Yak et Blossoms, deux révélations britanniques de 2016

Par le 27 septembre 2016

Comme chaque année, la nouvelle scène britannique a envahi nos festivals de l’été et en a marqué les principaux temps forts. Parmi ces révélations nous avons pu en rencontrer deux, Blossoms et Yak, formations que tout oppose, de la vision qu’ils portent sur leur musique, à leurs ambitions paradoxales, en passant par leur ville respective. Seul point commun : nous les avons croisés tout deux aux Eurockéennes de Belfort.

Blossoms, la nouvelle machine à tubes de Manchester

Des deux projets, Blossoms est celui qui vient de la ville dont la réputation musicale n’est plus à démontrer, capitale du rock, de nombreuses stars british et de tous les excès. Parmi les derniers monuments formés à Manchester, difficile de ne pas évoquer d’Oasis. “Et les Courteeners” nous coupe presque le chanteur Tom Ogden. “C’est un immense groupe pour la ville, connu pour ses concerts assez unique là-bas et évidemment très renommé au Royaume-Uni.” Une histoire de rock band qui fait rêver, mais surtout une motivation pour ceux qui modestement, se disent avant tout issus de la banlieue de Manchester plutôt que de son cœur. “On vient de Stockport, c’est un peu comme si tu te proclamais parisien alors que tu viens de Meudon” s’amuse à comparer  le batteur Joe Donovan. En lançant Blossoms, les  cinq jeunes Anglais avaient en tout cas bien en tête de partir à la conquête de la ville, du Royaume-Uni puis même du monde. Nous étions tous au départ dans des projets séparés. Mais nous étions insatisfaits et nous avions du temps libre. Début 2013 nous avions donc décidé de commencer à bouger ensemble, de faire de la musique, sans jamais revenir en arrière parce que nous sommes devenus immédiatement amis et qu’on s’éclatait bien.

Leur ambition est purement de devenir “massive” comme ils disent en anglais, c’est à dire de régner sur la pop nationale autant à coup de guitares et de synthés, que d’impertinence et de mélodies bien senties. Et le moins qu’on puisse dire en écoutant les tubes issus de leur premier long format, c’est qu’ils ont un talent certain pour nous coller des refrains dans la tête. Avec des références grands publics, nombreuses et assumées sans crainte par Tom Ogden et sa bande :  “On adore Oasis, Abba, The Arctic Monkeys, The Doors, Stone Roses…” énumère ce dernier quasi instinctivement. Mais à part ça aujourd’hui, qu’est-ce qui les attire ? « Le dernier Tame Impala«  répondent-ils, un condensé de tout ce qui se fait mieux dans la pop.

Ainsi armés jusqu’aux dents, le but paraît clair et est rapidement atteint : le groupe est n°1 à la sortie de leur album éponyme le mois dernier, et le reste deux semaines de suite devant les habitués des charts Drake, Adele ou Coldplay. Le rêve est en marche mais un beau numéro sur un classement n’est pas encore assez concret, il faut aller bien plus loin pour Joe qui avoue avec limpidité : “Nous voulons devenir un grand groupe, qui figure en tête d’affiche des plus grands festivals. Nous voulons chanter nos chansons devant des foules nombreuses qui les reprennent en cœur.

Comme pour beaucoup d’autres groupes sortis de nulle part, le projet se développe surtout autour du live. C’est cela qui les a portés vers cette renommée et leur a permis de construire progressivement leur son sans se jeter trop vite dans un studio d’après Tom Ogden :

 “La première partie du disque a été faite dans notre salle de répétition où on improvisait lors de séances de ‘jam’, à l’été 2015. C’est seulement ensuite que nous sommes allés dans un studio pour recréer ça. Et ça sonnait très bien, à l’image de ce qui a donné ensuite ‘Charlemagne’, ‘At Most A Kiss’, ‘Blown Rose’, ‘Blow’ et d’autres. Ces chansons sont nées à ce moment là. La deuxième partie est assez différente. Elle est plus récente, elle date de l’hiver dernier, à un moment où on était constamment en tournée, à jouer des shows partout en Europe et ailleurs. Entre deux concerts nous devions retourner en studio pour finir le disque. Donc j’écrivais des chansons directement sans qu’on ait le temps de faire du jam, tout est né en plein studio. C’était une nouvelle façon de faire pour nous, qui jusqu’à présent étions plus tenus à l’écart du studio. Mais c’était aussi une opportunité de faire quelque chose d’assez différent.

