a conseillé de travailler avec eux. Je les ai rencontré et c’était au feeling.

Pour la composition, comment ça se passe ?

L’album a été composé seul, et par la suite on verra, j’ai l’habitude de bosser seul. Ce n’est pas une volonté, c’est juste que j’ai pris l’habitude de travailler comme ça. Après je n’exclu pas du tout des collaborations… Je bosse un peu comme quelqu’un qui fait de l’electro, je suis entouré de mes machines, j’enregistre directement, je mixe aussi directement… C’est le même processus.

Ton album s’appelle Run, aucun morceau sur l’album ne s’appelle comme ça, pourquoi alors ?

Je n’aime pas l’idée d’avoir un album qui porte le titre d’une chanson, parce je ne voulais pas choisir un morceau, pour moi il n’y a pas une chanson qui révèle l’album, pas du tout en fait. Pour moi l’album c’est un ensemble de chansons, c’est une œuvre entre guillemets, tu donnes un titre à un projet, à l’ensemble d’une dizaine de chanson. J’aimais l’idée de donner un nom à tout ça parce que ça a été fait dans une même énergie, sur un moment très très court, avec des thèmes qui n’ont pas été choisi mais qui se ressemblent. C’est un projet qui a été fait sur un mois et demi, qui est condensé en termes de temps et en termes d’énergie donc ce nom « Run » il resume la manière dont j’ai fait l’album et ça résume aussi les titres. C’est un album qui parle d’aventure, d’action, de départ, d’émotions fortes, d’énergies positives en tout cas, et je trouvais que Run, c’est une jolie métaphore pour ressembler tout ça. C’est un album que j’ai créé volontairement dans l’urgence, pour être spontané, je ne voulais pas faire un album réfléchi, le faire comme ci ou comme ça, parce que telle ou telle chose marche, je n’en voulais pas. Je voulais vraiment quelque chose qui sorte des trippes, qui soit instinctif et spontané.

Un mois et demi c’est vraiment court en effet…

Oui c’est court mais c’est excitant parce que tu fais les choses dans l’urgence donc du coup tu n’as pas le temps de prendre du recul sur ce que tu fais.

Run c’est également le nom d’un court métrage, quel rôle as-tu joué dans le court métrage ?

Alors en fait le court métrage Run est vraiment fait pour illustrer l’album, c’est un espèce de teaser, ça parle de tout ce que tu trouves dans l’album. Le rôle que j’y joue, concrètement, c’est juste un clin d’œil histoire d’apparaître. Il a été tourné aux Etats-Unis par des réalisateurs américains qui ont beaucoup d’idées, qui ont écouté l’album, qui l’ont aimé et qui se sont projeté dans le court métrage. On en tout de même discuté au préalable. C’est un court métrage qui est codé, Run parce que c’est le nom de l’album, j’ai choisi trois titres qui résume l’album, comme un grand écart de ce qu’on peut trouver dans l’album. Visuellement, on y trouve tous les thèmes, tu as des personnages qui sont brutes, sans maquillage, tel quel, pour moi ils symbolisent que l’album a été fait de cette façon là, le son, la texture des sons, quelques choses de brut, d’un peu animal. Tu as cette espèce de rage que tu retrouves chez certains personnages qui sont assez forts, pour montrer la volonté et encore une fois la manière dont il a été fait cet album là. Il y a beaucoup de lumière, beaucoup de grands espaces, ce sont aussi des thèmes abordés dans l’album… Tout ça pour dire que ce court métrage, il est codé dans le sens où il parle de l’album et que l’un ne va pas sans l’autre.

Des trois morceaux qui composent le court métrage il y en a un issu d’un ancien EP…

C’est un clin d’œil, parce que l’album est une continuité de l’EP aussi. C’est pour montrer qu’il n’y a pas eu un EP qui a été fait comme ça et un album qui n’a rien a voir. Non, c’est vraiment une histoire, il se passe quelque chose entre les deux.

Le cinéma c’est quelque chose qui t’inspire en général ? 

L’image en général m’inspire, ça passe par tout, la photo, par n’importe quel film. Tout va m’inspirer mais c’est surtout le regard que je porte sur les choses, ça peut être un film, ça peut être un contexte, une scène de vie, une rencontre, des choses que je vois et après je potasse autour de ça quoi, j’imagine les choses, j’ai un regard assez contemplatif, je prends beaucoup de recul, je me porte souvent comme si j’étais narrateur des choses, je me mets jamais vraiment dans l’histoire. Dans tout ce que je raconte, je ne parle pas de moi, je suis plus contemplatif de certaines scènes, c’est comme ça que je fais les choses.

Quant à l’artwork de l’album, assez minimaliste, quel est son histoire ?

Très bonne question, c’est la première fois qu’on me l’a pose ! J’aime les symboles des pièces, souvent tu as des personnages de profil, c’est comme un écusson, un tampon, un blason… Ce que tu vas trouver sur des châteaux, au dessus des grandes portes derrière lesquels il se passe quelque chose. J’aime beaucoup cette image là, c’est un emblème, derrière ça il y a une histoire, ça raconte quelque chose. Ce symbole je l’ai choisi car c’est une représentation symbolique de Talisco, qui est un personnage qui a existé par le passé, c’est propre à ma famille donc c’est un hommage que je rends. C’est quelque chose que je garde un peu secret par pudeur.

Eventuellement si un deuxième album devait arriver, on pourrait retrouver ce symbole ?

On pourrait ouais…

Et d’ailleurs, quels sont les prochains projets pour Talisco ? 

Pour l’instant c’est assurer les concerts, et bosser sur un deuxième album !

Remerciement à Jérôme de Talisco ainsi qu’à Birdy Birdy, Mediatone, L’Epicerie Moderne et à Mehdi Benzadi de Roy Music.

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