Sampa The Great : la nouvelle déesse du rap !

Par le 10 novembre 2017

Elle a un talent fou. Kendrick Lamar est le premier à l’avoir remarqué alors qu’elle débutait à peine. Depuis, elle a partagé des scènes avec Thundercat, Ibeyi, Little Simz et plus récemment, Joey Bada$$, qu’elle surnomme le King. Elle aussi est une Reine. Fière de son ambition, Sampa The Great se revendique rappeuse et poète. Deux ans après The Great Mixtape et une poignée d’EPs, elle sort un nouvel album Birds and the BEE9 qui met à l’amende ses contemporains dans un subtil mélange entre rap, gospel, jazz et musique traditionnelle africaine. Portrait.

« J’ai l’impression qu’il s’est passé cinq ans tant la croissance fut rapide », s’étonne-t-elle encore. En seulement deux ans et la sortie de son premier album The Great Mixtape, ce petit bout de femme a réussi à mettre le monde de la musique à ses pieds. « J’ai rencontré des gens que je n’aurais jamais pensé rencontrer et qui m’ont en plus apporté leur soutien. Je n’aurais jamais cru ça possible. » Elle a débuté dans le grand bain des rappeurs grâce à Kendrick Lamar qui lui a proposé ses premières parties. A ce moment-là, Sampa ne sait pas encore qui elle est en tant qu’artiste. En tout cas, ce n’était pas quelque chose qu’elle exprimait à voix haute. « Tu imagines, me dit-elle. J’étais toute fébrile. J’avais peur. Je jouais les chansons les unes après les autres sans même lever les yeux vers le public. C’était hyper impressionnant de me produire devant 2 000 personnes alors que je jouais à peine devant 20 personnes à l’époque. » Depuis, Sampa a roulé sa bosse. Hier à Berlin, demain à Londres, on la rencontre quelques heures avant son concert au Pop-Up du Label à Paris. Elle boit une tisane au miel pour soigner sa voix. Etre à 100% tous les soirs, ça crève !

Originaire de Zambie et basée à Sydney, Sampa, 24 ans, a ce petit quelque chose en plus qui fait mouche dans la galaxie rap. D’ailleurs elle l’assume jusque dans son pseudo qu’on pourrait traduire par Sampa la magnifique. On a aussi envie d’user de tous les superlatifs la concernant ! Elle concède une part d’egotrip tant qu’elle l’utilise à des fins positives. Elle précise : « Je ne dis pas que je suis fantastique, je voulais simplement proposer, avec ce projet, la meilleure version de moi-même. Parce que se dire qu’on est la meilleure, ça fait du bien et ça nous pousse à aller de l’avant. » Petite, elle cherche déjà à attirer l’attention sur elle, souffrant d’être l’enfant du milieu – elle a deux sœurs. « Je gémissais dans mon coin : personne ne m’aime ! », ricane-t-elle. Alors, elle se met à écrire des chansons pour se faire remarquer. Ses textes ressemblent de plus en plus à de petites poésies. Cette amoureuse des mots glisse progressivement vers le slam et participe à des concerts de « spoken word » en Afrique et aux Etats-Unis où elle fait ses études. Puis c’est le choc ! En entendant un morceau de Tupac, la musique s’offre à elle. « Je me suis dit qu’il avait réussi le mariage de la poésie et de la musique, et ça sonnait bien ! C’est comme ça que je suis venue au rap. »

Elle s’épanouit depuis dans le mélange des genres, empruntant à l’afrobeat de Fela Kuti ses influences jazz, à la musique traditionnelle africaine ses chants et ses harmonies et au gospel, sa portée spirituelle. Ainsi elle marque sa différence parmi ses collègues rappeuses et rappeurs. « La meilleure façon d’être unique, c’est de se raccrocher aux sons avec lesquels vous avez toujours vécu et tout cela entre en collision pour former un ensemble cohérent », résume-t-elle. Sampa a grandi entre la Zambie, où elle est née, et le Botswana, où ses parents se sont installés quand elle avait deux ans. « Mes parents ont toujours écouté de tout, du reggae, du jazz, pas seulement de la musique zambienne. C’est sans doute pour cela que j’aime prendre l’inspiration partout autour de moi. Dès l’instant que l’émotion est là, je ne tiens pas compte des chapelles. » Son père est un ancien pianiste amateur, une qualité qu’il a préféré cacher à ses enfants. « Mon père se demande pourquoi je voulais à tout prix faire de la musique. Je crois qu’il aurait préféré que je devienne comptable (sourire). Mais puisque j’ai découvert qu’il jouait du piano étant jeune, en fouillant dans les photos de famille, je lui dis que c’est de sa faute si j’en suis là (rires). »

© Aria Shahrokhshahi

Sur Birds and the BEE9, produit par Sensible J, Sampa invite de « belles âmes ». Silent Jay est un saxophoniste de jazz. Sa petite sœur chante, pour la première fois, sur un titre, « Inner City ». Plus loin, l’un de ses amis lui offre une bénédiction par téléphone en introduction du morceau « Rhymes to the East ». Enfin, elle défend bec et ongles deux artistes prometteuses : les Australiennes Syreneyiscreamy, qu’elle surnomme la Reine de la soul, et Zaachariaha qui chante en swahili sur le dernier titre de l’album « Healer ». « Quand on a enregistré cette chanson, je me suis mise à pleurer », se souvient-elle. Ce disque a été pensé ainsi, comme si la musique avait le pouvoir de guérir. Une sensibilité qu’elle hérite de ses parents qui pratique le chant gospel aux réunions de famille. Elle raconte : « On chantait en toute occasion à la maison et on le faisait en harmonie les uns avec les autres comme si nous formions une communauté. C’était très fort d’entrer dans ce cercle aux allures de grande messe prénatale (rires). » Elle vit la musique comme une expérience profondément spirituelle. On pense à Ibeyi, dont la culture yoruba traverse la musique. « La culture africaine m’a fait comprendre que la musique était un langage à part-entière, et même si on ne parle pas la même langue, on peut partager les mêmes émotions. »

Sampa croit en un Dieu et en une déesse – par respect pour la parité, mais ne se revendique d’aucune religion en particulier. « Ce qui me dérange dans la religion, c’est qu’elle a été faite par l’homme ! » Elle s’interroge sur la place de la femme au sens large – car elle-même évolue dans un milieu d’hommes. Un sujet qui lui a valu plusieurs coups de griffe. Sampa a fait l’expérience du sexisme dès son plus jeune âge. Des garçons de son école avaient formé un groupe de rap. Elle voulait en être elle aussi mais ces derniers lui ont répondu : « tu es une fille, tu ne peux pas rapper ». « J’ai compris qu’ils mentaient quand j’ai découvert Lauryn Hill, dit-elle. On ne se pose pas assez la question de la représentation qui est pour moi essentielle. C’est important de donner l’exemple et d’être une source d’inspiration pour toutes les jeunes filles qui s’identifient à vous. » Des années plus tard, l’expérience en plus, elle continue d’essuyer ce genre de remarques. Sampa ne prétend pas avoir de remède et déplore le manque de reconnaissance pour un travail égal. Quand on évoque le contenu explicite des morceaux de ses consœurs Abra et Tommy Genesis, qui n’hésite pas à jouer la carte de l’hypersexualisation y compris dans leurs visuels, elle répugne qu’on puisse lui poser la question si elle avait été un homme et annonce qu’elle y viendra tôt ou tard. Vous êtes prévenus !

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