Ils ont fait l’essentiel du travail seul, avec un petit coup de main à la production de James Skelly le chanteur des Coral. Nous avons recréé le meilleur qui provenait de nos lives, donc au final cela ne sonne pas si différent sur scène ou sur l’album, parce que l’essentiel a été ‘jamé’. Nous sommes restés fidèle à nos lives et nous avons pris nos chansons très aux sérieux”, estime Joe.

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Déjà érigés en stars Outre-Manche où ils n’ont pas attendu de sortir un disque pour jouer à Glastonbury, tout a par contre commencé doucement en France à Paris la veille de sinistres attentats au Festival des Inrocks, avant d’ouvrir le 2e jour des Eurocks à Belfort.La tournée c’est le meilleur moyen d’aboutir à notre ambition : mettre notre musique à la portée de tous. Nous voyageons partout dans les plus beaux endroits pour jouer les chansons que nous aimons et faire en sorte que chacun les apprécie et se fasse plaisir. C’est un challenge mais c’est surtout très fun. Glastonbury était incroyable évidemment, le temps fort de cette année, il y avait tellement de monde. Les Eurocks aussi c’était pas mal ! La suite prévue semble tout aussi reluisante puisqu’ils prévoient d’enchaîner cet automne dans les plus belles salles européennes en première partie de Jake Bugg, autre étoile venue de Nottingham. Ils s’arrêteront ainsi à l’Elysée-Montmartre le 7 novembre prochain pour une première grande messe parisienne, juste après un passage en tête d’affiche dans la plus modeste Boule Noire le 24 octobre.

Yak, punk taré et improvisé

De l’autre côté du miroir figure Yak, un trio aux ambitions totalement paradoxales. S’il s’avère qu’ils en aient vraiment eu. Parce que les trois londoniens ne veulent pas être de ceux qui sont en quête du statut de “carriériste” comme ils disent. Car pour eux c’est plus un jeu, une source de délire scénique, un moyen d’exprimer une rage, des pulsions et une forme d’immédiateté, mais surtout un jeu d’impro qui fascine un jour et qui dégoûte le lendemain. Mais quelle importance ? Partis de rien, les trois londoniens regrettent presque avec nostalgie leur premières performances devant quelques dizaines de spectateurs dont la plupart des proches ou amis. “Je pense qu’il est important d’avoir plus d’une corde à son arc explique le chanteur et guitariste Oliver Burslem. La situation quand nous avons débuté faisait que nous étions entourés de groupes qui étaient carriéristes, des gens qui veulent vivre de la musique, mais ce n’était vraiment pas notre cas. Nous voulions juste jouer devant des gens, même pour 30 ou quarante personnes. Jouer c’était le plus important dès le départ.

Leur renommée grandissante au fil de tournées euphoriques et de prestations scéniques fracassantes autant pour les esprits que pour les oreilles, Yak arrive au seul constat que quoiqu’il lui arrive désormais, il ne le mérite pas : Nous arrivons sur scène aujourd’hui toujours avec le même état d’esprit, nous ne sommes pas carriéristes, nous devrions pas être là. Nous somme là pour se marrer, pour sortir et s’éclater. Si je retire mon pantalon et que je me fous à poil la quéquette à l’air, je m’en fout, je n’ai pas l’ambition d’être une superstar.

Sur scène aux Eurocks, si le trio n’a pas fait l’étalage de ses instruments génitaux, le moins qu’on puisse dire est que le concert était assez confus. Pas d’échauffement, encore moins de préparation, rien n’est planifié comme toujours, tout se fait à l’envie, au feeling, et ressemble à une cacophonie sans temps mort. Tout un set durant, les titres s’enchaînent dans une ambiance presque irrespirable où le public répond autant par des pogos que par des haussements d’épaules quand d’autres s’écartent en grimaçant.  Chaque fois que nous jouons, nous ne sommes pas spéciaux du tout, soutient Oliver. C’est juste un groupe qui joue sur scène, moi avec ma guitare et le public qui le regarde, et il ne devrait pas y avoir de barrière entre eux et nous, c’est pourquoi que je me jette parfois dans le public. Mais je ne suis pas spécial, je joue, j’ai la même sensation que tout le monde, je véhicule de l’énergie. Nous avons des chansons qui n’en sont même pas, c’est juste de l’énergie, juste du ‘yeah yeah yeah yeah yeah yeah (rires).“

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Difficile de dire si Oliver Burslem pousse un peu trop loin le bouchon où s’il faut y voir une forme d’ironie, mais des chansons ils en ont sur leur album Alas Salvation, l’une des décharges post-punk les plus salvatrices de l’année, et une découverte plutôt déroutante. Ce qu’ils n’ont pas cependant, ce sont des setlists, importante garantie de cohésion pour un concert, mais le trio a pris un certain goût pour l’impro et ne compte pas y renoncer :

Quand nous avons entendus quelques albums comme ceux de John Cale ou des Stooges, nous avons réalisés à quel point ils étaient improvisés, avec des éléments très humains que nous n’utilisons jamais. Donc une des premières choses que je voulais faire au moment d’enregistrer des sons c’était de retrouver ça, qu’il manquait dans la musique à base de guitare aujourd’hui, ce côté fou là de la performance, et il nous le fallait donc à tout prix sur l’album et sur scène.

D’où vient cette fraîcheur, cette envie de tout casser, cet esprit anti-conformiste ? Le moins que Yak puisse répondre c’est que l’univers qui l’entoure ne l’inspire pas autant qu’il le ferait pour d’ autres. Le groupe ne s’identifie à rien ni à personne, et les étiquettes que les journalistes cherchent à lui trouver paraissent presque gênant. Si beaucoup tiennent autant à nous voir devenir quelque chose, nous ne sommes vraiment pas sûrs de vouloir devenir quoique ce soit. Pour le moment notre album ne nous a pas transformé en grand groupe, du moins je l’espère, ce n’est pas un album qui apparaît chez tous les disquaires à mon avis. Je ne veux pas être étiqueté comme un groupe kraut, punk, prog rock ou rock’n’roll. Pour moi tout ces genres sont obsolètes, vieux jeux et usés jusqu’à la mort. Nous voulons juste prendre un nouveau souffle, essayer d’être des gars libres pour se marrer et jouer, et c’est très bien comme ça je pense.

Mais du coup, au regard de tout cela, la scène de Londres c’est comment selon Yak ?

Nous n’avons aucune affiliation avec aucun autre groupe vraiment. Tous ces liens sont obsolètes pour nous. Je ne suis pas intrigué par ceux qui y font de la musique aujourd’hui en fait. Peut-être puis-je en nommer certains que j’écoute occasionnellement avec des albums pourtant tout bête. Mais nous ne sommes pas dans une quelconque scène londonienne groovy ou branchée malheureusement. Donc on ne peut pas vous donner une idée de ce que c’est.” (Sourire)

Oliver détourne donc la question à ses deux acolytes qui, n’ayant pas dit un mot depuis le début de notre entretien, se rangent derrière lui sans sourciller. En fait, Oliver nous assure qu’il se préoccupe quand même d’autres choses que de la musique dans la vie, étant donné que ce n’est pas un carriériste. Avant de concéder qu’il suit avec attention d’autres projets tout aussi “improvisés” qui se produisent dans des petits lieux de la capitale Britannique. Yak reviendra faire la démonstration de son art aux parisiens le 4 octobre à la Maroquinerie, le rendez-vous est pris.

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